Midrash

le 22 Septembre 2019 s’ouvrira la quatorzième année du midrash laïque.
François Ardeven articulera son étude autour de la question :

La nature, la vie, le golem

La Bible est peuplée d’animaux pleins d’esprit. On explorera cette année la place qui leur est faite. On s’approchera avec prudence de la conception judaïque de la vie.

Enfin, une partie de l’année sera réservée au mythe du golem, ancêtre de l’intelligence artificielle, qui occupe tant l’humanité aujourd’hui.

Medem est un nom de l’humanité
par sa passion de l’éducation

Le centre Medem m’a proposé un jour d’ouvrir un peu plus la salière de l’universel et de me livrer à quelques enseignements variés, dont celui du midrash, fidèle à sa façon à l’étude (souvent divagante) du corpus sacré. Il y eut aussi un cours de littérature juive ou pas, qui commença par L’aleph de Jorge Luis Borges, et où on ne savait pas bien qui était goy et qui ne l’était pas. Le président Léopold Braunstein protégea cette aventure un peu iconoclaste.

 

Vladimir Medem (1879, Libau (Lettonie) – 1923, New York) fut d’abord un large professeur, et son œuvre politique – littéralement – fut d’être à l’affût de toutes les façons qu’il y a d’apprendre ici et maintenant. Ainsi voyait-il sa forme de judéité. Enfant, il avait eu un peu honte d’être juif et se renfrognait quand sa mère, femme de médecin général, parlait en « jargon » (yiddish) à une gouvernante, Léa, venue faire la cuisine de Chabat. Il se voulait russe, et pris dans le mouvement et les contraintes de son temps qui amenèrent son père à se convertir, il devint lui-même chrétien orthodoxe avec ferveur.

Et puis, par les études et les fréquentations qu’elles permettent toujours, il découvrit le socialisme auprès d’étudiants pour la plupart juifs, et décida de redevenir juif pour pouvoir s’adresser aux travailleurs du shtetl. S’il se reconvertit, ce fut non par passion de la rédemption ou de la vérité, mais pour mieux comprendre les autres, ceux qui allaient (re)devenir les siens.

Alors qu’il avait fait du russe sa maison linguistique, il apprit le yiddish, mais comme toujours avec de la distance et un grand goût pour le monde ouvert, de telle façon que ses amis l’appelaient le « goy ».

 

 

 

Voilà bien un destin de juif, de finir par être traité de goy comme un honneur et d’apprendre sa propre langue pour parler aux autres.

Medem est un nom de l’humanité par sa passion de l’éducation.

L’ancien président Henri Minczeles, historien du Bund et des mouvements ouvriers, m’offrit un jour, avec sa forme spéciale de nostalgie, contrebalancée toujours par l’énergie que lui donnait sa grande taille de commandant anglais, sa traduction de l’autobiographie Ma Vie de Vladimir Medem traduite du yiddish avec son vieil ami Aby Wieviorka. Sa dédicace m’encourageait à lire « la saga d’un théoricien hélas tombé dans l’oubli ». Je le fis, songeant par moment aux scènes élémentaires que Tolstoï esquisse dans Enfance, adolescence, jeunesse et me disant que la soif d’apprendre est la grande saga humaine.

Oublié, Medem ?

Oui, si par « oublié » on veut dire ignoré des systèmes capitalistes de l’information. Mais on sait bien que pour la pensée d’un Walter Benjamin, rien n’est jamais oublié (pas plus que pour l’inconscient freudien) et que tout attend. Lire, étudier, c’est réveiller un possible qui, alors qu’il se morfondait tout seul dans le froid, va au ciel en éclairant les hommes au passage.

Quel autre infini que celui de l’étude ? se demandait peut-être de temps en temps Vladimir Medem, plus heureux dans l’édification de la culture juive laïque que dans la politique avec les Puissants de son temps.

 

François Ardeven

janvier 2010