Les livres de mai- juin 2020

Diaporama des livres de la rentrée

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LA RAFLE DES NOTABLES

Anne Sinclair

Grasset, 119 pages

En décembre 1941, les allemands arrêtent 743 juifs français, notables, dont le grand père d’Anne Sinclair qu’ils internent dans le camp de Compiègne.

En recherchant comment son grand père paternel, Léonce Schwartz, a échappé à la déportation, elle relate un chapitre peu connu de la persécution des juifs.Ils seront déportés par le premier convoi du 27 mars 1942. Les allemands ajouteront à ce convoi 300 juifs étrangers internés à Drancy depuis les 20 et 21 août 1941.

Extrait du Monde du 2 mai :

« Je ne suis pas historienne », dit-elle.

« Je n’avais pas d’archives familiales sur lui. Alors je suis partie à l’enquête »…

« Cette rafle, je veux qu’on la connaisse »…

« Par mon métier, j’ai probablement voulu prolonger l’histoire que je n’ai pas vécue par l’histoire que je vivais, donner à voir et à comprendre l’histoire en train de se faire. Plus on vieillit, plus on se retourne vers son passé, ses racines. »

Anne Sinclair continue, autrement, en remontant à la source, à observer le monde se faire et se défaire. Et à transmettre, pour lutter, désormais, contre l’érosion de la mémoire, ou cette incuriosité qui lui a si longtemps masqué le destin de Léonce Schwartz, et des raflés de Compiègne.

 

Un long moment de silence

Paul Colize

Gallimard, 512 pages

En 1960, pendant une émission littéraire à laquelle il est invité pour son dernier livre, Stanislas reçoit un coup de téléphone qui bouleverse tout ce qu’il croyait savoir sur son père.

De son côté, en 1948, Nathan Katz, jeune juif rescapé des camps, part pour New-York pour essayer de se reconstruire.

Il est repéré par une organisation « Le Chat » dont l’objectif est de retrouver les nazis qui ont participé à l’Holocauste.

Nathan et Stanislas vont-ils finir par se croiser ?

Paul Colize est né en 1953 à Bruxelles.
Auteur de romans noirs, il a écrit une douzaine de livres, dont Back Up, paru en 2012 (Prix Saint Maur en poche 2013) et Un long moment de silence paru en 2013, qui a remporté la même année trois récompenses : Prix Landerneau Polar, Prix Boulevard de l’Imaginaire et Prix Polars Pourpres.

Cet été-là à Blumental 

Ursula Werner

Mercure de France, 326 p.

Blumental, 1944, à la frontière entre l’Allemagne et la Suisse. Il n’est pas encore sûr que l’Allemagne perde la guerre, mais certains Allemands le croient. La famille Eberhardt fait partie des « notables » de cette petite ville : Oscar, le patriarche est ministre de Hitler. Il semble ignorer que tant sa femme Edith que sa fille Mariana n’ont que mépris pour le Führer. Ses trois petites filles vivent heureuses dans cette famille unie. Deux autres personnalités se mêlent à eux : Erich, le fils adoptif secrètement amoureux de Mariana, officier loyal et droit ; ainsi que Johann, prêtre protestant passé à la résistance. Lui aussi a un faible pour Mariana … A l’occasion d’une visite du Führer, tout s’enclenche pour mener à une catastrophe…

Ce roman limpide dresse le portrait de plusieurs personnes très attachantes dont tout laisse à penser qu’elles ont pour modèles des membres de la famille de l’auteur. La description d’une petite bourgade loin de Berlin est nuancée mais Ursula Werner s’attache surtout à décrire l’opposition à Hitler. D’autres romans allemands font un tableau plus dur (et plus réaliste ?) de ces Allemands de l’intérieur…

Bon roman

Le Cauchemar

Hans Fallada

Denoël, 320 pages

En 1945, après la chute de l’Allemagne, Herr Doll, hostile au régime nazi, est désigné par les russes maire par intérim d’une petite ville.

Il dénonce les anciens nazis et de ce fait il est persécuté par certains de ses administrés.

Il est contraint de s’exiler et avec son épouse ils partent se réfugier à Berlin.

Malgré toutes les difficultés de l’après guerre, ils entreprennent de se reconstruire…

Cette oeuvre, la plus personnelle d’Hans Fallada, n’était plus disponible depuis plus de soixante ans. Elle est proposée ici dans une nouvelle traduction.

les Lumières de Tel-Aviv

Alexandra Schwartzbrod

Rivages/Noir, 285 pages

Dans ce livre de fiction, Alexandre Schwartzbrod imagine que les religieux ont pris le pouvoir à Jérusalem pour former le Grand Israël.

Les résistants, laïcs juifs et arabes se sont regroupés à Tel-Aviv pour vivre selon les préceptes des premiers Kibboutzim.

Mais un nouveau mur fait son apparition entre Tel-Aviv et Jérusalem, surveillé par des robots tueurs.

Haïm, un ultra-orthodoxe, Moussa et Malika, deux jeunes palestiniens, Ana, la femme d’un religieux, Isaac, conseiller du premier ministre et Eli, un ex commissaire de police cherchent à franchir le mur…

MARTHA FREUD

Katja Behling

Albin Michel, 292 pages

Restée dans l’ombre de son Grand Homme de mari, Martha Freud mérite pourtant que l’on s’intéresse à elle : cette jeune fille orthodoxe très pieuse a dû renoncer à pratiquer son judaïsme, pour l’amour de son mari. En effet, Freud se disait juif athée. Il a imposé sa vision à sa femme. De même qu’il considère les femmes en général comme devant s’occuper du foyer et des enfants. Ce à quoi s’emploiera Martha durant toute sa vie : elle se consacrera à la carrière de Freud et à leurs six enfants, tâchant de lui éviter tout souci domestique. En outre, elle saura aussi se montrer diplomate afin de sauvegarder les amitiés de son mari parfois emporté par la passion… Cela dit, les recherches menées par Freud ne l’intéressaient nullement.

On le voit, Martha fut une femme courageuse et toute entière dévouée à la cause d’un Freud pas toujours aimable ; le livre évoque aussi les curieuses relations qu’eut Freud avec sa belle-sœur, mais sans rien laisser entendre sur la réaction de Martha.

Biographie sobre et écrite d’une plume alerte.

L’ETOILE NOIRE

Michèle Maillet,

François Bourin, 229 pages

La déportation des Noirs durant la Seconde Guerre Mondiale est peu présente dans le domaine romanesque. Ce roman vient donc combler un vide : Sidonie, jeune Antillaise travaillant chez une famille mixte est raflée avec ses deux jumeaux, en même temps que ses employeurs. Elle fait le récit de son long voyage vers un premier camp, puis vers un autre. Au cours de sa déportation, elle perd la trace de ses deux enfants âgés de cinq ans ; elle subit aussi le racisme, en plus des tortures. Bandant toutes ses forces pour résister au désespoir, elle se raccroche à sa culture antillaise et à une amie solide.

Basée sur de nombreux livres d’histoire et autres documents, ce récit écrit avec beaucoup de simplicité est intéressant.

DU NOUVEAU DANS LE RAYON CONSACRE AU YIDDISH

Grâce à  Salomon Bielasiak qui nous a régalé lors de ses réunions zoom durant le confinement, nous avons eu l’occasion de re-découvrir les expressions et proverbes savoureux de la langue yiddish, .

Cela nous a donné l’idée de vous proposer quelques livres venus d’Amérique pour étayer ces leçons magistrales.

Nous ferons d’autres acquisitions prochainement, mais pour commencer, voici trois titres pour commencer :

  • Hanan AYALTI : Yiddish proverbs, the essence of yiddish Wit and Wisdom, Shocken Books, 1965 (assorti de quelques gravures sur bois)
  • Shirley KUMOVE : Words like arrows, a treasury of yiddish folks sayings ; Warner Books, 1986
  • Bella LAURENCE : Sail’houle, sagesse yiddish dans la tradition juive, Pierre Bordas, 1986

Ces trois livres sont écrits en yiddish et en version latinisée, et traduits en anglais et en français pour le dernier.

PARTIR

au-delà des frontières

Francesca Sanna, Gallimard jeunesse

Une famille du Moyen-Orient (Syrie ?) est contrainte de fuir à la suite de la mort du père. Composée d’une jeune mère et de ses deux enfants, elle entame un très long voyage, parcourant à pied, en voiture, en autocar des régions européennes inconnues, recelant mille dangers. Traversant clandestinement les frontières, cette mère courageuse et ses enfants ont l’impression que ce voyage ne finira jamais…

Le texte est bref, sans pathos, mais ce sont les illustrations où le noir et le brun représentent le danger qui rendent compte de la peur…

Excellent album à commenter en famille.

LE VOYAGE EN POISSON

Tom Seidmann-Freud,

éd. Albin Michel et BNF, 36 pages, ill. coul.

La première édition de cet album date de 1923. A cette époque, Tom Seidmann-Freud est très connue, non parce qu’elle est la nièce de Freud, mais en tant qu’artiste, créatrice de livres pour enfants.

Cette histoire raconte comment Peregrin, plongé dans un rêve, fait un long voyage sur le dos de son poisson rouge et parvient dans un pays utopique… L’auteur-illustratrice s’inspire des courants de la peinture allemande de l’époque. Rigueur des grands aplats, palette de couleurs limitée, mais aussi très grande lisibilité, associée à une distanciation du réel. Le texte fait une grande place à un quotidien idéalisé, jusqu’à la chute finale.

Très bel album.

UNE CURIOSITE DANS LA LITTERATURE ENFANTINE 

Et toujours disponible à la bibliothèque

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