Aimer Jérusalem
Nathan Devers
Gallimard, 432 pages
« Eh bien moi, j’accepterais la proposition de ton diable. Je resterais seul et j’écrirais un livre. Pas vraiment un roman, ni un bouquin d’histoire. Plutôt une nécrologie collective. Un tombeau de papier, dans le genre ‘Vie et mort de mon peuple’ : une fresque littéraire qui tenterait de dépeindre la grandeur et les failles de mes compatriotes. Ou bien une sorte de fable où je retracerais la généalogie d’un pays magique pouvant disparaître à tout moment, car son âme est guettée depuis les origines par la menace de l’anéantissement.” C’est alors qu’au pied levé Orly prononce une phrase simplissime, mais qui me bouleverse. “C’est bien gentil, ton affaire. Mais dans le cas d’Israël, ce livre a déjà été écrit. Avant même que nous n’existions. Il s’appelle la Bible.”
Avec Aimer Jérusalem, Nathan Devers livre un récit tendu et une méditation habitée sur ces textes sacrés qui ne cessent de travailler en profondeur l’histoire des hommes – et de poser une question capitale : comment répondre au mal ?

La Petite Fille au ruban bleu : le monde disparu d’Irène Cahen d’Anvers
Natalie David-Weill
Flammarion, 448 pages
« La Petite Fille au ruban bleu » est l’un des tableaux les plus connus de Renoir.
Son modèle, Irène Cahen d’Anvers, faisait partie de la grande bourgeoisie juive de la fin du XIXᵉ siècle, très influente dans le monde de l’art. La destinée du tableau révèle les tumultes de l’époque. Commandé à Renoir en 1880 par les parents d’Irène, mécènes brillants, sa spoliation par les nazis, plus de cinquante ans plus tard, marque l’effondrement d’une élite qui finira en majorité déportée.
Après la guerre, Irène Cahen d’Anvers récupère son tableau et le vend à un marchand d’armes proche des Allemands. Paradoxalement, plus La Petite Fille au ruban bleu gagne en célébrité, plus son modèle s’efface des mémoires.
En réalité, on ne sait à peu près rien d’Irène Cahen d’Anvers. Elle est perçue comme l’épouse indigne de Moïse de Camondo, qui a, lui, laissé l’image d’un homme généreux, cultivé et respecté. À la lumière d’archives inédites et de rencontres, j’ai découvert tout un monde, celui de Parisiennes élégantes dont la vie a basculé dans la tragédie. Parmi elles, se dégage une Irène féministe avant l’heure, idéaliste et déterminée. Faire revivre la femme cachée derrière le portrait, tel a été mon objectif. »

La promesse de Leiba
Claude Tovel Posternak
Robert Laffont, 224 pages
Chana, fillette de 7 ans orpheline de mère, vit à Odessa avec sa sœur Temerla et son père – boucher et mohel. Ses cinq autres sœurs ont quitté l’empire tsariste depuis longtemps. Un jour, lors d’une visite, avec son père, chez son oncle maternel enseignant dans une colonie agricole juive de la région, elle fait la connaissance de Leiba, un gamin de son âge. Bloqués toute une nuit par une tempête de neige, les deux enfants tombent littéralement amoureux l’un de l’autre et Leiba fait une promesse à Chana qui ne l’oubliera jamais… Si le monde est petit, les âmes sœurs s’égarent dans l’anonymat des villes et leurs non-dits. Chana retrouvera-t-elle « son prince » ?
Posternak nous invite dans le quotidien et les traditions des communautés juives ashkénazes de la région d’Odessa de la fin du XIXe siècle, nous fait ressentir leurs terreurs face aux pogroms ainsi que leurs aspirations à un monde meilleur, soit à travers un engagement politique révolutionnaire, soit à travers l’émigration, aux Etats-Unis ou en Palestine. Au fil du récit, on réalise que l’auteur s’est inspiré des biographies de deux personnalités bien différentes qui ont respectivement marqué l’histoire politique et le monde de la musique.
Un roman émouvant, parsemé de rebondissements et de surprises jusqu’à la dernière page.

Quand Vichy jugeait Léon Blum
Carole Delga, Marie Luce Nemo
Privat, 192 pages
Léon Blum, homme de pensée et d’action, a incarné, en fidèle héritier de Jaurès, une vision du progrès qui place l’humain au cœur de ses préoccupations. Après la scission du congrès de Tours et jusqu’à la victoire du Front populaire, Blum, devenu la figure de proue du socialisme français, va reconstruire la SFIO. À la tête de la première force de la coalition de gauche en mai 1936, il devient président du Conseil. Ses réformes, telles que la semaine de 40 heures, les congés payés ou encore la solidarité prolongée, vont transformer durablement la vie des français et jeter les bases d’un modèle social plus juste.
C’est bien ce qui lui reprochera le régime de Vichy. Il traduira Blum, du 19 février au 15 avril 1942, devant une Cour suprême de justice spécialement créée pour juger, et de préférence condamner, le Front populaire et, plus largement, la République.
De ce déplorable procès tenu à Riom, Léon Blum sortira politiquement et moralement vainqueur…

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La montre d’Hitler
Christophe Barbier et Yves Azéroual
Studiofact Editions, 320 pages
S’inspirant de la vente aux enchères de la montre d’Hitler en 2022, Yves Azéroual et Christophe Barbier nous offrent un roman intéressant, palpitant, et marquant.
Mia Azerbier, étudiante au Conservatoire d’art dramatique, a perdu ses parents lorsqu’elle était enfant, et a été élevée par son grand-père qui meurt, en 1990, après avoir été assommé lors d’une tentative de cambriolage. Après l’enterrement, alors qu’elle pleure, mélancolique, dans le logement de son « Papya », on sonne à la porte : c’est un ancien camarade de son grand-père, de la 2e DB avec laquelle ils furent les premiers à investir le Berghof d’Hitler, à Berchtesgaden. Il lui révèle que son grand-père s’était emparé de la montre d’Hitler, le bien le plus précieux de celui-ci…
Au-delà de sa qualité d’écriture et de sa riche intrigue où se mêlent différentes époques, ce thriller historique amène aussi le lecteur à s’interroger sur la sincérité et les arrière-pensées de ceux qui s’intéressent de près au nazisme et à Hitler : le font-ils tous pour condamner cette sinistre période de l’histoire du XXe siècle, ou pour en faire secrètement l’apologie ? Les néo-nazis ressemblent-ils toujours à l’image qu’on s’en fait ? En tout cas, bon nombre de personnages de ce roman cachent bien leur double jeu, jusqu’au bout…
À lire absolument.

Et toujours la possibilité d’emprunter les livres de mai – juin 2026
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34 RUE NEUVE – Le bureau de tabac de ma grand-mère
William Irigoyen
Fayard, 269 pages
Pendant les vacances de l’été 1982, William, 12 ans, rejoint sa grand-mère lyonnaise qu’il affectionne particulièrement. Comme à son habitude, la grand-mère prend des nouvelles de ses études, et son petit-fils lui annonce avoir choisi l’allemand comme seconde langue pour la rentrée scolaire. S’ensuit une réaction glaciale de sa grand-mère : « Moi vivante, tu ne parleras jamais un mot de cette langue sous ce toit et tu ne feras jamais entrer ici quelqu’un qui s’exprime en allemand.». Le jeune garçon ne se remettra jamais de cette scène qui tendra ses liens avec sa grand-mère qui mourra de la maladie d’Alzheimer six ans plus tard. Il savait qu’elle était juive, et se demandait ce qu’elle ou sa famille avait vécu pendant la guerre : elle ne lui avait jamais rien raconté.
William Irigoyen étudiera même l’allemand à l’université, et travaille en tant que journaliste sur Arte depuis 2001. Un jour de 2014, il découvre, dans la bibliothèque de sa mère, un livre sur la Résistance dans lequel se trouve un chapitre sur ses grands-parents : cette révélation va l’entraîner dans une enquête historico-familiale d’une dizaine d’années qui sonne parfois aussi comme une quête d’identité pour le seul membre de cette famille à s’intéresser vraiment au passé de ses grands-parents.
Un livre captivant et superbement écrit, dans lequel transparaît souvent l’émotion de l’auteur.

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Tenez bon :
Pierre Assouline
Robert Laffont, 144 pages
Tenez bon est un manifeste, qui déploie une conviction essentielle pour Pierre Assouline : les livres nous donnent de l’espoir.
Qui n’a jamais été tenté de reculer devant le risque et le danger, ou de céder à la mélancolie ? Face à l’adversité, qu’elle soit intime ou collective, Pierre Assouline sait les livres qui nous donnent de l’espoir. Il suffit d’une page, d’une phrase ou même d’un seul mot pour forger en chacun d’entre nous un socle de résistance.
Les paroles d’Albert Camus, Simone Veil, Jean Moulin, Rudyard Kipling ou Paul Celan, sans oublier Job, personnage biblique à la portée universelle, ni la chèvre de Monsieur Seguin, permettent de tenir bon dans les situations difficiles.
Tenir bon face à la barbarie ordinaire.
Tenir bon dans ses valeurs, et ne pas renoncer à ses convictions, quand tout nous pousse à les trahir.
Tenir bon dans la défense absolue de l’État de droit, pilier de la République.
Tenir bon chaque fois que l’on croit perdre une forme de dignité.
Tenir bon, à condition que cela ne se fasse pas aux dépens de la légèreté…













































