Les livres de oct – nov 2020

SOUS LE SIGNE DU CORBEAU

Amir Gutfreund

Gallimard, 302 pages

Cette histoire commence sous le signe du corbeau, oiseau de malheur : tout accable notre héros sans nom. Il a perdu son travail et son amie. Son père n’est plus là, désormais enterré au cimetière de Haïfa.

Désoeuvré, il écoute la radio et apprend ainsi la disparition d’une jeune fille.

N’ayant rien de mieux à faire, il s’engage parmi les volontaires recrutés pour participer aux recherches. C’est alors que sa vie bascule.

Gutfreund dresse le portrait d’un « innocent » qui s’adapte mal à la société dans laquelle il vit. C’est une personnalité complexe à la fois géniale, selon son frère, tout à la fois naïve et très attachante. Nous suivons donc ses aventures avec empathie et parfois amusement.

Bon roman pour tous

LES POLONAIS ET LA SHOAH, une nouvelle école historique 

Auteurs : Audrey Kichelewski, Judith Lyon-Caen, Jean-Charles Szurek, Annette Wiewiorka

CNRS éditions, 319 pages

Ce recueil reprend les interventions des historiens ayant participé au colloque de février 2019, lequel a eu lieu à l’EHESS. Son sujet : « la nouvelle école polonaise d’histoire de la Shoah ».

Il arrive à point nommé, c’est-à-dire au moment où le gouvernement polonais nationaliste réécrit l’histoire afin de glorifier le comportement héroïque des Polonais durant la guerre.

Le point de départ de cette « controverse » est la sortie du livre de Jan Gross « Les Voisins », sur le massacre de Jedwabne. Pour mémoire, l’auteur a pu démontrer que ce ne sont pas les Allemands qui ont massacré les juifs de la bourgade en les enfermant dans une grange et en les brûlant. CE SONT LES HABITANTS. Les nouveaux historiens « dévoilent » la participation active d’une partie de la population à la chasse aux juifs.

Les Voisins a suscité une onde de choc en Pologne et ses retombées perdurent encore. Les nouveaux historiens polonais s’attachent donc à une rude tâche : s’attaquer à un mur de silence et de déni. Leur enquête va plus loin, car elle montre que l’antisémitisme des campagnes est toujours vivace.

Une œuvre salutaire et qui fera autorité.

Et bien sûr, les livres d’octobre restent disponibles.

APRES LA GUERRE

Hervé Le Corre

éd. Rivages, 575 pages.

Ce polar figure dans nos propositions de lecture car nous avons un fonds Romans policiers.

L’histoire se passe à Bordeaux, dans l’immédiat après-guerre : un « revenant » des camps vient régler ses comptes dans cette ville où se sont côtoyer des truands, des flics pourris, de petits malfrats sans envergure, tels Jean Delbos. Olga sa femme est juive et ils ont un petit garçon âgé de sept ans, Daniel,  au moment où a lieu la rafle. Jean fait grimper Daniel sur le toit. Des amis, avertis, doivent passer le chercher.

Jean et Olga se font prendre, mais Olga ne reviendra pas.

Ce roman est remarquable de par la qualité de l’écriture. Il est assez rare de savourer un texte aussi bien ciselé, voire recherché ; les ruptures de style sont en parfaite adéquation avec l’intrigue. Les analyses psychologiques très fines, les personnages bien campés,..

Un très grand plaisir de lecture.

LA MORT DU KHAZAR ROUGE

Shlomo Sand

Seuil, 381 pages

Shlomo Sand est un historien israélien controversé dans son propre pays. Dans ce roman, il popularise ses thèses, tout en réglant certains comptes avec le milieu universitaire israélien, trop conformiste à ses yeux :

La police doit résoudre quatre crimes ayant eu lieu dans le monde universitaire. Au départ, les recherches sont infructueuses. Durant quelques années, la mort des deux frères Litvak reste une énigme. Dans l’intervalle, le policier arabo-palestinien Morkus a pris sa retraite. Lorsque deux autres crimes ont lieu dans la même université de Tel-Aviv, c’est la sagacité d’un ancien collaborateur de Morkus qui lui permet d’établir un lien entre toutes ces affaires…

Les professeurs étant des gens comme les autres, ils sont en proie à des sentiments de jalousie, d’envie, liés à la compétition pour avoir les meilleures places. Et tout comme ailleurs, ils sont parfois aidés par des services de l’état aveuglés par leur idéologie.

Pas mal ficelé.

RACHEL ET LES SIENS

Metin Arditi

éd. Grasset, 504 pages

Surtout, pas d’affolement : ces 504 pages se lisent très facilement…

Metin Arditi, écrivain suisse d’origine turque, nous dépeint une personnalité hors du commun, à tous égards :

Rachel naît dans une famille juive arabe, laquelle partage une maison avec une famille arabe musulmane. Nous sommes à Jaffa, en 1917 lorsque l’histoire commence. Elle se termine en 1982 avec la mort de Rachel l’impétueuse, surnommée Rachel Pacha. Durant toute son existence, au demeurant très mouvementée (trois mariages, trois lieux de vie très différents où les juifs n’ont pas la vie facile), elle fait preuve d’une force de caractère, d’une détermination à vivre libre sans faille. Des drames jalonnent sa vie, mais elle se redresse à chaque fois.

A travers ce roman à l’intrigue foisonnante, c’est le destin de tout un peuple, ou plutôt de DEUX peuples, palestinien et israélien que Metin Arditi interroge sans prendre parti.

Roman captivant

ABAHN  SABANA DAVID

Marguerite Duras

Gallimard, 118 pages

Dans ce roman souvent présenté comme hermétique, Duras met en scène quatre personnages. Le titre du livre n’en comporte que trois. A nous d’en trouver la raison. Construit  comme une pièce de théâtre, tout en dialogues, ce court roman évoque la condition juive après la guerre. Gringo (Staline ?) fait la guerre aux juifs, ces traîtres. David est chargé d’en éliminer un : Abahn Sabana est chargée de surveiller David, afin qu’il ne flanche pas.

Mais à partir du moment où l’on accepte de parler ensemble, tout peut arriver…

Ces dialogues courts, faits de banalités dont on ne perçoit pas l’objet ni le but, masquent la pensée de Duras la désenchantée.

A méditer

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