Les livres de sept – oct 2020

LE MONDE D’HIER

Stefan Zweig 

Belles Lettres, 2015, 453 p. 

Ce texte magnifique a été écrit par Zweig juste avant son suicide, en 1941.

Certain que l’Europe allait sombrer, il était sans espoir de la revoir. Lui, cet europhile convaincu, décida de faire un bilan pour les générations futures. Il savait que sa chère Europe ne serait plus jamais la même : sa culture humaniste, sa haute idée de l’éducation, ses artistes, … tout cela n’était plus, décimés par les nouveaux barbares.

Cet essai, écrit au Brésil sans la moindre note, sans le secours de tout ce que Zweig avait pu accumuler comme correspondances, comme textes des penseurs de son temps, est d’une fluidité, d’une clarté remarquable. De nombreuses réflexions restent d’actualité et peuvent encore nous donner matière à réflexion… Par sa modestie, sa pondération, sa sensibilité, sa clairvoyance, Zweig nous aide encore aujourd’hui.

Remarquable

RACHEL ET LES SIENS

Metin Arditi

éd. Grasset, 504 pages

Surtout, pas d’affolement : ces 504 pages se lisent très facilement…

Metin Arditi, écrivain suisse d’origine turque, nous dépeint une personnalité hors du commun, à tous égards :

Rachel naît dans une famille juive arabe, laquelle partage une maison avec une famille arabe musulmane. Nous sommes à Jaffa, en 1917 lorsque l’histoire commence. Elle se termine en 1982 avec la mort de Rachel l’impétueuse, surnommée Rachel Pacha. Durant toute son existence, au demeurant très mouvementée (trois mariages, trois lieux de vie très différents où les juifs n’ont pas la vie facile), elle fait preuve d’une force de caractère, d’une détermination à vivre libre sans faille. Des drames jalonnent sa vie, mais elle se redresse à chaque fois.

A travers ce roman à l’intrigue foisonnante, c’est le destin de tout un peuple, ou plutôt de DEUX peuples, palestinien et israélien que Metin Arditi interroge sans prendre parti.

Roman captivant

LES MULLER

Walter Mehring

Belles Lettres, 1934, 294 pages

Ecrit vers 1934, ce roman retrace l’arbre généalogique d’une famille allemande banale, depuis le 14e siècle jusqu’en 1933. Banale, certes, mais tellement typique ! Les livres de Mehring finiront sur le bûcher nazi.

Mehring, célèbre en son temps car satiriste redoutable, a trempé sa plume dans un acide corrosif pour dépeindre ces Germains dont chaque génération va vivre des aventures farfelues, grotesques et déstabilisantes : habitués qu’ils sont à obéir, à respecter la loi et l’ordre, ils sont bien incapables de tirer les leçons de l’Histoire !

Cette vaste farce ira à son terme, le dernier des Müller ayant épousé une juive, ne comprendra pas ce qui lui arrive, bon nazi et fier de l’être !

Roman drôlatique par le sérieux et le mépris avec lequel Mehring traite son sujet.

APRES LA GUERRE

Hervé Le Corre

éd. Rivages, 575 pages.

Ce polar figure dans nos propositions de lecture car nous avons un fonds Romans policiers.

L’histoire se passe à Bordeaux, dans l’immédiat après-guerre : un « revenant » des camps vient régler ses comptes dans cette ville où se sont côtoyer des truands, des flics pourris, de petits malfrats sans envergure, tels Jean Delbos. Olga sa femme est juive et ils ont un petit garçon âgé de sept ans, Daniel,  au moment où a lieu la rafle. Jean fait grimper Daniel sur le toit. Des amis, avertis, doivent passer le chercher.

Jean et Olga se font prendre, mais Olga ne reviendra pas.

Ce roman est remarquable de par la qualité de l’écriture. Il est assez rare de savourer un texte aussi bien ciselé, voire recherché ; les ruptures de style sont en parfaite adéquation avec l’intrigue. Les analyses psychologiques très fines, les personnages bien campés,..

Un très grand plaisir de lecture.

LISE ET LES HIRONDELLES

Sophie Adriansen

Nathan, 238 pages (pour les Ados)

En cet été 1942, Lise, alors âgée de 13 ans, est la seule de sa famille à avoir échappé à la rafle. Ses parents et ses deux jeunes frères jumeaux ont été pris et emmenés au commissariat de la porte des Lilas. Sans réfléchir, Lise traverse Paris pour se rendre porte des Lilas. Par son aplomb, elle parvient à récupérer ses petits frères âgés de huit ans… Mais pas ses parents.

Les trois enfants sont recueillis par des voisins généreux qui les prennent en charge.

Basée sur un témoignage, cette histoire très émouvante, racontée sans pathos, permettra aux enfants d’imaginer ce que fut la vie de ses trois enfants qui ont eu l’immense chance d’être recueillis et choyés durant toute la guerre.

Excellent roman (à partir de onze ans).

JE SUIS L’ARGILE

Chaïm Potok

JC Lattès, 281 pages, 1993

Au hasard des recherches, nous avons découvert ce beau roman, que Potok a écrit à la suite de son expérience d’aumônier durant la guerre de Corée :

La fin de la guerre est proche ; les avions américains pilonnent le pays, jetant sur les routes des milliers de réfugiés. Parmi eux, un vieux couple de paysans traînant une charrette contenant un sac de riz, quelques couvertures usées, et quelques ustensiles de cuisine. Et voilà que dans un fossé, la vieille aperçoit un enfant gravement blessé ; visiblement, il est seul, abandonné. N’ayant pas eu d’enfant, elle ressent le besoin de l’aider, contre l’avis de son grincheux de mari.

A partir de cette histoire très simple, Potok nous raconte une fable touchante, peine de sensibilité. Mais dans le même temps, il sait recréer la vie de tous ces pauvres gens jetés sur les routes, en plein hiver ; leur quotidien se résume à marcher, trouver un abri pour la nuit, chercher du petit bois et avaler un bol de neige fondue agrémentée d’herbes sauvages… Mais pour aller où ?

Dans cette immense misère, il y a encore place pour un peu de « menschlechkeit », malgré tout.

Très bien

LA MORT DU KHAZAR ROUGE

Shlomo Sand

Seuil, 381 pages

Shlomo Sand est un historien israélien controversé dans son propre pays. Dans ce roman, il popularise ses thèses, tout en réglant certains comptes avec le milieu universitaire israélien, trop conformiste à ses yeux :

La police doit résoudre quatre crimes ayant eu lieu dans le monde universitaire. Au départ, les recherches sont infructueuses. Durant quelques années, la mort des deux frères Litvak reste une énigme. Dans l’intervalle, le policier arabo-palestinien Morkus a pris sa retraite. Lorsque deux autres crimes ont lieu dans la même université de Tel-Aviv, c’est la sagacité d’un ancien collaborateur de Morkus qui lui permet d’établir un lien entre toutes ces affaires…

Les professeurs étant des gens comme les autres, ils sont en proie à des sentiments de jalousie, d’envie, liés à la compétition pour avoir les meilleures places. Et tout comme ailleurs, ils sont parfois aidés par des services de l’état aveuglés par leur idéologie.

Pas mal ficelé.

Un long moment de silence

Paul Colize

Gallimard, 512 pages

En 1960, pendant une émission littéraire à laquelle il est invité pour son dernier livre, Stanislas reçoit un coup de téléphone qui bouleverse tout ce qu’il croyait savoir sur son père.

De son côté, en 1948, Nathan Katz, jeune juif rescapé des camps, part pour New-York pour essayer de se reconstruire.

Il est repéré par une organisation « Le Chat » dont l’objectif est de retrouver les nazis qui ont participé à l’Holocauste.

Nathan et Stanislas vont-ils finir par se croiser ?

Paul Colize est né en 1953 à Bruxelles.
Auteur de romans noirs, il a écrit une douzaine de livres, dont Back Up, paru en 2012 (Prix Saint Maur en poche 2013) et Un long moment de silence paru en 2013, qui a remporté la même année trois récompenses : Prix Landerneau Polar, Prix Boulevard de l’Imaginaire et Prix Polars Pourpres.

1947 : l’année où tout commença

Elisabeth Asbrink

10/18, 309 pages

Parmi les nombreux évènements qui ont eu lieu en 1947, l’auteure a fait un choix très personnel pour établir un lien avec sa propre histoire, ou plutôt avec celle de son père : Joszef, vit alors dans un camp de réfugiés ; son père est mort, sa mère est sur le point de le retrouver afin d’émigrer en Suède. Joszef peut choisir entre partir avec sa mère, ou être pris en charge par une œuvre caritative afin de suivre ses études dans sa langue maternelle. L’activisme des sionistes lui permettrait aussi de partir en Palestine…

Cet inclassable est à notre avis assez décevant : il fait la part trop belle aux évènements, racontés de façon distante, factuelle, sans que l’on perçoive ce qui les rattache à l’histoire familiale. Si bien que cela devient lassant (en quoi l’histoire d’amour de Simone de Beauvoir avec Nelson Algren est intéressante ? Simone achetant des escarpins rouges à New York est-ce intéressant ?).

Je me demande si ce n’est pas une affaire de style… ou de traduction.

En outre, la part personnelle, c’est-à-dire celle consacrée à son père est réduite à bien peu de lignes…

« Roman » peu convaincant

DU NOUVEAU DANS LE RAYON CONSACRE AU YIDDISH

Grâce à  Salomon Bielasiak qui nous a régalé lors de ses réunions zoom durant le confinement, nous avons eu l’occasion de re-découvrir les expressions et proverbes savoureux de la langue yiddish, .

Cela nous a donné l’idée de vous proposer quelques livres venus d’Amérique pour étayer ces leçons magistrales.

Nous ferons d’autres acquisitions prochainement, mais pour commencer, voici trois titres pour commencer :

  • Hanan AYALTI : Yiddish proverbs, the essence of yiddish Wit and Wisdom, Shocken Books, 1965 (assorti de quelques gravures sur bois)
  • Shirley KUMOVE : Words like arrows, a treasury of yiddish folks sayings ; Warner Books, 1986
  • Bella LAURENCE : Sail’houle, sagesse yiddish dans la tradition juive, Pierre Bordas, 1986

Ces trois livres sont écrits en yiddish et en version latinisée, et traduits en anglais et en français pour le dernier.

Et toujours disponible à la bibliothèque

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