Les livres de novembre – décembre 2026

Bella, un destin brisé

Arnaud Nemet

Eyrolles, 256 pages

Paris, 5 juin 1942. Dans les allées du bois de Boulogne, une jeune femme radieuse prend la pose, juchée sur une bicyclette. Mannequin vedette de la prestigieuse maison de haute couture Jeanne Lanvin, elle participe à la Journée de l’élégance. Le lendemain, sa photographie fait la une de la presse. Mais qui sait que derrière ce cliché se cache une autre réalité, beaucoup plus sombre ? Bella Ariel est juive et, en zone occupée, le port obligatoire de l’étoile jaune entre tout juste en vigueur. À l’aube de ses 30 ans, sa vie s’apprête à basculer brutalement.

Ce livre est le fruit d’une longue et minutieuse enquête de l’auteur sur les traces de son arrière-grand-tante, des rives du Bosphore à la rue du Faubourg-Saint-Honoré. À travers de nombreuses photographies et grâce à la parole des derniers témoins, il nous plonge au coeur de la France des années trente et de l’Occupation, et nous entraîne dans les prestigieux salons de la haute couture parisienne. De manière implacable, il révèle les circonstances révoltantes qui ont conduit au tragique destin d’une jeune femme originaire de Constantinople, devenue une égérie de la mode.

L’ADN du chaos

Elena Sender

Albin Michel, 384 pages

Les chapitres de ce roman portent alternativement sur deux personnes que tout oppose. D’abord Hannah, la benjamine des sœurs Kaufmann, dont la mère est morte quand elle était encore bébé. Puis Aurélien, un activiste d’extrême-droite qui partage sa vie entre son métier d’informaticien et un compte Instagram dans lequel il prône avec Elvire, son épouse influenceuse, les valeurs de la famille traditionnelle.

Lors de l’anniversaire de Hannah, son cousin distribue, à toute la famille, des tests ADN à visée généalogique produits par la start-up qu’il vient de lancer, et dont Elvire repère justement une publicité : elle lui propose un partenariat et fait les tests avec Aurélien. Celui-ci envisage de pirater le réseau informatique de la start-up afin d’obtenir des données cruciales permettant la réalisation et l’envoi, par l’IA, de messages électoraux ciblés et personnalisés sur les réseaux sociaux… Ces tests ADN vont être à l’origine d’un véritable chaos tant dans les familles d’Hannah et d’Aurélien, qu’au niveau politique national.

La journaliste scientifique Elena Sender signe un captivant thriller à rebondissements qui fait réfléchir sur les dérives possibles d’un monde numérisé où les piratages informatiques se multiplient et où l’IA s’étend inexorablement. Une lecture incontournable.

Et toujours la possibilité d’emprunter les livres de la rentrée de septembre 2026

Aimer Jérusalem

Nathan Devers

Gallimard, 432 pages

« Eh bien moi, j’accepterais la proposition de ton diable. Je resterais seul et j’écrirais un livre. Pas vraiment un roman, ni un bouquin d’histoire. Plutôt une nécrologie collective. Un tombeau de papier, dans le genre ‘Vie et mort de mon peuple’ : une fresque littéraire qui tenterait de dépeindre la grandeur et les failles de mes compatriotes. Ou bien une sorte de fable où je retracerais la généalogie d’un pays magique pouvant disparaître à tout moment, car son âme est guettée depuis les origines par la menace de l’anéantissement.” C’est alors qu’au pied levé Orly prononce une phrase simplissime, mais qui me bouleverse. “C’est bien gentil, ton affaire. Mais dans le cas d’Israël, ce livre a déjà été écrit. Avant même que nous n’existions. Il s’appelle la Bible.”

Avec Aimer Jérusalem, Nathan Devers livre un récit tendu et une méditation habitée sur ces textes sacrés qui ne cessent de travailler en profondeur l’histoire des hommes – et de poser une question capitale : comment répondre au mal ?

La Petite Fille au ruban bleu : le monde disparu d’Irène Cahen d’Anvers

Natalie David-Weill

Flammarion, 448 pages

« La Petite Fille au ruban bleu » est l’un des tableaux les plus connus de Renoir.

Son modèle, Irène Cahen d’Anvers, faisait partie de la grande bourgeoisie juive de la fin du XIXᵉ siècle, très influente dans le monde de l’art. La destinée du tableau révèle les tumultes de l’époque. Commandé à Renoir en 1880 par les parents d’Irène, mécènes brillants, sa spoliation par les nazis, plus de cinquante ans plus tard, marque l’effondrement d’une élite qui finira en majorité déportée.

Après la guerre, Irène Cahen d’Anvers récupère son tableau et le vend à un marchand d’armes proche des Allemands. Paradoxalement, plus La Petite Fille au ruban bleu gagne en célébrité, plus son modèle s’efface des mémoires.

En réalité, on ne sait à peu près rien d’Irène Cahen d’Anvers. Elle est perçue comme l’épouse indigne de Moïse de Camondo, qui a, lui, laissé l’image d’un homme généreux, cultivé et respecté. À la lumière d’archives inédites et de rencontres, j’ai découvert tout un monde, celui de Parisiennes élégantes dont la vie a basculé dans la tragédie. Parmi elles, se dégage une Irène féministe avant l’heure, idéaliste et déterminée. Faire revivre la femme cachée derrière le portrait, tel a été mon objectif. »

La promesse de Leiba

Claude Tovel Posternak

Robert Laffont, 224 pages

Chana, fillette de 7 ans orpheline de mère, vit à Odessa avec sa sœur Temerla et son père – boucher et mohel. Ses cinq autres sœurs ont quitté l’empire tsariste depuis longtemps. Un jour, lors d’une visite, avec son père, chez son oncle maternel enseignant dans une colonie agricole juive de la région, elle fait la connaissance de Leiba, un gamin de son âge. Bloqués toute une nuit par une tempête de neige, les deux enfants tombent littéralement amoureux l’un de l’autre et Leiba fait une promesse à Chana qui ne l’oubliera jamais… Si le monde est petit, les âmes sœurs s’égarent dans l’anonymat des villes et leurs non-dits. Chana retrouvera-t-elle « son prince » ?

Posternak nous invite dans le quotidien et les traditions des communautés juives ashkénazes de la région d’Odessa de la fin du XIXe siècle, nous fait ressentir leurs terreurs face aux pogroms ainsi que leurs aspirations à un monde meilleur, soit à travers un engagement politique révolutionnaire, soit à travers l’émigration, aux Etats-Unis ou en Palestine. Au fil du récit, on réalise que l’auteur s’est inspiré des biographies de deux personnalités bien différentes qui ont respectivement marqué l’histoire politique et le monde de la musique.

Un roman émouvant, parsemé de rebondissements et de surprises jusqu’à la dernière page.

Quand Vichy jugeait Léon Blum

Carole Delga, Marie Luce Nemo

Privat, 192 pages

Léon Blum, homme de pensée et d’action, a incarné, en fidèle héritier de Jaurès, une vision du progrès qui place l’humain au cœur de ses préoccupations. Après la scission du congrès de Tours et jusqu’à la victoire du Front populaire, Blum, devenu la figure de proue du socialisme français, va reconstruire la SFIO. À la tête de la première force de la coalition de gauche en mai 1936, il devient président du Conseil. Ses réformes, telles que la semaine de 40 heures, les congés payés ou encore la solidarité prolongée, vont transformer durablement la vie des français et jeter les bases d’un modèle social plus juste.

C’est bien ce qui lui reprochera le régime de Vichy. Il traduira Blum, du 19 février au 15 avril 1942, devant une Cour suprême de justice spécialement créée pour juger, et de préférence condamner, le Front populaire et, plus largement, la République.

De ce déplorable procès tenu à Riom, Léon Blum sortira politiquement et moralement vainqueur…

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La montre d’Hitler

Christophe Barbier et Yves Azéroual

Studiofact Editions, 320 pages

S’inspirant de la vente aux enchères de la montre d’Hitler en 2022, Yves Azéroual et Christophe Barbier nous offrent un roman intéressant, palpitant, et marquant.

Mia Azerbier, étudiante au Conservatoire d’art dramatique, a perdu ses parents lorsqu’elle était enfant, et a été élevée par son grand-père qui meurt, en 1990, après avoir été assommé lors d’une tentative de cambriolage. Après l’enterrement, alors qu’elle pleure, mélancolique, dans le logement de son « Papya », on sonne à la porte : c’est un ancien camarade de son grand-père, de la 2e DB avec laquelle ils furent les premiers à investir le Berghof d’Hitler, à Berchtesgaden. Il lui révèle que son grand-père s’était emparé de la montre d’Hitler, le bien le plus précieux de celui-ci…

Au-delà de sa qualité d’écriture et de sa riche intrigue où se mêlent différentes époques, ce thriller historique amène aussi le lecteur à s’interroger sur la sincérité et les arrière-pensées de ceux qui s’intéressent de près au nazisme et à Hitler : le font-ils tous pour condamner cette sinistre période de l’histoire du XXe siècle, ou pour en faire secrètement l’apologie ? Les néo-nazis ressemblent-ils toujours à l’image qu’on s’en fait ? En tout cas, bon nombre de personnages de ce roman cachent bien leur double jeu, jusqu’au bout…

À lire absolument.

Bibliothèque Centre Medem

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