Les livres de Janvier – Février 2020

Les choses humaines

Prix Interallié 2019 & Prix Goncourt des Lycéens 2019 

Karine Tuil

Gallimard, 352 pages

Karine Tuil nous présente dans la première partie de ce roman,  les Farel un couple de pouvoir (politique et littéraire). Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes et se libérant de l’emprise du mariage pour vivre une histoire d’amour intense avec un professeur de confession juive. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir.

Dans la 2ème partie, on entre dans l’accusation de viol qui va faire vaciller ce monde « parfait ». Une réflexion d’actualité avec le mouvement #Me Too, les réseaux sociaux et leur influence néfaste sur une procès puisqu’un individu est jugé coupable avant même son procès car les réseaux sociaux influencent inexorablement un verdict.

Karine Tuil s’interroge sur le monde contemporain, démonte la mécanique impitoyable de la machine judiciaire et des réseaux sociaux.

Très bon roman, captivant, au coeur de l’actualité, bien écrit et que l’on n’a pas envie de quitter avant la dernière page.

L’année des pierres

Rachel Corenblit

Casterman, 413 pages

Ce roman facile à lire s’adresse aux adolescents.

Un groupe de jeunes juifs français « inadaptés » au lycée sont envoyés pour une année scolaire en Israël. Regroupés dans un centre en marge de la vie israélienne, ils s’adaptent peu à peu à leur nouvelle condition. L’un d’eux rencontre son grand-père, un vieux monsieur original qui fait la conquête de ses potes!

A l’occasion d’un voyage en car, ils passent en bordure d’un village palestinien, se font caillasser et leur chauffeur est tué. Cet évènement traumatisant les marque sans doute à jamais.

Roman très nuancé et personnages finement analysés.

Sur les ossements des morts

Olga Tokarczuk

Libretto, 283 pages

Ce roman inclassable (fantastique? policier?) entre en résonnance avec l’actualité : quelle place occupe la vie animale dans le monde des humains?

L’auteure n’y va pas par quatre chemins, mais nous n’en dirons pas plus, afin de ne pas dévoiler le dénouement. L’histoire se passe aux confins de la Pologne, dans un hameau situé en lisière de forêt. Pour habiter là, il faut vraiment être hors norme. C’est bien ce qui caractérise Jajina, ancienne ingénieure, enseignant l’anglais dans une école élémentaire de village. Ses amis? Ils se comptent sur le doigt de la mains. Ses ennemis? Ils sont légion : ce sont les chasseurs. Janina est férue d’astrologie mais n’est considérée que comme une vieille folle. Ses courriers aux diverses autorités ne reçoivent aucune réponse… Les animaux qu’elle défend vont-ils réagir?

A la folie meurtrière des uns répondra une autre folie meurtrière…

La figure de Janina est très attachante, et tout le roman baigne dans une atmosphère où la nature tient le premier rôle.

HAUTS-FONDS

Dov Lynch

éd. Seuil, 190 pages

Vienne, 1945-1989. Personnage principal :Klem policier ayant obtenu son certificat de dénazification. Silencieux, énigmatique et recherché par les Américains et les Russes. Voilà pour le scénario. Plus proche de la fable que de la « réalité », ce texte met en scène l’Autriche de l’après-guerre, occupée par les Alliés dans une atmosphère de défiance totale. La troisième guerre mondiale se profile à l’horizon et chaque camp compte ses forces.

Progressivement, nous en apprenons un peu plus sur Klem mais sa part d’ombre reste intacte. Au bout du compte, que reste-t-il de cette lecture? Un sentiment troublant : celui de ne pouvoir appréhender ce que fut cette époque d’incertitude, de brouillard, de mensonges, de double jeu. Graham Greene n’est pas loin…

Intéressante démarche littéraire.

SECRET DE POLICHINELLE

Yonatan Sagiv

éd. de l’Antilope, 469pages

Ce premier roman, qui s’apparente à un polar, est une réussite, qui témoigne d’une maîtrise littéraire déjà affirmée. Sous couvert d’une enquête policière, Sagiv nous livre un tableau sans concession de la société israélienne, calquée sur celle de l’Amérique : l’argent est roi, les inégalités sociales importantes, la jeunesse dorée est paumée, …

Oded Hofer, un homosexuel affiché, manque cruellement d’argent. Après avoir fait quelques petits boulots, le voilà installé en tant que détective privé. Sa première cliente est la soeur de l’une des femmes les plus puissantes d’Israël, laquelle vient de mourir. Mort naturelle? suicide? ou plutôt crime? Le commissaire Yaron Malka, homo caché,  mène l’enquête en parallèle.

La crudité de la langue ne fait qu’ajouter à l’aspect humoristique et satirique du texte. 

Intrigue bien ficelée, suspense, rebondissements, tout y est. MAIS la traduction pose problème, en raison d’erreurs répétitives. Dommage! On peut néanmoins faire abstraction de ces maladresses et aller jusqu’au bout.

Les Etoiles de David

Kristina Ohllson

J’ai lu, 605 pages (genre Roman policier)

Ces 600 pages s’avalent sans difficulté, mais ce thriller a un côté dérangeant :

Nous sommes à Stockholm, dans les années 2000, au sein de la communauté juive de la synagogue de Salomon. Elle comporte une école dans laquelle vont être commis plusieurs crimes, signés « le garçon de papier ». Antisémitisme? Règlement de compte? Vengeance? L’enquête s’avère difficile, car les traces sont effacées. Polices criminelles et antiterroriste mènent l’enquête…

Dans une interview, l’auteur a expliqué qu’elle s’intéressait au monde juif en général, et à Israël en particulier. Il s’agit donc d’une sorte d’enquête sociologique sur des immigrés, Israéliens pour la plupart, lesquels ont quitté leur pays pour une terre plus paisible. Ce qui nous semble gênant, ce n’est pas le contexte. C’est la violence de ces crimes commis sur des enfants (sauf un). On notera que les enfants sont peu présents dans le polar en général, comme s’ils étaient intouchables, en raison de leur innocence même.

L’intrigue en elle-même est bien ficelée, les personnages intéressants. Ames sensibles s’abstenir.

KOBA

Robert Littell

Baker Street, 256 pages

Seul au monde après le décès de son père et l’arrestation de sa mère, victime de la purge stalinienne des médecins juifs, Léon (10 ans et demi) se cache du NKVD dans un bâtiment où logent des hauts fonctionnaires.

Il y rencontre un homme âgé : Koba, qui semble connaître mieux que personne le « Camarade Staline » dans ses pensées les plus troublantes. Un dialogue s’instaure entre le vieil homme et l’enfant.

Mais qui est ce vieil homme… ?

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