Les livres de mars 2019

LES DERACINES

Catherine Bourdon

éd. Les Escales, 742 pages

Ne vous fiez pas au nombre de pages : ce bon gros roman se lit facilement : en effet, loin de toute prétention littéraire, C. Bourdon nous raconte une histoire mouvementée en plusieurs épisodes intéressants et très documentés :

La vie des juifs viennois à la veille de l’arrivée de l’Anschluss. Puis, les premières violences. La dislocation des familles, les parents cherchant à mettre leurs enfants à l’abri.

Le départ d’un jeune couple et de leur tout petit Frédéric. Wil et Almah n’ont pas d’autre choix que de participer à la fondation d’une « colonie » à Saint-Domingue, qui a le kibboutz pour modèle.

La vie à Sosia des « jeunes bâtisseurs », leurs joies, leur nostalgie, leur difficultés.

Le retour à la paix et la disparition programmée de la « colonie ».

Parfait pour les vacances, et donnant une bonne idée de la vie de ces migrants.

VOYAGE AVEC L’ABSENTE

Anne Brunswic

éd. Actes Sud, 197 pages

Sur ce tableau figure en tout premier l’absente : cette mère dont la mort a été tue à ses cinq enfants, car ils ne « pouvaient pas comprendre ».

Anne, revient donc sur cette histoire familiale. Son but est de retrouver sa mère, morte alors qu’elle avait 8 ans. Un silence de plomb s’est installé dans cette famille au point que les enfants ont tout bonnement effacé leur mère. Anne mène une sorte de quête pour la retrouver, pour la recréer en quelque sorte, malgré tout.

En recherchant des réponses à tous ces silences d’adultes, l’auteur raconte toute une époque dure à vivre, celle de la guerre et de l’après-guerre. Elle retrace aussi une histoire de femmes du 20e siècle, en filigrane.

Roman sans concession et très émouvant.

LE PRIX

Cyril Gely

éd. Albin Michel, 220 pages

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman met en scène deux scientifiques que la Seconde Guerre Mondiale a séparés : un chimiste, Otto Hahn, et une physicienne, Lise Meitner. Ils travaillent ensemble depuis plus de trente ans et sont sur le point de faire une découverte essentielle lorsque, en 1938, elle est obligée de fuir Berlin et de se réfugier en Suède. Quelques années plus tard, Hahn vient à Stockholm recevoir le prix Nobel. Lise vient voir son vieil ami… pour régler ses comptes?

Tout en dialogue, ce roman est d’une grande profondeur et d’une grande finesse psychologique. Les personnages ont été ballottés par la guerre. Ne restent que les regrets.

Excellent roman

L’ENIGME ELSA WEISS

Michal Ben-Naftali

éd. Actes Sud, 202 pages

Elsa Weiss, professeur d’anglais à Tel-Aviv, représente une énigme pour ses élèves, car elle ne manifeste aucune émotion : ni empathie, ni colère, ni aucun autre sentiment. Ils comprennent que cette froideur apparente cache un lourd secret.

Elle-même élève d’Elsa Weiss, l’auteur s’attache à comprendre pourquoi un tel mur se dresse devant ceux qui veulent taire ce qu’ils ont vécu : la Shoah. Elsa Weiss, par exemple, semble se détacher peu à peu de ce qui devrait la rattacher à la vie : la chance de  s’en être sortie, d’avoir retrouvé son frère, de pouvoir vivre normalement, d’aimer… Comment en arrive-t-elle à se suicider?

En tentant de comprendre, l’auteur ré-invente la vie de la rescapée, comme pour la sauver de l’oubli, pour lui dire aussi combien cette tentative lui est en un sens salutaire, à elle. Ce fut douloureux pour les rescapés, c’est également douloureux pour les autres, même si le fossé qui les sépare est infranchissable.

Roman épuré et plein de gravité

Et toujours disponible à la bibliothèque

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