Les livres de septembre et octobre

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LES FANTÔMES

Eve Buchwald

Cerf, 161 pages

L’auteur se remémore son enfance de petite fille ashkénaze, née d’un couple d’âge avancé, au début des années 1950. Bercée par des souvenirs de pogroms et de guerre dans des pays qu’elle ne connaît pas, la petite Khava –Khavele- ne comprend pas comment ses parents – Fryda et Leyb- ont pu survivre à la guerre et comment elle a pu naître « de ces reliques d’un monde disparu ». L’auteure insiste sur la différence d’âge entre la petite fille qu’elle était et « les adultes âgés et en souffrance » qui l’entouraient, ces « survivants d’un autre monde ».

Or, c’est sur cet « autre monde », sur « leur passé maintes fois évoqué » que portaient la plupart des conversations autour d’elle: « Poursuivis par les visages des membres de leurs familles disparues, Fryda et Leyb reconstruisent des chaînes interminables à partir d’un seul nom magique prononcé, celui du shtetl ou de la ville d’origine ».

Les amis des parents, souvent très proches – véritable famille de substitution,  faisaient de même, et Khava fit ainsi la connaissance des nombreux fantômes d’une époque et d’un passé révolus, à jamais disparus. Elle prit vite conscience de la présence des fantômes à travers les allers-retours des prénoms d’une génération à l’autre : « Les prénoms sont choisis par les parents en fonction des fantômes de leur famille à la présence entêtante, ils choisissent de les réincarner ou de les laisser s’en aller. »

Tant et si bien qu’au chapitre IV, Eve Buchwald se hasarde même à reconstituer – avec moult détails- le jour de la naissance de sa mère : les réactions, les visites, les rencontres, les échanges entre les uns et les autres.

Un accomplissement significatif pour Khavèlè qui est devenue psychologue et psychanalyste.

Le Centre Medem reçoit Eve Buchwald le samedi 21 septembre à 15h.

 

 

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DEUXIÈME GÉNÉRATION

Michel Kichka

Dargaud, 112 pages

L’auteur et caricaturiste israélien Michel Kichka est le deuxième d’une fratrie de quatre enfants. Son enfance belge a été marquée par ce qu’on n’appelait pas encore la Shoah : son père, Henri Kichka, rescapé d’Auschwitz et de Buchenwald, fut le seul survivant de sa famille juive de Belgique.

La bibliothèque familiale n’était constituée que de livres sur la Shoah et le nazisme, et enfant, Michel Kichka les consultait derrière le dos de ses parents. Marqué donc très jeune par ce douloureux passé qu’il n’avait pas vécu, il retranscrit dans sa BD ses interrogations d’enfants, comme : « Pourquoi un soldat inconnu avait-il une stèle en pierre de taille alors que mon grand-père n’avait même pas une pierre tombale ? ».

Il écrit très justement : « Ma famille était partie en cendres, emportée par le vent mauvais de l’histoire ». Pourtant, longtemps, son père ne racontera rien de son vécu à Auschwitz. C’est le suicide du benjamin de la fratrie qui met soudainement fin au mutisme du père : il va devenir une personnalité belge incontournable pour témoigner et organiser des visites guidées à Auschwitz. Mais c’est également le suicide de son frère cadet qui va faire réfléchir Kichka sur son enfance, sur ses parents et les non-dits.

Cette BD est l’aboutissement de cette réflexion de plusieurs années. Que ce soit à travers les textes et à travers les dessins, l’humour est très présent, et les passages mordants ne manquent pas.

Un récit vivant et très agréable à lire.

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RÉVEILLER LES LIONS

Ayelet Gundar-Goshen

Presses de la Cité, 432 pages

Une nuit, en sortant de sa garde à l’hôpital de Beer-Sheva, la ville la plus méridionale d’Israël, le Dr Ethan Green, chirurgien neurologue percute un homme dans le désert israélien.

Quand il sort du véhicule, il constate qu’il n’y a plus rien à faire pour lui et prend la fuite en laissant Assoun, migrant érythréen, agoniser sur le bord de la route.

Le lendemain, la femme de la victime se présente chez lui et lui rapporte son porte-feuille qu’il a laissé tomber en sortant du véhicule. Elle a tout vu et en échange de son silence elle exige quelque chose qui n’est pas quantifiable en argent.

Commence alors, pour Ethan, une longue descente aux enfers….

Roman à lire pendant les vacances.

 

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Isidore et Simone, Juifs en résistance 

Simon Louvet et Remedium

OUEST FRANCE, 192 pages

Grâce au témoignage de sa grand-mère et à de nombreuses archives personnelles qui lui ont permis de faire des recherches, le journaliste Simon Louvet raconte l’histoire de ses arrière-grands-parents, Isidore et Simone.

En introduction, il précise que « ce récit historique est aussi né du négationnisme qui progresse, au nom d’objectifs politiques rétrogrades ».

Les parents d’Isidore arrivèrent à Marseille, en 1910, après avoir fui le nationalisme antisémite de l’Empire Ottoman, tandis que les parents de Simone étaient des Juifs alsaciens. La Seconde Guerre mondiale et ses persécutions antisémites vont frapper avec la même et fatale violence ces Juifs de cultures si différentes mais partageant le même attachement pour la France. Contrôleur des impôts à Metz depuis 1936, Isidore est mobilisé lors de la déclaration de guerre. En 1940, il est affecté dans un bataillon à Toulouse où il retrouve sa femme et ses filles qui s’y sont installées. Après l’Armistice, Isidore devient agent des impôts à Toulouse jusqu’aux lois vichystes de 1941, puis trouve un emploi de comptable, tandis que Simone est secrétaire. En 1943, Isidore et Simone doivent quitter Toulouse et  confier leurs deux petites filles dans un couvent catholique aveyronnais pendant un certain temps. Isidore est alors résistant dans le maquis de Vabre (lui et ses camarades libèrent Castres), puis il s’engage dans la Première armée de libération : il devra combattre vaillamment face aux Allemands dans les Vosges et en Alsace. La guerre terminée, il faudra parfois des années pour connaître précisément le sort des disparus de la famille.

Si le texte est rigoureux, il n’en est pas moins pédagogique, et pourrait également constituer une excellente lecture pour adolescents.

Remedium, le co-auteur et dessinateur de cette BD, est professeur des écoles, et auteur de livres pour enfants : son très bon coup de crayon donne aux pages un aspect aéré qui rend la lecture très agréable.

De plus, la fin du livre est constituée d’une sorte de dossier pédagogique comprenant les biographies des principaux personnages après la guerre, des questions posées à Olivier Lalieu (historien spécialiste de la Shoah), pour chacun des sept chapitres composant le livre, ainsi que des photographies et des documents personnels dont il est fait référence dans la BD.

 

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LES FEMMES D’AUSCHWITZ-BIRKENAU

Chochana Boukhobza

Flammarion, 574 pages

Écrivaine et réalisatrice de documentaires sur la Shoah, Chochana Boukhobza a enquêté pendant sept ans auprès de survivantes pour expliquer à travers l’expérience de toutes ces femmes ce qu’elles ont vécu et ce qu’était Auschwitz et plus particulièrement Birkenau.

Pour l’essentiel juives, elles sont aussi catholiques, protestantes, agnostiques ou encore tziganes ; certaines d’entre elles ont été arrêtées pour des faits de Résistance, mais la plupart ne savaient pas ce qui les attendait. Toutes celles qui ont échappé à l’extermination seront soumises à un travail forcé implacable…

Mais aussi, comment elles se sont organisées individuellement et collectivement pour survivre…

Dans l’adversité, les femmes d’Auschwitz furent sans défense, mais elles se montrèrent courageuses, audacieuses, héroïques.

Ce récit dédié à leur mémoire est un hymne à la solidarité et à la liberté, qui s’exprimèrent envers et contre tout.

 

Livres recommandés en mai – juin 2024

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LES TUEUSES – CES FEMMES COMPLICES DE LA CRUAUTÉ NAZIE

Minou Azoulai – Véronique Timsit

Privat, 234 pages

Nombre de femmes, à l’instar d’Ilse, Erika, Pauline, Margarete, Lina, Irma…. et tant d’autres, adhérèrent au  » parti de l’horreur et de la cruauté « .

Toutes ont été volontairement complices du régime nazi entre 1939 et 1945. Certaines, particulièrement sadiques ont tué et torturé de leurs propres mains.

Oui, les femmes aussi peuvent être des tueuses sadiques, des  » meurtrières de bureau « , sous couvert de leurs fonctions de mères idéales, infirmières zélées, surveillantes soumises, épouses parfaites…

D ’autres ont veillé au bon fonctionnement du processus d’extermination des populations.

Après la guerre, elles sont restées fidèles à leur idéologie sans jamais renier aucun de leurs actes.

Sans oublier les derniers chapitres concernant les exactions commises par les  » tueuses  » en Serbie et au Rwanda.

 

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RETROUVER ESTELLE MOUFFLARGE

récit-enquête de Bastien FRANÇOIS

Gallimard, 427 pages

Un peu par hasard, parce qu’il habite dans la même rue du 18e à Paris, l’auteur part sur les traces de cette fille d’émigrés juifs pauvres, précocement orpheline, morte à Auschwitz à 15 ans. Du peu d’éléments qu’il recueille – quelques lettres, une photo, des notes administratives, archives scolaires, registres de commerce, « fichiers juifs » de la police, bribes de récits familiaux -, il reconstitue l’itinéraire de la jeune déportée.

On songe d’emblée au magnifique Dora Bruder de Patrick Modiano (1997), mais la recherche d’Estelle Moufflarge s’avère différente, poignante et passionnante elle aussi.

A partir d’un destin individuel, l’auteur dans son enquête minutieuse, menée pendant 10 ans, retrace avec rigueur et sensibilité le sort des Juifs traqués, privés de ressources, soumis aux décrets changeants, arbitraires, des Allemands et de Vichy.

Bastien François situe sa recherche dans la perspective de la « micro-histoire globale », développée il y a quelques dizaines d’années, qui mêle histoire et sociologie, à l’échelle des individus, des groupes humains, et étudie les interactions économiques, politiques, culturelles.

 

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COMMENT ÇA VA PAS ? – Conversations après le 7 octobre

Delphine HORVILLEUR

Grasset 150 pages

Depuis le massacre perpétré par le Hamas en Israël, l’auteur est en état de sidération et de douleur. Elle tente de trouver des mots au travers de dix conversations réelles ou imaginaires – avec ses grands-parents (Oy a brokh, Papi ! Quelle malédiction !), la paranoïa juive, les antiracistes, ses enfants, ceux qui font du bien, Israël, le Messie…

Avec acuité, force et subtilité, dans une langue imagée, entrelaçant l’intime et l’universel, le sacré et le prosaïque, la gravité et l’humour, elle en appelle à l’humanisme ; elle alerte contre ceux qui menacent de mettre le monde à feu et à sang, au nom de leurs croyances : les fanatiques des trois religions monothéistes. Et elle chante avec Anne Sylvestre : « J’aime les gens qui doutent » …

Seul bémol dans ce beau traité de douleur et d’espoir, sa définition du yiddish – « pas un langage structuré, mais une sorte de patois protéiforme … » On pourrait citer des dizaines d’écrivains yiddish qui n’ont pas « jargonné » : Cholem Aleikhem, I. L. Peretz, Avrom Sutzkever, H. D. Nomberg, Myriam Ulinover, Debora Vogel, B. Schlevin, les frères Singer…

Réflexion douloureuse et profonde.

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16 ANS, RÉSISTANT

Robert Birenbaum

Stock, 175 pages

Le 17 juillet, le lendemain de la rafle du Vel d’Hiv, à 16 ans, Robert rejoint les rangs de la résistance par l’intermédiaire de sa tante Dora.

De 1942 à 1944, son son rôle était de recruter les résistants FTP le la MOI (Main d’Oeuvre Emigrée). Mélina et Missak Manouchian ainsi que les combattants de l’Affiche Rouge en firent partie. Triste ironie de l’Histoire, il devait intégrer ces FTP lorsque les membres de l’Affiche rouge furent pris.

Il relate toutes ces années durant lesquelles, avec d’autres jeunes, français, étrangers, juifs, communistes…., ils firent des « coups de main » contre les nazis et les collabos dans Paris et la région parisienne.

Récit émouvant, digne, que livre sans fard  cet homme de plus de 97 ans et d’une mémoire époustouflante, celui d’un homme juste, généreux et humble.

Raconter. Encore et encore.

Pour que personne n’oublie jamais…

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INDIGNE

Cécile CHABAUD

ECRITURE, 231 pages

Indigne, de Cécile Chabaud, est un roman inspiré de faits réels. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, un béarnais ayant réellement existé – Georges Despaux – est membre de l’antisémite Parti Populaire Français de Doriot, et rédige des « torchons fielleux et discriminatoires » dans le journal du parti, L’Assaut. Soupçonné d’avoir voulu causer la perte d’un autre membre du PPF, il est livré aux Allemands, interné dans un camp près de Compiègne en avril 1944, puis déporté à Auschwitz et à Buchenwald. A Buchenwald, il dessine les autres internés, et sauve la vie d’un de ses camarades de misère, un Juif dans le roman, Samuel Vanmolen. Le camp est libéré en avril 1945, et Despaux revient en France quelques jours plus tard. En décembre 1945, il est jugé, devant le Palais de Justice de Pau, pour intelligence avec l’ennemi, pendant la guerre, c’est-à-dire pour la période précédant l’année passée dans les camps. Dans les années 2000, le fils de celui que Despaux a sauvé – David Vanmolen- devient le dépositaire des dessins de Despaux, véritables témoignages de la vie au Camp de Buchenwald : il organise une exposition des dessins qu’il publie ensuite dans un livre.

Ce qui doit inciter à la lecture de ce livre, c’est d’abord la qualité d’écriture et la pertinence de certaines formulations bien trouvées. Ensuite, le récit est d’autant plus captivant que les brefs chapitres portent alternativement sur trois périodes distinctes: l’internement de Despaux dans les camps, son procès d’avril 1945, et les différentes démarches du galeriste David Vanmolen. Enfin, à travers ce livre, Cécile Chabaud soulève finalement des questions essentielles : parmi les collaborateurs et les collaborationnistes, lesquels jouaient un double jeu et opéraient, simultanément, pour la Résistance ? Parmi les accusateurs de l’après-guerre, combien n’avaient-ils eux-mêmes rien à se reprocher ? Des personnes qui ont peut-être changé d’avis par pur opportunisme sont-elles légitimes à juger un homme dont les convictions auraient changé au contact de la réalité des camps ? C’est ce sur quoi semble insister Cécile Chabaud en parlant de la guerre, « avec son nombre officiel de victimes et son nombre officieux de salauds », ou en qualifiant la foule, présente au Palais de Justice, de « grégaire (…) capable de lapider comme de pardonner », ainsi qu’à travers cette question posée par l’avocat de Despaux au Président du  tribunal : « Et vous, cher Président, où étiez-vous en 1943 ? Pourquoi êtes-vous toujours là ? Qui avez-vous servi pendant la Guerre ? Pourquoi avez-vous toujours votre place ? ».

Autant de questions qui poussent à la réflexion.

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LA MAISON AU BORD DU CANAL – L’histoire de la maison d’Anne Frank

Thomas Harding  (auteur) et Britta Teckentrup (illustratrice)

La Partie, 56 pages

Initialement publié en Allemagne, ce livre superbement illustré et destiné aux enfants, raconte chronologiquement, en quelques pages,  près de 400 ans d’histoire d’une maison d’Amsterdam et de ses différents habitants, parmi lesquels Anne Frank pendant la guerre. Cette précision figure dans le sous-titre du livre, puis dans un court préambule, et à la fin, dans les deux dernières pages qui révèlent les identités de tous les habitants de cette maison (ce qui atteste ainsi de la véracité  des histoires relatées).

En revanche, pour que tout enfant s’identifie à Anne Frank, nulle part, dans le corps du texte, ne sont mentionnés ni le nom d’Anne Frank, ni les mots « Juifs » ou « Nazis » : « En un jour d’été caniculaire, des policiers accompagnés d’un soldat pénétrèrent dans la maison et montèrent d’un pas lourd l’escalier dissimulé.  Les hommes découvrirent la jeune fille, sa famille et leurs amis. Ils les arrêtèrent et les embarquèrent ».

Ce livre relève ainsi le défi de permettre à des enfants d’aborder, en douceur, l’histoire d’Anne Frank.

Bibliothèque Centre Medem

Et aussi les plus anciennes sélections de la bibliothèque

Livres de mars – avril 2024

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STUPEUR

Zeruya SHALEV

Traduit de l’hébreu par Laurence SENDROWICZ,

Gallimard, 363 pages

Au chevet de son père mourant, Atara recueille les propos confus de cet homme sévère, qui l’appelle tendrement Rachel, du nom de sa mystérieuse première épouse.

Atara retrouve la trace de cette femme de 90 ans qui vit seule dans le désert de Judée. Elle force presque sa porte et réveille chez elle un douloureux passé : la lutte armée clandestine dans le groupe sioniste le « Lehi » et la résistance contre les Anglais en 1947- 48, avant la fondation de l’Etat d’Israël. La rencontre de ces deux femmes bouleversera leur existence.

En 18 chapitres, passant en alternance d’une femme à l’autre, l’écrivaine – une des voix majeures de la littérature israélienne, qui fut grièvement blessée en 2004 dans un attentat – sonde l’âme humaine, montre combien l’histoire collective bouscule les liens privés.   

Ce roman dense et puissant interroge le couple, la parentalité, la culpabilité, la religion, les silences des familles qui régissent les vies, et met en exergue les tensions et violences au coeur de la société israélienne.

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TURBULENCES 

Eshkol NEVO

Traduit de l’hébreu par Jean-Luc ALLOUCHE

GALLIMARD, 336 pages

Trois histoires d’amour s’entrecroisent pour fouiller les relations humaines dans une société Israélienne mise à nue.

L’auteur a conçu son roman comme un thriller qui vous tient en haleine et vous empêche d’interrompre votre lecture.

Un couple de jeunes mariés sont en Bolivie pour leur voyage de noces et rencontre un Israélien récemment divorcé et en vacances pour quelques jours.

L’histoire pourrait s’arrêter là mais ….un coup de foudre entre la jeune mariée et le touriste va éclater et  le mari va mourir sur la route de la mort .

S’est il suicidé ? l’a t on poussé ? et qui bien sûr ?

Un médecin – chef d’un hôpital de Tel Aviv veuf se sent étrangement proche d’une jeune interne de son service jusqu’à  à éprouver le besoin de la protéger mais la réaction de la jeune femme sera ….a vous de la découvrir.

Un couple apparemment uni à l’habitude de se promener le samedi dans un verger mais quand l’homme entre dans le jardin pour un instant il disparaît sans laisser de traces . Nevo en profite pour disséquer le couple dans sa vie la plus intime et leurs relations complexes.

N’hésitez plus plongez vous dans ce livre écrit par un conteur exceptionnel qui offre un portrait de la société israélienne.

C’est vraisemblablement un roman parfait.

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LE MIME MARCEAU, SA COUSINE ROSE, LE YIDDISH ET MOI.

Carol MANN

L’Originel, 187 pages

Carol Mann reconstitue l’histoire familiale et les périples des uns et des autres, de la ville polonaise de Bedzin à Strasbourg, en passant par Karlsruhe. Elle décrit la diversité de la communauté juive strasbourgeoise d’avant-guerre, où « fusaient comme autant de feux d’artifice », une multitude de langues avec le yiddish en tête et en dénominateur commun. Et le cousin germain de sa mère Rose, le mime Marceau, est le fruit de tout cela : on le découvre sous un autre jour et l’on comprend mieux son personnage de « Bip ».  On apprend comment, à huit ans, il fonde sa première troupe d’enfants,  et comment adolescent, en pleine guerre, il s’occupe de l’animation théâtrale dans un château où l’OSE héberge des enfants juifs de parents déportés:  chargé de convoyer une trentaine d’enfants vers la Suisse, le futur mime exercera alors, « pour la première fois, ses talents de comédien silencieux, en vérité mime sans le savoir, pour distraire les enfants sans émettre le moindre bruit qui eut pu éveiller des attentions malveillantes.».

La guerre disséminera, à travers la France la famille qui n’en sortira pas indemne : arrêté, en plein hiver, dans sa boucherie de Villeurbanne, le père de Marcel Marceau sera déporté à Auschwitz.

Le silence du mime fut peut-être aussi celui de la sidération.

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FIGURES DU JOUR

1930

&

MANNEQUINS

1934

Debora VOGEL (auteur), Batia BAUM  (traductrice)

Edition bilingue Français-Yiddish

La Barque, 266 pages

« Je comprends mes poèmes comme une tentative de nouveau style en poésie, je trouve en eux une analogie avec la peinture moderne », écrivit Debora Vogel, dans sa préface à Figures du jour. Ses poèmes sont effectivement  des tableaux, mais peints mais avec des mots, non avec des pinceaux : couleurs et formes géométriques allégorisent ses pensées. Grande figure de l’Avant-Garde  polonaise et yiddish –littéraire et artistique-, c’est âgée d’une vingtaine d’années que cette poétesse apprit le yiddish, la langue originale des poèmes contenus dans ce recueil bilingue et issus de ses deux premières publications. Son regard réaliste percevait tant les vains artifices que la monotonie froide et intemporelle du monde urbain dont elle n’était pas dupe. Paris, à laquelle elle consacra plusieurs poèmes, n’était ainsi qu’une « ville de pacotille bariolée » (« shtot fun bunt-farbikn shund »). Et elle considérait les tristesses comme « un élément décoratif de la vie ».

Au-delà de la fidélité de la traduction, Batia Baum, avec toute sa sensibilité, a parfaitement respecté la musicalité des poèmes dont l’élégante fluidité se retrouve dans les deux versions, yiddish et française.

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LA MAISON AU BORD DU CANAL – L’histoire de la maison d’Anne Frank

Thomas Harding  (auteur) et Britta Teckentrup (illustratrice)

La Partie, 56 pages

Initialement publié en Allemagne, ce livre superbement illustré et destiné aux enfants, raconte chronologiquement, en quelques pages,  près de 400 ans d’histoire d’une maison d’Amsterdam et de ses différents habitants, parmi lesquels Anne Frank pendant la guerre. Cette précision figure dans le sous-titre du livre, puis dans un court préambule, et à la fin, dans les deux dernières pages qui révèlent les identités de tous les habitants de cette maison (ce qui atteste ainsi de la véracité  des histoires relatées).

En revanche, pour que tout enfant s’identifie à Anne Frank, nulle part, dans le corps du texte, ne sont mentionnés ni le nom d’Anne Frank, ni les mots « Juifs » ou « Nazis » : « En un jour d’été caniculaire, des policiers accompagnés d’un soldat pénétrèrent dans la maison et montèrent d’un pas lourd l’escalier dissimulé.  Les hommes découvrirent la jeune fille, sa famille et leurs amis. Ils les arrêtèrent et les embarquèrent ».

Ce livre relève ainsi le défi de permettre à des enfants d’aborder, en douceur, l’histoire d’Anne Frank.

Livres recommandés en janv – fév 2024

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LA VENGEANCE DE FANNY

Yaniv Iczkovits

Gallimard, 509 pages  

Traduit de l’hébreu par Jérémie ALLOUCH

Lauréat du prix AGNON

Dans un shtetl de l’Empire russe, à la fin du 19e siècle, Mendé, épouse et mère de famille, est désespérée par le départ de son mari pour la grande ville de Minsk. Sa sœur Fanny – dite di wilde khayeh (la bête sauvage), car fille de boucher elle manie divinement le couteau – entreprend de retrouver son coquin de beau-frère : elle laisse mari et enfants au milieu de la nuit, passe le fleuve sur la barque de Zizek le taiseux, qui l’accompagnera dans son périple.

Commence une aventure menée à un rythme endiablé, où se croisent malfrats, marginaux, aubergistes, prostituées, soldats ; les fuyards seront poursuivis par la police secrète du tsar.

L’auteur construit une épopée haletante aux personnages drôles et touchants. Avec humour, ce récit parsemé de mots yiddish dépeint une héroïne intrépide, maligne, bravant tous les dangers, tout en restant sensible et humaine.

Au passage injustices et situations absurdes sont dénoncées : misère, violences antisémites, despotisme, procès tronqués, garçons juifs enlevés pour être enrôlés dans l’armée, épouses abandonnées sans le get – l’acte de divorce religieux sans lequel elles ne peuvent se remarier…

L’éclatant talent de conteur d’Iczkovits, né en 1975, rappelle de grands romans de la littérature : les héros picaresques de Rabelais et de Cervantes, ceux pleins de verve de Mark Twain, de Sholem Aleykhem ou I. B. Singer. Mais changement d’époque avec une héroïne au centre de cette odyssée !

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JUIFS EN POLOGNE – Quand la Pologne a cessé d’être une terre d’accueil 

Alexandra Subrémon

Le Bord de l’Eau, 210 pages

Préface Audrey Kichelewski; Postface Konstanty Gebert

Dans ce récit se croisent deux histoires : celle des parents de l’auteure – un jeune couple qui parvient à s’échapper du ghetto de Varsovie, est déporté dans un camp de travail en Allemagne, et en 1945 revient à Varsovie, croyant à un avenir meilleur dans la Pologne communiste – , et l’histoire propre de l’auteure, née en 1947 à Strasbourg où sa mère est quelque temps employée au consulat de Pologne, à qui on n’a rien dit de ses origines juives. 

Lorsqu’Alexandra a 20 ans, la famille est confrontée en Pologne à la brutalité de l’antisémitisme d’État : interrogatoires, parents licenciés. Les Juifs quittent massivement le pays. L’auteure est envoyée en France pour poursuivre ses études de droit. 

Cinquante ans après avoir quitté la Pologne, elle y retourne en quête de documents archivés. Elle s’attache également à comprendre les Mémoires de son père. 

Un témoignage d’une grande force et une réflexion nourrie de recherches historiques et de faits actuels. Une autobiographie dans un contexte plus global de la présence juive en Pologne depuis des siècles.

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TU LA RETROUVERAS

Jean Hatzfeld

Gallimard, 208 pages

Pendant l’hiver 1944-1945, deux fillettes : Scheindel, juive et Izeta, tzigane, se sont réfugiées dans le zoo de Budapest en ruine où les animaux, affamés sont laissés à l’abandon.

Débrouillardes et vives, toujours en alerte, elles se donnent pour mission d’organiser la fuite des girafes, zèbres et autres résidents du zoo, hors de la ville tenue par les nazis et encerclée par l’Armée rouge.

Des années après la guerre, Scheindel retourne à Budapest à la recherche de son amie Izeta…En 1995, à Sarajevo, elle poursuit toujours l’ombre d’Izeta…

Malgré cette triste période de guerre, ce roman reste émouvant et plein de vie.

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TOUT LE MONDE N’A PAS LA CHANCE D’AIMER LA CARPE FARCIE

Élise Goldberg

Verdier, 160 pages

Élise Goldberg nous offre un premier roman qui explore ses origines familiales à travers la cuisine ashkénaze.

Un grand-père meurt. Une petite-fille récupère son frigo et l’installe dans sa cuisine. La porte à peine ouverte, nous franchissons la frontière de la Pologne juive, et c’est un monde qui se découvre, un monde de foies de volaille, d’ »ognonnes », de gefilte fish, de carpe farcie, de tsibèlès mit eyer, gehakte leybèr, a stykèlè keyz kikhn, knaydlekh, fiss ou galekh, kreplekh ou kroupnik, klops, lokshn kouguel, kashè, shmalts herring, hallah, tshoulnt…

Un vrai régal de saveurs culinaires ashkénazes.

Mais ne vous y trompez pas, ce livre n’est pas énième livre de recettes traditionnelles. C’est une boussole, une horloge à remonter le temps, des souvenirs d’enfance, le yiddish de nos parents, celui qu’on ne peut oublier : shmattè, shayn maydalè, shlémil, shlimazl, shlèpper, schnorrèr, shmattè, khoutspè, pilpoul

Ce livre parle de yiddish, de nourriture, de souvenirs et de transmission ! Super moment avec ce livre.

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Livres de janv – fév 2024

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JUIFS EN POLOGNE – Quand la Pologne a cessé d’être une terre d’accueil 

Alexandra Subrémon

Le Bord de l’Eau, 210 pages

Préface Audrey Kichelewski; Postface Konstanty Gebert

Dans ce récit se croisent deux histoires : celle des parents de l’auteure – un jeune couple qui parvient à s’échapper du ghetto de Varsovie, est déporté dans un camp de travail en Allemagne, et en 1945 revient à Varsovie, croyant à un avenir meilleur dans la Pologne communiste – , et l’histoire propre de l’auteure, née en 1947 à Strasbourg où sa mère est quelque temps employée au consulat de Pologne, à qui on n’a rien dit de ses origines juives. 

Lorsqu’Alexandra a 20 ans, la famille est confrontée en Pologne à la brutalité de l’antisémitisme d’État : interrogatoires, parents licenciés. Les Juifs quittent massivement le pays. L’auteure est envoyée en France pour poursuivre ses études de droit. 

Cinquante ans après avoir quitté la Pologne, elle y retourne en quête de documents archivés. Elle s’attache également à comprendre les Mémoires de son père. 

Un témoignage d’une grande force et une réflexion nourrie de recherches historiques et de faits actuels. Une autobiographie dans un contexte plus global de la présence juive en Pologne depuis des siècles.

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LA VENGEANCE DE FANNY

Yaniv Iczkovits

Gallimard, 509 pages  

Traduit de l’hébreu par Jérémie ALLOUCH

Lauréat du prix AGNON

Dans un shtetl de l’Empire russe, à la fin du 19e siècle, Mendé, épouse et mère de famille, est désespérée par le départ de son mari pour la grande ville de Minsk. Sa sœur Fanny – dite di wilde khayeh (la bête sauvage), car fille de boucher elle manie divinement le couteau – entreprend de retrouver son coquin de beau-frère : elle laisse mari et enfants au milieu de la nuit, passe le fleuve sur la barque de Zizek le taiseux, qui l’accompagnera dans son périple.

Commence une aventure menée à un rythme endiablé, où se croisent malfrats, marginaux, aubergistes, prostituées, soldats ; les fuyards seront poursuivis par la police secrète du tsar.

L’auteur construit une épopée haletante aux personnages drôles et touchants. Avec humour, ce récit parsemé de mots yiddish dépeint une héroïne intrépide, maligne, bravant tous les dangers, tout en restant sensible et humaine.

Au passage injustices et situations absurdes sont dénoncées : misère, violences antisémites, despotisme, procès tronqués, garçons juifs enlevés pour être enrôlés dans l’armée, épouses abandonnées sans le get – l’acte de divorce religieux sans lequel elles ne peuvent se remarier…

L’éclatant talent de conteur d’Iczkovits, né en 1975, rappelle de grands romans de la littérature : les héros picaresques de Rabelais et de Cervantes, ceux pleins de verve de Mark Twain, de Sholem Aleykhem ou I. B. Singer. Mais changement d’époque avec une héroïne au centre de cette odyssée !

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TOUT LE MONDE N’A PAS LA CHANCE D’AIMER LA CARPE FARCIE

Élise Goldberg

Verdier, 160 pages

Élise Goldberg nous offre un premier roman qui explore ses origines familiales à travers la cuisine ashkénaze.

Un grand-père meurt. Une petite-fille récupère son frigo et l’installe dans sa cuisine. La porte à peine ouverte, nous franchissons la frontière de la Pologne juive, et c’est un monde qui se découvre, un monde de foies de volaille, d’ »ognonnes », de gefilte fish, de carpe farcie, de tsibèlès mit eyer, gehakte leybèr, a stykèlè keyz kikhn, knaydlekh, fiss ou galekh, kreplekh ou kroupnik, klops, lokshn kouguel, kashè, shmalts herring, hallah, tshoulnt…

Un vrai régal de saveurs culinaires ashkénazes.

Mais ne vous y trompez pas, ce livre n’est pas énième livre de recettes traditionnelles. C’est une boussole, une horloge à remonter le temps, des souvenirs d’enfance, le yiddish de nos parents, celui qu’on ne peut oublier : shmattè, shayn maydalè, shlémil, shlimazl, shlèpper, schnorrèr, shmattè, khoutspè, pilpoul

Ce livre parle de yiddish, de nourriture, de souvenirs et de transmission ! Super moment avec ce livre.

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TU LA RETROUVERAS

Jean Hatzfeld

Gallimard, 208 pages

Pendant l’hiver 1944-1945, deux fillettes : Scheindel, juive et Izeta, tzigane, se sont réfugiées dans le zoo de Budapest en ruine où les animaux, affamés sont laissés à l’abandon.

Débrouillardes et vives, toujours en alerte, elles se donnent pour mission d’organiser la fuite des girafes, zèbres et autres résidents du zoo, hors de la ville tenue par les nazis et encerclée par l’Armée rouge.

Des années après la guerre, Scheindel retourne à Budapest à la recherche de son amie Izeta…En 1995, à Sarajevo, elle poursuit toujours l’ombre d’Izeta…

Malgré cette triste période de guerre, ce roman reste émouvant et plein de vie.

Livres recommandés en nov – déc

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LA FAUTE

Alessandro Piperno

Liana Levi, 462 pages

Les précédents romans de l’auteur faisaient un portrait décapant de la bonne société juive italienne. Dans ce nouveau roman, il s’agit de tout autre chose :  le narrateur, parvenu à la cinquantaine, auteur de plusieurs livres, revient sur cette faute qu’il traîne comme un boulet. Comme une faute originelle qui l’a entraîné dans une vie faite de mensonges et d’imposture :

Fils unique né chez un couple désassorti, il est élevé dans l’ignorance totale de la vie antérieure de ses parents qui ne s’entendent plus. Son père est une sorte de raté dépensier mais aimant et gai ; sa mère, professeure de lycée, silencieuse, soucieuse de la bonne éducation de son fils. A court d’argent en permanence, ils survivent très difficilement, jusqu’au jour où ils reçoivent une invitation inattendue. Ils sont invités au seder par la famille de sa mère, les Sacerdoti. C’est une famille patricienne juive menant un grand train de vie, dans la Rome des beaux quartiers, sous la houlette d’un oncle Gianni patriarche très grand seigneur. Le narrateur, introverti, réservé et mal à l’aise découvre ainsi tout un pan de la vie de sa mère : elle a épousé un « goy » impécunieux, se faisant ainsi rejeter par sa famille.

Cet épisode marque l’entrée dans une autre vie pour le narrateur : en effet, la mort subite de sa mère (crime ou suicide), l’emprisonnement de son père déclaré coupable, font de lui un orphelin. Recueilli par l’Oncle Gianni, sa vie bascule. Commencent alors des années de jeunesse insouciantes ; il parvient à évacuer de son esprit sa vie antérieure, se faisant passer pour un autre, profitant de la générosité de son oncle.

Le narrateur a entrepris là une mise à nu difficile : « là où l’on juge, il n’y a pas de justice ». Cette citation de Tolstoï précède le premier chapitre. Le narrateur nous demande-t-il de ne pas juger l’enfant qu’il était ? Mais on ne juge pas un enfant. Difficile pourtant de comprendre pourquoi ce jeune adulte n’a pas eu le courage de rendre visite à son père, emprisonné durant trois ans avant d’être réhabilité ! L’on comprend mieux le dialogue imaginaire qu’il entretient avec sa mère défunte. Les dernières pages au cours desquelles il retrouve son seul et vrai amour montrent à quel point il s’est enfermé dans un monde intérieur très éloigné de la réalité.

Excellent roman.

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DUEL A BEYROUTH

Mishka Ben David

Nouveau monde, 354 pages

Ecrit par un ancien du Mossad, ce roman d’espionnage nous donne une vision nuancée de tous ces acteurs de terrain : leur courage, leur abnégation, mais aussi leurs échecs et leurs doutes. Le rôle de chacun des agents est formaté selon leurs capacités physique et mentale.

Lors d’une attaque contre un chef du Hezbollah vivant à Beyrouth, Ronen, chargé de le tuer, retient son geste. L’expédition finit donc par un échec ; au retour, des interrogatoires serrés finissent par faire porter l’entière responsabilité sur Ronnen. Celui-ci tombe dans un état de rage et désir de revanche : sans la moindre autorisation, il repart à Beyrouth pour « finir le travail ». Son supérieur et ami, Gadi, part à sa recherche.

Dans ce roman, l’espionnage et la vie de famille ne font pas bon ménage, mais les deux femmes impliquées sont remarquables de sang-froid, de finesse et d’une aide sans faille à l’égard de leurs maris.

Haletant, truffé de détails sur la vie de terrain et très intéressant.

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LA BALLADE DU ROCHER DE PETRA

Mendel Mann

52 pages, ill. à l’encre, 1965

Mendel Mann est un classique de la littérature yiddish, oublié de nos jours. Nous avons reçu en don ce bel album qui contient une nouvelle illustrée par Georges Goldkorn (quel beau nom !).

Au cours d’un voyage en Israël, Mendel ne peut s’empêcher de porter un regard mélancolique sur lui-même, comme si ce vieux pays qu’il arpente faisait peser sur lui le poids de son histoire. Il voit des arbres en souffrance et souffre avec eux : ont-ils un futur ? Il erre sans répit et sans but dans le Néguev. La chance lui sourit en lui faisant rencontrer deux chercheurs jeunes et pleins d’assurance. Leur présence le revigore et, pendant qu’ils font des explorations, il va, dans une profonde rêverie, partir à la découverte du Rocher de Pétra.

Les illustrations à l’encre sont en parfaite adéquation avec sa nostalgie et sa mélancolie. C’est un texte émouvant derrière lequel nous devinons des douleurs cachées ; seule, une biographie détaillée pourrait nous en fournir la clé.

Très beau texte et ill.

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Le CHÂTEAU DES RENTIERS

Agnès Desarthe

L’Olivier, 216 pages

Si on devait résumer ce livre, ce serait un livre autobiographique sur la vieillesse… et ce serait rébarbatif. En fait, on pourrait comparer ce livre avec une poupée Russe que l’on ouvrirait comme le temps qui passe.

L’auteur relate l’acquisition par ses grands-parents d’un appartement rue du Château des Rentiers où ils vivent entourés par leurs amis Bessarabiens comme eux dans des appartements voisins. Donc à l’aube des ses 60 ans Agnès Desarthe décide de créer un phalanstère pour recréer avec des amis un endroit pour leur vieillesse.

Mais c’est l’occasion pour elle d’ouvrir une autre boîte : ces péripéties avec son Alter Ego, sa visite à la banque pour avoir un prêt et réaliser son projet. Ne vous y trompez pas les chapitres vont vous paraître décousus, mais vous allez y trouver l’histoire de sa famille maternelle, l’accent du yiddish (pas de « u » en yiddish soit « i », soit « ou » et ça devient : un peï, l’hile, la kisine…) la table en formica jaune, la recette du gâteau aux noix de sa grand-mère, ses souvenirs de jeunesse, la chanson si familière « les yeux noirs », le temps qui passe et bien d’autres choses encore.

L’auteur aborde avec une intelligence et une délicatesse qui n’appartiennent qu’à elle le thème du temps qui passe.

YIDDISH Paris : staging nation and community in interwar France

Nick Underwood

Indiana University Press, 254 pages, index.

C’est avec beaucoup de curiosité et d’intérêt que nous avons lu ce livre très bien documenté : en effet, il dresse un tableau des défenseurs du yiddish à Paris, durant l’entre-deux guerres. Il montre l’activisme (dans le bon sens du terme) des organisations juives de Paris, très nombreuses à cette époque. Ce sont surtout les militants de la gauche qui se sont illustrés avec constance, au milieu de la montée des périls ; les querelles politiques au sein de la gauche, comme par exemple la prise en main de la Kultur Lige par le parti communiste, ont fait réagir vigoureusement le Bund : il s’est rapproché des instances opposées au communisme, y gagnant une place plus importante.

Pour nous, c’est bien entendu cette partie du livre qui est la plus importante. Elle nous rappelle d’où nous venons, donnant ainsi encore plus de sens à notre engagement.

Assez facile à lire en anglais.

Bibliothèque Centre Medem

Et aussi les plus anciennes sélections de la bibliothèque

Livres de nov – dec 2023

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LA FAUTE

Alessandro Piperno

Liana Levi, 462 pages

Les précédents romans de l’auteur faisaient un portrait décapant de la bonne société juive italienne. Dans ce nouveau roman, il s’agit de tout autre chose :  le narrateur, parvenu à la cinquantaine, auteur de plusieurs livres, revient sur cette faute qu’il traîne comme un boulet. Comme une faute originelle qui l’a entraîné dans une vie faite de mensonges et d’imposture :

Fils unique né chez un couple désassorti, il est élevé dans l’ignorance totale de la vie antérieure de ses parents qui ne s’entendent plus. Son père est une sorte de raté dépensier mais aimant et gai ; sa mère, professeure de lycée, silencieuse, soucieuse de la bonne éducation de son fils. A court d’argent en permanence, ils survivent très difficilement, jusqu’au jour où ils reçoivent une invitation inattendue. Ils sont invités au seder par la famille de sa mère, les Sacerdoti. C’est une famille patricienne juive menant un grand train de vie, dans la Rome des beaux quartiers, sous la houlette d’un oncle Gianni patriarche très grand seigneur. Le narrateur, introverti, réservé et mal à l’aise découvre ainsi tout un pan de la vie de sa mère : elle a épousé un « goy » impécunieux, se faisant ainsi rejeter par sa famille.

Cet épisode marque l’entrée dans une autre vie pour le narrateur : en effet, la mort subite de sa mère (crime ou suicide), l’emprisonnement de son père déclaré coupable, font de lui un orphelin. Recueilli par l’Oncle Gianni, sa vie bascule. Commencent alors des années de jeunesse insouciantes ; il parvient à évacuer de son esprit sa vie antérieure, se faisant passer pour un autre, profitant de la générosité de son oncle.

Le narrateur a entrepris là une mise à nu difficile : « là où l’on juge, il n’y a pas de justice ». Cette citation de Tolstoï précède le premier chapitre. Le narrateur nous demande-t-il de ne pas juger l’enfant qu’il était ? Mais on ne juge pas un enfant. Difficile pourtant de comprendre pourquoi ce jeune adulte n’a pas eu le courage de rendre visite à son père, emprisonné durant trois ans avant d’être réhabilité ! L’on comprend mieux le dialogue imaginaire qu’il entretient avec sa mère défunte. Les dernières pages au cours desquelles il retrouve son seul et vrai amour montrent à quel point il s’est enfermé dans un monde intérieur très éloigné de la réalité.

Excellent roman.

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LA BALLADE DU ROCHER DE PETRA

Mendel Mann

52 pages, ill. à l’encre, 1965

Mendel Mann est un classique de la littérature yiddish, oublié de nos jours. Nous avons reçu en don ce bel album qui contient une nouvelle illustrée par Georges Goldkorn (quel beau nom !).

Au cours d’un voyage en Israël, Mendel ne peut s’empêcher de porter un regard mélancolique sur lui-même, comme si ce vieux pays qu’il arpente faisait peser sur lui le poids de son histoire. Il voit des arbres en souffrance et souffre avec eux : ont-ils un futur ? Il erre sans répit et sans but dans le Néguev. La chance lui sourit en lui faisant rencontrer deux chercheurs jeunes et pleins d’assurance. Leur présence le revigore et, pendant qu’ils font des explorations, il va, dans une profonde rêverie, partir à la découverte du Rocher de Pétra.

Les illustrations à l’encre sont en parfaite adéquation avec sa nostalgie et sa mélancolie. C’est un texte émouvant derrière lequel nous devinons des douleurs cachées ; seule, une biographie détaillée pourrait nous en fournir la clé.

Très beau texte et ill.

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DUEL A BEYROUTH

Mishka Ben David

Nouveau monde, 354 pages

Ecrit par un ancien du Mossad, ce roman d’espionnage nous donne une vision nuancée de tous ces acteurs de terrain : leur courage, leur abnégation, mais aussi leurs échecs et leurs doutes. Le rôle de chacun des agents est formaté selon leurs capacités physique et mentale.

Lors d’une attaque contre un chef du Hezbollah vivant à Beyrouth, Ronen, chargé de le tuer, retient son geste. L’expédition finit donc par un échec ; au retour, des interrogatoires serrés finissent par faire porter l’entière responsabilité sur Ronnen. Celui-ci tombe dans un état de rage et désir de revanche : sans la moindre autorisation, il repart à Beyrouth pour « finir le travail ». Son supérieur et ami, Gadi, part à sa recherche.

Dans ce roman, l’espionnage et la vie de famille ne font pas bon ménage, mais les deux femmes impliquées sont remarquables de sang-froid, de finesse et d’une aide sans faille à l’égard de leurs maris.

Haletant, truffé de détails sur la vie de terrain et très intéressant.

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Le CHÂTEAU DES RENTIERS

Agnès Desarthe

L’Olivier, 216 pages

Si on devait résumer ce livre, ce serait un livre autobiographique sur la vieillesse… et ce serait rébarbatif. En fait, on pourrait comparer ce livre avec une poupée Russe que l’on ouvrirait comme le temps qui passe.

L’auteur relate l’acquisition par ses grands-parents d’un appartement rue du Château des Rentiers où ils vivent entourés par leurs amis Bessarabiens comme eux dans des appartements voisins. Donc à l’aube des ses 60 ans Agnès Desarthe décide de créer un phalanstère pour recréer avec des amis un endroit pour leur vieillesse.

Mais c’est l’occasion pour elle d’ouvrir une autre boîte : ces péripéties avec son Alter Ego, sa visite à la banque pour avoir un prêt et réaliser son projet. Ne vous y trompez pas les chapitres vont vous paraître décousus, mais vous allez y trouver l’histoire de sa famille maternelle, l’accent du yiddish (pas de « u » en yiddish soit « i », soit « ou » et ça devient : un peï, l’hile, la kisine…) la table en formica jaune, la recette du gâteau aux noix de sa grand-mère, ses souvenirs de jeunesse, la chanson si familière « les yeux noirs », le temps qui passe et bien d’autres choses encore.

L’auteur aborde avec une intelligence et une délicatesse qui n’appartiennent qu’à elle le thème du temps qui passe.

YIDDISH Paris : staging nation and community in interwar France

Nick Underwood

Indiana University Press, 254 pages, index.

C’est avec beaucoup de curiosité et d’intérêt que nous avons lu ce livre très bien documenté : en effet, il dresse un tableau des défenseurs du yiddish à Paris, durant l’entre-deux guerres. Il montre l’activisme (dans le bon sens du terme) des organisations juives de Paris, très nombreuses à cette époque. Ce sont surtout les militants de la gauche qui se sont illustrés avec constance, au milieu de la montée des périls ; les querelles politiques au sein de la gauche, comme par exemple la prise en main de la Kultur Lige par le parti communiste, ont fait réagir vigoureusement le Bund : il s’est rapproché des instances opposées au communisme, y gagnant une place plus importante.

Pour nous, c’est bien entendu cette partie du livre qui est la plus importante. Elle nous rappelle d’où nous venons, donnant ainsi encore plus de sens à notre engagement.

Assez facile à lire en anglais.

Livres recommandés en sept – oct

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LES PARTISANS – Kessel et Druon, une histoire de famille

Dominique Bona

Gallimard, 528 pages

Le livre débute avant la seconde guerre mondiale pour se prolonger tout au long du vingtième siècle et balaye l’ensemble de la vie politique de cette époque troublée : la Résistance, la guerre d’Algérie, la naissance d’Israël, De Gaulle, mai 68 …

Cette triple biographie se lit comme un roman policier. Dans cette « enquête », l’auteure nous dévoile tout sur Joseph Kessel, son neveu Maurice Druon et Germaine Sablon, tous trois défenseurs acharnés de la France, résistants de la première heure.

Les deux premiers tiers de l’ouvrage sont consacrés à la description de leur vie: enfance, jeunesse, guerres, résistance, amours, amitiés, inimitiés…

À Londres, Joseph Kessel et Maurice Druon écrivent ensemble en 1943 – à partir d’une chanson russe d’Anna Marly – les paroles françaises de l’hymne de la Résistance, Le Chant des partisans.

On découvre aussi la vie de Germaine Sablon (soeur de Jean Sablon et maîtresse de Kessel), femme au parcours incroyable : chanteuse et combattante, figure indissociable de leurs destins entrecroisés, conductrice d’ambulance et aide infirmière sur les champs de bataille. Après la libération  elle décorée de la médaille de la Résistance, de la croix de guerre et de la Légion d’honneur.

Le dernier tiers analyse les œuvres de Joseph Kessel et Maurice Druon et leurs liens familiaux marqués par la tendresse, la fidélité et la même passion : écrire. Kessel est déjà un écrivain connu quand Druon débute avec quelques grand succès littéraires. Ils ont vingt ans d’écart, et seront tous les deux élus à l’Académie française, aucun n’aura d’enfant.

Livre passionnant pour un retour au pays des grands hommes, sans oublier la femme qui va les accompagner un bout de chemin.

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LE NAGEUR

Pierre Assouline

Gallimard, 256 pages

Pierre Assouline retrace dans son livre, Le Nageur, l’histoire bouleversante et le destin hors du commun d’Alfred Nakache, (surnommé Artem, poisson en hébreu).

Né à Constantine en 1915 dans un famille juive, Alfred Nakache va devenir un nageur d’exception, recordman du monde du 200 mètres brasse, quintuple champion de France et l’un des représentants/créateurs de la nage papillon, encore peu pratiquée et non homologuée à l’époque.

En 1936, il participe avec l’équipe de France aux jeux olympiques de Berlin et termine quatrième du relais 4 x 100 mètres nage libre, devant l’équipe allemande. Sur le podium, et pour signifier son opposition à Hitler, il baisse la tête pendant que les autres sportifs font le salut nazi. En 1942, il refuse de porter l’étoile jaune.

Réfugié en zone libre à Toulouse, il devient professeur d’éducation physique et continue à s’entraîner avec le club sportif « Les Dauphins », grand pourvoyeur de champions français de natation. Alors que l’activité est interdite aux israélites, il enchaîne les compétitions et, la nuit, entraîne les résistants juifs. 

Arrêté en 1943, sur dénonciation de son rival et collaborateur Jacques Cartonnet (si je le revois je le tue...phrase qui revient comme un fil conducteur dans le livre), il est déporté à Auschwitz, matricule 172763, avec sa femme et sa petite fille qui seront assassinées dès leur arrivée.

Transféré en janvier 1945 à Buchenwald, il survit mais revient terriblement diminué, ne pesant plus que 40 kg à sa libération. Après une période de profonde dépression, il réussit, grâce au soutien de sa famille et de son ancien entraîneur, Alban Minville, à renouer avec la natation et même à participer aux JO de Londres en 1948, douze ans après avoir concouru à ceux de Berlin…

Il meurt à 67 ans, à la suite d’un malaise alors qu’il nageait au large de Cerbère.

Le livre foisonne de détails passionnants : sur l’entraînement des nageurs, sur Pierre Mendès-France et les jeux de Berlin, sur la France de l’Occupation et le rôle du ministre des sports pétainiste, Jean Borotra, qui sera malgré tout l’un des protecteurs d’Artem, sur la Résistance juive dans la région toulousaine. Sur Auschwitz où sont décrits les combats de boxe qui y étaient organisés, (déportés contre kapos, voire soldats de la Wehrmacht, combats auxquels participa le champion du monde Young Perez).

Le Nageur n’est pas une biographie classique, c’est le récit d’une histoire singulière et passionnante dans l’ « Histoire ».

Une leçon de vie et de résilience.

De nombreuses piscines portent aujourd’hui le nom d’Alfred Nakache et d’Alban Minville, son entraîneur et ami.

DE PITCHIK A PITCHOUK – Un Conte pour vieux enfants

Jean-Claude GRUMBERG

Seuil, 160 pages

Après le joyau de La plus précieuse des marchandises, on se demande dans quelle aventure nous embarque l’auteur, quel est ce Pitchik-Pitchok qui sonne à la fois comme Pitchoun et Pitchipoï (destination inconnue des convois de déportés), situé près de Brody, la ville de la famille maternelle de Grumberg. Quelle est cette histoire farfelue de vieille dame veuve devant sa cheminée Napoléon III d’où descend un Père Noël grognon, lui aussi esseulé, ayant perdu sa Mère Noël ?

Elle l’invite à un thé citron et le dialogue s’installe, loufoque, bourru : « Qu’est-ce que vous foutez là, nom de Dieu de nom de Diou ?! » – « J’ai un paquet à fourrer dans une godasse. »

Et la magie opère, entre humour et émotion, rêve et réalité. La trame du temps est bousculée, les lieux se télescopent…

Un patron de l’apprenti Grumberg avait raison : tu ne seras pas tailleur, mais plonge-toi dans les livres. Par le pouvoir des mots – cailloux contre l’oubli – , on vole en toute liberté, on se métamorphose telles des figures de Chagall, et les chers disparus sont ressuscités. On croise Charlot, des nazis, un colporteur (peut-être Mendele le marchand de livres de l’écrivain yiddish Sforim) assassiné par des cosaques, l’infirmière de l’Ehpad, le petit Jean-Claude caché et les enfants « étoilés » ; on assiste à la rencontre si poétique des grands-parents Baruch et Zina au square d’Anvers ; on devine Jacqueline, l’épouse décédée de l’auteur inconsolable. On parcourt les noms au cimetière de Bagneux. Une photo d’après la guerre expose des monceaux de cheveux, lunettes, chaussures (« Petit papa Noël, n’oublie pas leurs souliers. »)

La transmission est là encore au cœur du récit de J-C Grumberg, la révolte contre la haine, contre la barbarie (la guerre en Ukraine), avec l’injonction aux jeunes d’aimer et d’être heureux.

Vers la fin une jeune lectrice s’insurge : Vous êtes l’auteur ? Elle pointe les incohérences, l’épilogue ne lui plaît guère, et l’auteur s’exécute, revoit sa copie ! Sholem Aleichem lui aussi aimait malicieusement s’inviter dans ses romans et son théâtre…

LE BUREAU D’ÉCLAIRCISSEMENT DES DESTINS

Gaëlle Nohant

Grasset, 440 pages

Irène est embauchée à l’I.T.S. (International tracing Service), un centre de documentation sur les persécutions nazies.

En 2016, on lui confie une mission inédite : retrouver les héritiers des milliers d’objets dont le centre est dépositaire depuis la libération des camps. Chaque objet, même modeste, renferme ses secrets.

Elle se met à la recherche des descendants des déportés, propriétaires de ces objets. Au fil de ses enquêtes, Irène se heurte aux mystères du Centre et à son propre passé.

Sa quête va la conduire de Varsovie à Paris et Berlin, en passant par Thessalonique ou l’Argentine.

Le bureau d’éclaircissement des destins, c’est le fil qui unit ces trajectoires individuelles à la mémoire collective de l’Europe.

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VOYAGE À REBOURS

Jacob Gladstein

L’Antilope, 345 pages.

Traduit du yiddish par Rachel ERTEL

1934. L’auteur, grand poète yiddish (1896-1971), embarque à New York sur un paquebot pour retourner vers sa ville natale de Lublin, au chevet de sa mère. Il prend le train au Havre, passe par Paris et retrouve des artistes à Montparnasse. En train, il traverse l’Allemagne, devenue nazie, avant d’arriver en Pologne où il n’est pas revenu depuis vingt ans.

Si le voyage en bateau constitue une « parenthèse enchantée » où, passager en classe de luxe, il s’amuse des conversations, jouit du spectacle de la comédie humaine cosmopolite dans un récit distancié, des échos de la catastrophe en marche l’alertent. Dans ce voyage vers l’enfance également, des souvenirs remontent – heureux (les séjours à Varsovie avec son grand-père) ou douloureux (« J’ai fui ma ville comme on fuit la peur. Un enfant juif est élevé dans la peur. » ; la cruauté des examinateurs avec le collégien juif ; le départ et l’arrachement à dix-huit ans…)

Le sentiment de solitude et l’angoisse s’accentuent à mesure qu’il traverse le pays et s’approche de sa maison : « Des masures à moitié effondrées. Des paysannes, pieds nus, tiennent des enfants dans leurs bras pour mendier. Du pain ! ». Le récit se fait plus sombre, plus profond, oscillant entre réalisme et onirisme.

La belle traduction de R. Ertel retranscrit bien le style vif et ironique de l’auteur, qui fut aussi journaliste – les brillants dialogues et descriptions, la vision lucide de la menace antisémite, les échanges entre Juifs et non-Juifs, la réflexion sur l’identité, la plongée dans les plis de la mémoire et du temps…

FRANK KAFKA NE VEUT PAS MOURIR

Laurent Seksik

Gallimard, 352 pages

Le roman débute le 4 juin 1924 par un certificat constatant le décès le 3 juin 1924 du patient, Franz Kafka né le 3 juillet 1883 à Prague, travaillant au siège de l’office d’assurances contre les accidents du travail pour le royaume de Bohème. Le décès est lié aux suites d’une laryngite tuberculeuse fulminante ayant entraîné dénutrition et déshydratation.

« Tuez-moi, sinon vous êtes un assassin » : telles sont les dernières paroles de Frank Kafka qui implore une autre dose de morphine à Robert Klopstock, son ami étudiant en médecine. A son chevet, sa compagne Dora Diamant veille sur lui. Tandis que Ottla sa sœur chérie attend des nouvelles à Prague.

Le livre se termine en 1972 et nous permet de suivre les destins entrecroisés de Robert, Dora, et Ottla.

Un des intérêts du livre, c’est l’étude minutieuse de ses trois personnages qui sont marqués au-delà de l’inimaginable par l’écrivain et par son œuvre.

Robert, jeune étudiant en médecine va rencontrer l’écrivain au sanatorium et va vite apprécier les textes que lui fait lire Franz, et qui le marquera sa vie durant.
Voilà l’opinion de Robert sur son grand ami : « Le petit agent d’assurances, fils soumis, fiancé asservi devenait un bâtisseur de mondes, un conquérant d’empires plus forts, plus puissants et plus immémoriaux que ceux d’Alexandre le grand, des empires du savoir et de la connaissance humaine qui avaient pour nom Le Procès, Le Château,L’Amérique. »

Robert deviendra, à News York, un éminent chirurgien de la tuberculose. Dora survivra à la persécution nazie, puis stalinienne et portera jusqu’à nous la mémoire de Franz Kafka. Ottla, accompagnera dans les chambres à gaz un groupe d’enfants juifs après avoir célébré, au camp de Theresienstadt, le soixantième anniversaire de la naissance de son frère.

L’auteur explore de manière inédite avec émotion et érudition l’œuvre de Kafka, en nous entraînant dans l’histoire tragique des juifs d’Europe Centrale.

Ce livre vous permettra de vous souvenir de tous les livres que vous avez lu de Kafka… ou dès le livre refermé vous plonger dans l’œuvre de ce grand écrivain.

Très belle lecture de ce livre qui ne vous laissera pas indifférent.

Bibliothèque Centre Medem

Et aussi les plus anciennes sélections de la bibliothèque

Livres de sept – oct 2023

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LES PARTISANS – Kessel et Druon, une histoire de famille

Dominique Bona

Gallimard, 528 pages

Le livre débute avant la seconde guerre mondiale pour se prolonger tout au long du vingtième siècle et balaye l’ensemble de la vie politique de cette époque troublée : la Résistance, la guerre d’Algérie, la naissance d’Israël, De Gaulle, mai 68 …

Cette triple biographie se lit comme un roman policier. Dans cette « enquête », l’auteure nous dévoile tout sur Joseph Kessel, son neveu Maurice Druon et Germaine Sablon, tous trois défenseurs acharnés de la France, résistants de la première heure.

Les deux premiers tiers de l’ouvrage sont consacrés à la description de leur vie: enfance, jeunesse, guerres, résistance, amours, amitiés, inimitiés…

À Londres, Joseph Kessel et Maurice Druon écrivent ensemble en 1943 – à partir d’une chanson russe d’Anna Marly – les paroles françaises de l’hymne de la Résistance, Le Chant des partisans.

On découvre aussi la vie de Germaine Sablon (soeur de Jean Sablon et maîtresse de Kessel), femme au parcours incroyable : chanteuse et combattante, figure indissociable de leurs destins entrecroisés, conductrice d’ambulance et aide infirmière sur les champs de bataille. Après la libération  elle décorée de la médaille de la Résistance, de la croix de guerre et de la Légion d’honneur.

Le dernier tiers analyse les œuvres de Joseph Kessel et Maurice Druon et leurs liens familiaux marqués par la tendresse, la fidélité et la même passion : écrire. Kessel est déjà un écrivain connu quand Druon débute avec quelques grand succès littéraires. Ils ont vingt ans d’écart, et seront tous les deux élus à l’Académie française, aucun n’aura d’enfant.

Livre passionnant pour un retour au pays des grands hommes, sans oublier la femme qui va les accompagner un bout de chemin.

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VOYAGE À REBOURS

Jacob Gladstein

L’Antilope, 345 pages.

Traduit du yiddish par Rachel ERTEL

1934. L’auteur, grand poète yiddish (1896-1971), embarque à New York sur un paquebot pour retourner vers sa ville natale de Lublin, au chevet de sa mère. Il prend le train au Havre, passe par Paris et retrouve des artistes à Montparnasse. En train, il traverse l’Allemagne, devenue nazie, avant d’arriver en Pologne où il n’est pas revenu depuis vingt ans.

Si le voyage en bateau constitue une « parenthèse enchantée » où, passager en classe de luxe, il s’amuse des conversations, jouit du spectacle de la comédie humaine cosmopolite dans un récit distancié, des échos de la catastrophe en marche l’alertent. Dans ce voyage vers l’enfance également, des souvenirs remontent – heureux (les séjours à Varsovie avec son grand-père) ou douloureux (« J’ai fui ma ville comme on fuit la peur. Un enfant juif est élevé dans la peur. » ; la cruauté des examinateurs avec le collégien juif ; le départ et l’arrachement à dix-huit ans…)

Le sentiment de solitude et l’angoisse s’accentuent à mesure qu’il traverse le pays et s’approche de sa maison : « Des masures à moitié effondrées. Des paysannes, pieds nus, tiennent des enfants dans leurs bras pour mendier. Du pain ! ». Le récit se fait plus sombre, plus profond, oscillant entre réalisme et onirisme.

La belle traduction de R. Ertel retranscrit bien le style vif et ironique de l’auteur, qui fut aussi journaliste – les brillants dialogues et descriptions, la vision lucide de la menace antisémite, les échanges entre Juifs et non-Juifs, la réflexion sur l’identité, la plongée dans les plis de la mémoire et du temps…

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LE NAGEUR

Pierre Assouline

Gallimard, 256 pages

Pierre Assouline retrace dans son livre, Le Nageur, l’histoire bouleversante et le destin hors du commun d’Alfred Nakache, (surnommé Artem, poisson en hébreu).

Né à Constantine en 1915 dans un famille juive, Alfred Nakache va devenir un nageur d’exception, recordman du monde du 200 mètres brasse, quintuple champion de France et l’un des représentants/créateurs de la nage papillon, encore peu pratiquée et non homologuée à l’époque.

En 1936, il participe avec l’équipe de France aux jeux olympiques de Berlin et termine quatrième du relais 4 x 100 mètres nage libre, devant l’équipe allemande. Sur le podium, et pour signifier son opposition à Hitler, il baisse la tête pendant que les autres sportifs font le salut nazi. En 1942, il refuse de porter l’étoile jaune.

Réfugié en zone libre à Toulouse, il devient professeur d’éducation physique et continue à s’entraîner avec le club sportif « Les Dauphins », grand pourvoyeur de champions français de natation. Alors que l’activité est interdite aux israélites, il enchaîne les compétitions et, la nuit, entraîne les résistants juifs. 

Arrêté en 1943, sur dénonciation de son rival et collaborateur Jacques Cartonnet (si je le revois je le tue...phrase qui revient comme un fil conducteur dans le livre), il est déporté à Auschwitz, matricule 172763, avec sa femme et sa petite fille qui seront assassinées dès leur arrivée.

Transféré en janvier 1945 à Buchenwald, il survit mais revient terriblement diminué, ne pesant plus que 40 kg à sa libération. Après une période de profonde dépression, il réussit, grâce au soutien de sa famille et de son ancien entraîneur, Alban Minville, à renouer avec la natation et même à participer aux JO de Londres en 1948, douze ans après avoir concouru à ceux de Berlin…

Il meurt à 67 ans, à la suite d’un malaise alors qu’il nageait au large de Cerbère.

Le livre foisonne de détails passionnants : sur l’entraînement des nageurs, sur Pierre Mendès-France et les jeux de Berlin, sur la France de l’Occupation et le rôle du ministre des sports pétainiste, Jean Borotra, qui sera malgré tout l’un des protecteurs d’Artem, sur la Résistance juive dans la région toulousaine. Sur Auschwitz où sont décrits les combats de boxe qui y étaient organisés, (déportés contre kapos, voire soldats de la Wehrmacht, combats auxquels participa le champion du monde Young Perez).

Le Nageur n’est pas une biographie classique, c’est le récit d’une histoire singulière et passionnante dans l’ « Histoire ».

Une leçon de vie et de résilience.

De nombreuses piscines portent aujourd’hui le nom d’Alfred Nakache et d’Alban Minville, son entraîneur et ami.

LE BUREAU D’ÉCLAIRCISSEMENT DES DESTINS

Gaëlle Nohant

Grasset, 440 pages

Irène est embauchée à l’I.T.S. (International tracing Service), un centre de documentation sur les persécutions nazies.

En 2016, on lui confie une mission inédite : retrouver les héritiers des milliers d’objets dont le centre est dépositaire depuis la libération des camps. Chaque objet, même modeste, renferme ses secrets.

Elle se met à la recherche des descendants des déportés, propriétaires de ces objets. Au fil de ses enquêtes, Irène se heurte aux mystères du Centre et à son propre passé.

Sa quête va la conduire de Varsovie à Paris et Berlin, en passant par Thessalonique ou l’Argentine.

Le bureau d’éclaircissement des destins, c’est le fil qui unit ces trajectoires individuelles à la mémoire collective de l’Europe.

DE PITCHIK A PITCHOUK – Un Conte pour vieux enfants

Jean-Claude GRUMBERG

Seuil, 160 pages

Après le joyau de La plus précieuse des marchandises, on se demande dans quelle aventure nous embarque l’auteur, quel est ce Pitchik-Pitchok qui sonne à la fois comme Pitchoun et Pitchipoï (destination inconnue des convois de déportés), situé près de Brody, la ville de la famille maternelle de Grumberg. Quelle est cette histoire farfelue de vieille dame veuve devant sa cheminée Napoléon III d’où descend un Père Noël grognon, lui aussi esseulé, ayant perdu sa Mère Noël ?

Elle l’invite à un thé citron et le dialogue s’installe, loufoque, bourru : « Qu’est-ce que vous foutez là, nom de Dieu de nom de Diou ?! » – « J’ai un paquet à fourrer dans une godasse. »

Et la magie opère, entre humour et émotion, rêve et réalité. La trame du temps est bousculée, les lieux se télescopent…

Un patron de l’apprenti Grumberg avait raison : tu ne seras pas tailleur, mais plonge-toi dans les livres. Par le pouvoir des mots – cailloux contre l’oubli – , on vole en toute liberté, on se métamorphose telles des figures de Chagall, et les chers disparus sont ressuscités. On croise Charlot, des nazis, un colporteur (peut-être Mendele le marchand de livres de l’écrivain yiddish Sforim) assassiné par des cosaques, l’infirmière de l’Ehpad, le petit Jean-Claude caché et les enfants « étoilés » ; on assiste à la rencontre si poétique des grands-parents Baruch et Zina au square d’Anvers ; on devine Jacqueline, l’épouse décédée de l’auteur inconsolable. On parcourt les noms au cimetière de Bagneux. Une photo d’après la guerre expose des monceaux de cheveux, lunettes, chaussures (« Petit papa Noël, n’oublie pas leurs souliers. »)

La transmission est là encore au cœur du récit de J-C Grumberg, la révolte contre la haine, contre la barbarie (la guerre en Ukraine), avec l’injonction aux jeunes d’aimer et d’être heureux.

Vers la fin une jeune lectrice s’insurge : Vous êtes l’auteur ? Elle pointe les incohérences, l’épilogue ne lui plaît guère, et l’auteur s’exécute, revoit sa copie ! Sholem Aleichem lui aussi aimait malicieusement s’inviter dans ses romans et son théâtre…

FRANK KAFKA NE VEUT PAS MOURIR

Laurent Seksik

Gallimard, 352 pages

Le roman débute le 4 juin 1924 par un certificat constatant le décès le 3 juin 1924 du patient, Franz Kafka né le 3 juillet 1883 à Prague, travaillant au siège de l’office d’assurances contre les accidents du travail pour le royaume de Bohème. Le décès est lié aux suites d’une laryngite tuberculeuse fulminante ayant entraîné dénutrition et déshydratation.

« Tuez-moi, sinon vous êtes un assassin » : telles sont les dernières paroles de Frank Kafka qui implore une autre dose de morphine à Robert Klopstock, son ami étudiant en médecine. A son chevet, sa compagne Dora Diamant veille sur lui. Tandis que Ottla sa sœur chérie attend des nouvelles à Prague.

Le livre se termine en 1972 et nous permet de suivre les destins entrecroisés de Robert, Dora, et Ottla.

Un des intérêts du livre, c’est l’étude minutieuse de ses trois personnages qui sont marqués au-delà de l’inimaginable par l’écrivain et par son œuvre.

Robert, jeune étudiant en médecine va rencontrer l’écrivain au sanatorium et va vite apprécier les textes que lui fait lire Franz, et qui le marquera sa vie durant.
Voilà l’opinion de Robert sur son grand ami : « Le petit agent d’assurances, fils soumis, fiancé asservi devenait un bâtisseur de mondes, un conquérant d’empires plus forts, plus puissants et plus immémoriaux que ceux d’Alexandre le grand, des empires du savoir et de la connaissance humaine qui avaient pour nom Le Procès, Le Château,L’Amérique. »

Robert deviendra, à News York, un éminent chirurgien de la tuberculose. Dora survivra à la persécution nazie, puis stalinienne et portera jusqu’à nous la mémoire de Franz Kafka. Ottla, accompagnera dans les chambres à gaz un groupe d’enfants juifs après avoir célébré, au camp de Theresienstadt, le soixantième anniversaire de la naissance de son frère.

L’auteur explore de manière inédite avec émotion et érudition l’œuvre de Kafka, en nous entraînant dans l’histoire tragique des juifs d’Europe Centrale.

Ce livre vous permettra de vous souvenir de tous les livres que vous avez lu de Kafka… ou dès le livre refermé vous plonger dans l’œuvre de ce grand écrivain.

Très belle lecture de ce livre qui ne vous laissera pas indifférent.

Livres recommandés en mai – juin

L’ ALLEMAND DE MA MERE 

Catherine CLÉMENT

Seuil ,205 pages

Qui est le docteur Schütz, juif allemand réfugié à Paris, à qui la mère de la narratrice, jeune pharmacienne, vient en aide ? Quelle est la véritable identité de ce médecin qui se portera au secours de la famille de l’auteure durant toute la guerre ?

L’armée d’Hitler occupe la moitié du pays et les lois anti-juives se durcissent. La jeune mère et les siens doivent se cacher ; ils se réfugient dans le Maine-et-Loire, vers Saumur.

A l’heure de la Libération, tous n’auront pas la vie sauve. L’attente commence boulevard Raspail devant le Lutetia pour la jeune femme enceinte, accompagnée de sa fille.

Catherine Clément nous livre un récit intime, dépeignant ses parents qui « excepté leur âge et leurs études, n’avaient rien en commun », elle juive et lui issu d’une famille catholique. En contrepoint des souvenirs de sa petite enfance, la chronique historique se déroule, implacable – les décrets des nazis, la collaboration de Vichy, la traque des Juifs et le zèle de certains préfets, la délation au village, les assassinats de masse ; mais aussi la protection par des voisins, des sœurs au couvent…

Une œuvre de mémoire, sensible et précise, et d’histoire pour un rappel brut des faits.

LE DEPISTEUR

Antoine Ozanam (Scénario) – Marco Venanzi (Dessin)

GLÉNAT, 56 pages

La France dans les années 50 , la guerre est terminée mais la mission de Samuel ne fait que commencer.

C’est un dépisteur qui sillonne inlassablement la campagne français, c’est un ancien scout juif qui recherche les enfants cachés pendant la guerre dans des familles d’accueil

On le retrouve dans le Lot sur les traces d’une fillette qui avait un an en 1942, la famille qu’il recherche a été dénoncée pendant l’occupation.Aux dires d’un paysan tout le monde a été exécuté, mais personne ne se souvient de l’enfant caché.

Ce sont des rencontres fortuites qui guident les pas de Samuel et son propre passé mais tout le monde semble avoir quelque chose à cacher…

Dans ce premier tome qui nous laisse …. sur l’envie de connaître très vite la suite on se rend compte que tous les secrets ne sont pas bons à déterrer.

Bonne lecture.

ALORS VINT LA LUMIERE

Lea GOLDBERG

H et O, 254pages

(première édition en 1946)

Lea Goldberg est très populaire en Israël ; elle fait partie des auteurs de poésie et de livres pour la jeunesse. Ce roman réédité fut le premier roman écrit par une femme, édité en Israël. Suivi d’une courte biographie écrite par Olivier Bosseau, on y sent  l’influence de la littérature russe, de Tchékov en particulier. Le personnage principal en est Nora, reflet de l’auteure.

Nora est en vacances dans la petite ville de son enfance, après un an d’études d’archéologie à l’université de Berlin. Elle y retrouve sa famille, ses relations, mais aussi l’atmosphère étouffante qu’elle avait fuie. Un personnage mystérieux, arrivé d’Amérique, ami de son père, fait son apparition ; Nora croit trouver en lui l’amour.

C’est en quelque sorte une vision romanesque de sa propre vie qui est mise en scène, bien que Lea Goldberg ait toujours refusé de parler d’autobiographie. Ce roman porte la marque de son temps, l’écriture est un peu datée, mais Nora, ses doutes, sa naïveté, sa fraîcheur, son goût pour la vie nous touchent par leur intemporalité.

RUSSES ET UKRAINIENS, LES FRERES INEGAUX du Moyen Age à nos jours

Andreas KAPPELER

CNRS éditions, 317 pages

Soirée au Centre Medem le 9 mai avec Denis Eckert (traducteur du livre)

Il est bien difficile de résumer le contenu de cet ouvrage historique, en raison des relations souvent équivoques entretenues par « les frères inégaux ». L’origine ambivalente de ces relations tenait à des problèmes ethniques, religieux, culturels, économiques qui remontent fort loin dans le temps.

Si l’on s’en tient à la période moderne, ce livre nous permet de comprendre que l’Occident a très longtemps ignoré cette partie de l’Europe orientale. Pour une raison simple : l’Ukraine était considérée comme une partie de l’Union soviétique, au même titre que les autres pays satellites, exception faite de la Pologne. Andreas Kappeler rappelle fort justement que les puissances occidentales craignaient le démantèlement de l’URSS (Kohl, Mitterrand et Bush).

De leur côté, les dirigeants russes (Gorbatchev, Eltsine) n’ont jamais envisagé une séparation de fait, même après avoir accordé l’indépendance en 1991 (Gorbatchev était même opposé à l’octroi de l’indépendance à l’Ukraine). Ils ont cru que l’Ukraine resterait dans le giron de la mère Russie. Or, les dirigeants ukrainiens (contrairement à la population) ont d’emblée établi une séparation véritable, un état de droit, une administration…

La population russe n’a jamais compris, encore moins admis cette fracture. En outre, si Poutine a repris le concept d’« empire russe » à son profit ce n’est pas seulement en raison de son passage au KGB : c’est aussi en raison de l’adhésion de la majeure partie de la population russe, unie à l’Ukraine de l’Est par une religion orthodoxe partagée. Les Ukrainiens étaient nommés « les petits Russes ». 2004 marque un tournant dans les relations entre les deux pays : c’est la révolution orange, place Maîdan. 2014 représente la première phase de l’envahissement de l’Ukraine : Poutine met la main sur la Crimée. L’Occident proteste verbalement, sans plus, laissant ainsi croire que l’Ukraine devrait se battre seule… On connaît la suite.

Dans sa conclusion, Kappeler rappelle que l’Ukraine n’a jamais renoncé à sa culture ruthène originelle, c’est-à-dire « la cosaquerie libre et égalitaire », page 278 ; que de son côté, la Russie post-soviétique n’a jamais accepté la perte de sa zone d’influence. Pour la première fois depuis longtemps, l’Ukraine est indépendante et se tourne vers l’Ouest. Il est temps pour les Occidentaux de l’aider à trouver sa place parmi les nations démocratiques. Il est temps pour la Russie de l’accepter.

HISTOIRE, MEMOIRES ET REPRESENTATIONS DES JUIFS D’ODESSA : un vieux rêve intime

Isabelle NÉMIROVSKI

Honoré Champion, 439 pages

Cet ouvrage, dense et exhaustif, retrace la vie de la population odessite, depuis la victoire de Catherine II de Russie sur les Turcs jusqu’à la fin du siècle dernier.

C’est en 1794 que la tsarine fonde la ville, sur les restes d’un village turc : Khadjibeï et de son fortin. Idéalement situé d’un point de vue russe, Odessa représente à la fois le « SUD » si attractif, et l’ouverture sur la mer. Dès l’origine, son éloignement de la capitale a attiré non seulement des Russes, mais aussi des immigrants très divers, lesquels en ont fait une ville cosmopolite. On peut souscrire à l’affirmation de l’auteur en faisant une ville quasi indépendante, voire rétive, dans laquelle règne une tolérance inconnue du monde russe.

Les juifs trouvent là un lieu propice à leurs aspirations de liberté et d’activité, si bien que la population juive grandit régulièrement et monte dans l’échelle sociale. L’apogée de cette réussite se situe à la fin du 19e siècle : les juifs se distinguent dans les banques, dans les arts et la culture : dans l’index figurent des noms très célèbres qui firent la gloire d’Odessa. Tant et si bien que cette ville acquiert progressivement le statut d’un mythe, surtout aux yeux de ceux qui en sont partis !

Ce livre très riche est captivant, même pour les lecteurs qui ne sont pas originaires de la ville : en effet, il retrace le parcours de tous ces juifs qui ont œuvré pour la gloire de leur ville, sans savoir qu’un jour, ils devraient la quitter, pourchassés à la fois par la Russie et par l’Allemagne nazie.

Odessa saura-t-elle se souvenir d’eux ?

SPIROU – L’ESPOIR MALGRÉ TOUT

Quatrième partie : UNE FIN ET UN NOUVEAU DÉPART

ÉMILE BRAVO  (Textes et dessins)

DUPUIS, 48 pages

Été 1944, la guerre est entrée dans sa phase finale avec la bataille de Normandie. Fantasio et Spirou assistent à l’explosion du train de soldats allemands (c’est l’écureuil Spip qui a appuyé sur le détonateur !) mais ne peuvent empêcher le départ du dernier convoi de déportés vers l’Est.

Dans Bruxelles en liesse avec l’arrivée des Anglais, c’est aussi l’heure des règlements de comptes : collaborateurs, certains policiers et prêtres délateurs, responsables scouts de la VNV (ligue nationaliste flamande), vrais résistants et résistants de la dernière heure…

Quelques mois plus tard, des déportés reviennent, méconnaissables, comme le directeur de l’hôtel maintenant en ruines. Kassandra, la fiancée de Spirou rescapée des camps, part finalement en Palestine où sera fondé un Etat juif. Felix et Felka ne sont pas revenus d’Auschwitz. (La page de fin reproduit l’impressionnant dernier tableau de Felix Nussman – Le Triomphe de la mort.)

Dans l’épilogue, la vie recommence. Les deux amis repartent à bicyclette vers l’aventure, Fantasio optimiste et blagueur, heureux d’être embauché au sein de nouvelle rédaction du journal et fier d’être proposé pour la Croix de guerre, Spirou plus soucieux quant à l’avenir : « La bête n’est pas morte ».

Ainsi se clôt la série consacrée à la Shoah. La fantaisie est toujours là sous la gravité et le tragique.

Le lecteur pourra se documenter sur des thèmes abordés au fil des volumes : les trois jeunes gens qui ont arrêté le convoi 20 du 19 avril 1943 et permis à des déportés de s’échapper ; le gouvernement en exil et l’attitude controversée de Léopold III ; la question de la colonisation du Congo belge…

SPIROU – L’ESPOIR MALGRÉ TOUT

Troisième partie : UN DÉPART VERS LA FIN

ÉMILE BRAVO  (Textes et dessins)

DUPUIS, 112 pages

Belgique, été 1942. Du train en partance vers la Pologne, Spirou parvient à sauter avec ses jeunes protégés, Suzanne et P’tit Louis, qu’il va cacher dans une ferme près de Namur.

Entre Bruxelles et la campagne, allers-retours à moto, vélo, camion de lait, automobile à gazogène, Spirou et Fantasio se dépensent pour aider des enfants juifs, ravitailler dans leur planque leurs amis Felix et Felka, trouver des faux-papiers, passer des armes… Ils poursuivent leurs spectacles de marionnettes (telles les tournées de Jean Doisy, directeur du Journal de Spirou, interdit par les Allemands, qui permettait à des résistants de voyager en Belgique occupée).

Les événements se succèdent au fil des mois : débarquement des Alliés en Afrique du Nord, défaite du Reich à Stalingrad, attentat contre Hitler, gouvernement belge en exil à Londres, débarquement en Normandie…

A la face sombre – tortures en prison, morts, lourds cas de conscience (tuer des collaborateurs, des soldats nazis) – répondent l’espoir toujours présent, les valeurs de fraternité du « code d’honneur », et l’humour, la loufoquerie de Fantasio, les clins d’œil (le peintre René Magritte croisé au marché). Les deux héros, bien incarnés, ressentent empathie, peine, émois amoureux, jalousie.

Le volume laisse le lecteur en plein suspense : Fantasio fera-t-il sauter le train « prioritaire » de déportés juifs vers l’est, qu’il pense être un convoi militaire allemand ?

* Le podcast très éclairant du commissaire de l’exposition Spirou dans la tourmente de la Shoah au Mémorial, D. Pasamonik, 2023, nous en apprend plus sur l’action des grands résistants belges Jean Doisy et Suzanne Moons (qui ont sauvé des centaines d’enfants juifs), sur les peintres Felix Nussbaum et Felka Platek assassinés à Auschwitz. « Toute la vertu d’É. Bravo est d’allier la fiction et la réalité, le tragique et le léger. Cette œuvre de transmission, qui décrit le processus génocidaire de manière non angoissante, est un support de dialogue pour expliquer la Shoah aux plus jeunes. »

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Livres de mai – juin 2023

L’ ALLEMAND DE MA MERE 

Catherine CLÉMENT

Seuil ,205 pages

Qui est le docteur Schütz, juif allemand réfugié à Paris, à qui la mère de la narratrice, jeune pharmacienne, vient en aide ? Quelle est la véritable identité de ce médecin qui se portera au secours de la famille de l’auteure durant toute la guerre ?

L’armée d’Hitler occupe la moitié du pays et les lois anti-juives se durcissent. La jeune mère et les siens doivent se cacher ; ils se réfugient dans le Maine-et-Loire, vers Saumur.

A l’heure de la Libération, tous n’auront pas la vie sauve. L’attente commence boulevard Raspail devant le Lutetia pour la jeune femme enceinte, accompagnée de sa fille.

Catherine Clément nous livre un récit intime, dépeignant ses parents qui « excepté leur âge et leurs études, n’avaient rien en commun », elle juive et lui issu d’une famille catholique. En contrepoint des souvenirs de sa petite enfance, la chronique historique se déroule, implacable – les décrets des nazis, la collaboration de Vichy, la traque des Juifs et le zèle de certains préfets, la délation au village, les assassinats de masse ; mais aussi la protection par des voisins, des sœurs au couvent…

Une œuvre de mémoire, sensible et précise, et d’histoire pour un rappel brut des faits.

LE DEPISTEUR

Antoine Ozanam (Scénario) – Marco Venanzi (Dessin)

GLÉNAT, 56 pages

La France dans les années 50 , la guerre est terminée mais la mission de Samuel ne fait que commencer.

C’est un dépisteur qui sillonne inlassablement la campagne français, c’est un ancien scout juif qui recherche les enfants cachés pendant la guerre dans des familles d’accueil

On le retrouve dans le Lot sur les traces d’une fillette qui avait un an en 1942, la famille qu’il recherche a été dénoncée pendant l’occupation.Aux dires d’un paysan tout le monde a été exécuté, mais personne ne se souvient de l’enfant caché.

Ce sont des rencontres fortuites qui guident les pas de Samuel et son propre passé mais tout le monde semble avoir quelque chose à cacher…

Dans ce premier tome qui nous laisse …. sur l’envie de connaître très vite la suite on se rend compte que tous les secrets ne sont pas bons à déterrer.

Bonne lecture.

ALORS VINT LA LUMIERE

Lea GOLDBERG

H et O, 254pages

(première édition en 1946)

Lea Goldberg est très populaire en Israël ; elle fait partie des auteurs de poésie et de livres pour la jeunesse. Ce roman réédité fut le premier roman écrit par une femme, édité en Israël. Suivi d’une courte biographie écrite par Olivier Bosseau, on y sent  l’influence de la littérature russe, de Tchékov en particulier. Le personnage principal en est Nora, reflet de l’auteure.

Nora est en vacances dans la petite ville de son enfance, après un an d’études d’archéologie à l’université de Berlin. Elle y retrouve sa famille, ses relations, mais aussi l’atmosphère étouffante qu’elle avait fuie. Un personnage mystérieux, arrivé d’Amérique, ami de son père, fait son apparition ; Nora croit trouver en lui l’amour.

C’est en quelque sorte une vision romanesque de sa propre vie qui est mise en scène, bien que Lea Goldberg ait toujours refusé de parler d’autobiographie. Ce roman porte la marque de son temps, l’écriture est un peu datée, mais Nora, ses doutes, sa naïveté, sa fraîcheur, son goût pour la vie nous touchent par leur intemporalité.

RUSSES ET UKRAINIENS, LES FRERES INEGAUX du Moyen Age à nos jours

Andreas KAPPELER

CNRS éditions, 317 pages

Soirée au Centre Medem le 9 mai avec Denis Eckert (traducteur du livre)

Il est bien difficile de résumer le contenu de cet ouvrage historique, en raison des relations souvent équivoques entretenues par « les frères inégaux ». L’origine ambivalente de ces relations tenait à des problèmes ethniques, religieux, culturels, économiques qui remontent fort loin dans le temps.

Si l’on s’en tient à la période moderne, ce livre nous permet de comprendre que l’Occident a très longtemps ignoré cette partie de l’Europe orientale. Pour une raison simple : l’Ukraine était considérée comme une partie de l’Union soviétique, au même titre que les autres pays satellites, exception faite de la Pologne. Andreas Kappeler rappelle fort justement que les puissances occidentales craignaient le démantèlement de l’URSS (Kohl, Mitterrand et Bush).

De leur côté, les dirigeants russes (Gorbatchev, Eltsine) n’ont jamais envisagé une séparation de fait, même après avoir accordé l’indépendance en 1991 (Gorbatchev était même opposé à l’octroi de l’indépendance à l’Ukraine). Ils ont cru que l’Ukraine resterait dans le giron de la mère Russie. Or, les dirigeants ukrainiens (contrairement à la population) ont d’emblée établi une séparation véritable, un état de droit, une administration…

La population russe n’a jamais compris, encore moins admis cette fracture. En outre, si Poutine a repris le concept d’« empire russe » à son profit ce n’est pas seulement en raison de son passage au KGB : c’est aussi en raison de l’adhésion de la majeure partie de la population russe, unie à l’Ukraine de l’Est par une religion orthodoxe partagée. Les Ukrainiens étaient nommés « les petits Russes ». 2004 marque un tournant dans les relations entre les deux pays : c’est la révolution orange, place Maîdan. 2014 représente la première phase de l’envahissement de l’Ukraine : Poutine met la main sur la Crimée. L’Occident proteste verbalement, sans plus, laissant ainsi croire que l’Ukraine devrait se battre seule… On connaît la suite.

Dans sa conclusion, Kappeler rappelle que l’Ukraine n’a jamais renoncé à sa culture ruthène originelle, c’est-à-dire « la cosaquerie libre et égalitaire », page 278 ; que de son côté, la Russie post-soviétique n’a jamais accepté la perte de sa zone d’influence. Pour la première fois depuis longtemps, l’Ukraine est indépendante et se tourne vers l’Ouest. Il est temps pour les Occidentaux de l’aider à trouver sa place parmi les nations démocratiques. Il est temps pour la Russie de l’accepter.

HISTOIRE, MEMOIRES ET REPRESENTATIONS DES JUIFS D’ODESSA : un vieux rêve intime

Isabelle NÉMIROVSKI

Honoré Champion, 439 pages

Cet ouvrage, dense et exhaustif, retrace la vie de la population odessite, depuis la victoire de Catherine II de Russie sur les Turcs jusqu’à la fin du siècle dernier.

C’est en 1794 que la tsarine fonde la ville, sur les restes d’un village turc : Khadjibeï et de son fortin. Idéalement situé d’un point de vue russe, Odessa représente à la fois le « SUD » si attractif, et l’ouverture sur la mer. Dès l’origine, son éloignement de la capitale a attiré non seulement des Russes, mais aussi des immigrants très divers, lesquels en ont fait une ville cosmopolite. On peut souscrire à l’affirmation de l’auteur en faisant une ville quasi indépendante, voire rétive, dans laquelle règne une tolérance inconnue du monde russe.

Les juifs trouvent là un lieu propice à leurs aspirations de liberté et d’activité, si bien que la population juive grandit régulièrement et monte dans l’échelle sociale. L’apogée de cette réussite se situe à la fin du 19e siècle : les juifs se distinguent dans les banques, dans les arts et la culture : dans l’index figurent des noms très célèbres qui firent la gloire d’Odessa. Tant et si bien que cette ville acquiert progressivement le statut d’un mythe, surtout aux yeux de ceux qui en sont partis !

Ce livre très riche est captivant, même pour les lecteurs qui ne sont pas originaires de la ville : en effet, il retrace le parcours de tous ces juifs qui ont œuvré pour la gloire de leur ville, sans savoir qu’un jour, ils devraient la quitter, pourchassés à la fois par la Russie et par l’Allemagne nazie.

Odessa saura-t-elle se souvenir d’eux ?

SPIROU – L’ESPOIR MALGRÉ TOUT

Quatrième partie : UNE FIN ET UN NOUVEAU DÉPART

ÉMILE BRAVO  (Textes et dessins)

DUPUIS, 48 pages

Été 1944, la guerre est entrée dans sa phase finale avec la bataille de Normandie. Fantasio et Spirou assistent à l’explosion du train de soldats allemands (c’est l’écureuil Spip qui a appuyé sur le détonateur !) mais ne peuvent empêcher le départ du dernier convoi de déportés vers l’Est.

Dans Bruxelles en liesse avec l’arrivée des Anglais, c’est aussi l’heure des règlements de comptes : collaborateurs, certains policiers et prêtres délateurs, responsables scouts de la VNV (ligue nationaliste flamande), vrais résistants et résistants de la dernière heure…

Quelques mois plus tard, des déportés reviennent, méconnaissables, comme le directeur de l’hôtel maintenant en ruines. Kassandra, la fiancée de Spirou rescapée des camps, part finalement en Palestine où sera fondé un Etat juif. Felix et Felka ne sont pas revenus d’Auschwitz. (La page de fin reproduit l’impressionnant dernier tableau de Felix Nussman – Le Triomphe de la mort.)

Dans l’épilogue, la vie recommence. Les deux amis repartent à bicyclette vers l’aventure, Fantasio optimiste et blagueur, heureux d’être embauché au sein de nouvelle rédaction du journal et fier d’être proposé pour la Croix de guerre, Spirou plus soucieux quant à l’avenir : « La bête n’est pas morte ».

Ainsi se clôt la série consacrée à la Shoah. La fantaisie est toujours là sous la gravité et le tragique.

Le lecteur pourra se documenter sur des thèmes abordés au fil des volumes : les trois jeunes gens qui ont arrêté le convoi 20 du 19 avril 1943 et permis à des déportés de s’échapper ; le gouvernement en exil et l’attitude controversée de Léopold III ; la question de la colonisation du Congo belge…

SPIROU – L’ESPOIR MALGRÉ TOUT

Troisième partie : UN DÉPART VERS LA FIN

ÉMILE BRAVO  (Textes et dessins)

DUPUIS, 112 pages

Belgique, été 1942. Du train en partance vers la Pologne, Spirou parvient à sauter avec ses jeunes protégés, Suzanne et P’tit Louis, qu’il va cacher dans une ferme près de Namur.

Entre Bruxelles et la campagne, allers-retours à moto, vélo, camion de lait, automobile à gazogène, Spirou et Fantasio se dépensent pour aider des enfants juifs, ravitailler dans leur planque leurs amis Felix et Felka, trouver des faux-papiers, passer des armes… Ils poursuivent leurs spectacles de marionnettes (telles les tournées de Jean Doisy, directeur du Journal de Spirou, interdit par les Allemands, qui permettait à des résistants de voyager en Belgique occupée).

Les événements se succèdent au fil des mois : débarquement des Alliés en Afrique du Nord, défaite du Reich à Stalingrad, attentat contre Hitler, gouvernement belge en exil à Londres, débarquement en Normandie…

A la face sombre – tortures en prison, morts, lourds cas de conscience (tuer des collaborateurs, des soldats nazis) – répondent l’espoir toujours présent, les valeurs de fraternité du « code d’honneur », et l’humour, la loufoquerie de Fantasio, les clins d’œil (le peintre René Magritte croisé au marché). Les deux héros, bien incarnés, ressentent empathie, peine, émois amoureux, jalousie.

Le volume laisse le lecteur en plein suspense : Fantasio fera-t-il sauter le train « prioritaire » de déportés juifs vers l’est, qu’il pense être un convoi militaire allemand ?

* Le podcast très éclairant du commissaire de l’exposition Spirou dans la tourmente de la Shoah au Mémorial, D. Pasamonik, 2023, nous en apprend plus sur l’action des grands résistants belges Jean Doisy et Suzanne Moons (qui ont sauvé des centaines d’enfants juifs), sur les peintres Felix Nussbaum et Felka Platek assassinés à Auschwitz. « Toute la vertu d’É. Bravo est d’allier la fiction et la réalité, le tragique et le léger. Cette œuvre de transmission, qui décrit le processus génocidaire de manière non angoissante, est un support de dialogue pour expliquer la Shoah aux plus jeunes. »

Livres recommandés en mars – avril

UN SIMPLE ENQUÊTEUR

Dror MISHANI

Edition Gallimard

Prix des lecteurs de « ELLE »

Le commissaire Avraham Avraham bien connu des lecteurs (c’est le cinquième de la série) âgé de 44 ans jeune marié de surcroît est las d’enquêter sur des crimes domestiques dont la résolution ne rend service à personne.

Il informe son supérieur de son désir de quitter le commissariat de Holon afin d’être affecté dans une autre unité où il aura des missions plus importantes , ce dernier essaie de l’en dissuader en vantant ses grandes qualités d’enquêteurs mais Avraham reste inflexible

De retour à son bureau deux nouvelles affaires arrivent : il délègue celle qui lui semble la plus banale à une collaboratrice la découverte d’un bébé dans un sac à proximité de l’hôpital

C’est la disparition d’un touriste signalée par le directeur d’un hôtel du front de mer qui va retenir son attention

L’homme détenteur d’un passeport suisse est aussi détenteur d’un passeport israélien mais aussi d’autres identités.

On le retrouve noyé sur la plage, l’implication du Mossad commence à se profiler.

Tout porte à croire que Avraham tient sa grande enquête.

C’est là que se situe le talent de l’auteur et qui nous tient en haleine jusqu’à la fin du roman.

CE PAYS QU’ON APPELLE VIVRE

Ariane BOIS

Plon, 287 pages

Ariane Bois est grand reporter et aussi écrivaine. Dans ce roman, dont l’intrigue est secondaire, elle dresse le tableau de ce que fut la vie quotidienne des juifs apatrides et surtout étrangers enfermés dans le « CAMP DES MILLES » situé non loin d’Aix-en-Provence.

Réservé au départ aux hommes, ce camp « accueillera » aussi des femmes et leurs enfants de tous âges. Les conditions de vie y sont déplorables : administration rigoureuse, servile et sans scrupule, souvent inhumaine ; usine désaffectée à l’hygiène inexistante ; nourriture insuffisante ; inactivité démoralisante, etc…

Environ un millier d’hommes étrangers y survivent de 1939 jusqu’à 1942. Ils tentent d’y mener une vie communautaire basée sur leurs anciennes occupations : les acteurs présentent de courtes pièces de théâtre, les écrivains donnent des conférences très suivies ; les peintres tels Max Ernst sont aussi de la partie. Parmi ces derniers, un jeune satiriste nommé Léo Stein tombe amoureux d’une bénévole, Margot, déléguée d’une association d’entr’aide : en effet, le HICEM, l’OSE, Varian Fry ainsi que des bénévoles régionaux, apportent des secours au camp, et s’efforcent de leur trouver un pays d’accueil.

Le souvenir de ces camps de la honte s’estompe avec le temps. Ce « docu-roman » est le bienvenu.

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LE TABLEAU DU PEINTRE JUIF

Benoît SÉVERAC

MANUFACTURE LIV, 306 pages

Ce roman de Benoît Séverac est captivant.

Fin 1943, début 1944, Eli Trudel, peintre juif, et sa femme, doivent fuir en zone libre puis en Espagne via les réseaux de la Résistance du Sud de la France. Ils n’emportent avec eux que quelques affaires et les tableaux d’Eli.

De nos jours, Stéphane hérite d’un tableau qui est dans la famille depuis la Guerre. Cette aquarelle a été offerte par le peintre juif, Eli Trudel, à son grand-père, pour le remercier de lui avoir sauvé la vie et celle de sa femme. Stéphane n’a alors plus qu’une obsession : faire reconnaître son grand-père comme « Juste parmi les nations ». Il se rend à Jérusalem et présente la toile aux experts de Yad Vashem. Il est arrêté et placé en garde à vue : l’œuvre aurait été volée.

Relâché et de retour en France, il ne peut pas croire que son grand-père, résistant reconnu, ait pu voler le tableau. Il commence alors une enquête sur les traces d’Eli Trudel.

Au fil des pages, on en apprend beaucoup sur la résistance dans les Cévennes, la Haute Garonne, les filières des passeurs. Stéphane arrive jusqu’en Espagne et apprend ainsi que les juifs étrangers qui avaient réussi à passer la frontière étaient relativement épargnés par Franco qui ne voulait pas déplaire (en 1943) aux Allemands, tout en cherchant à s’assurer des bonnes grâces des Alliés en prévision de l’après-guerre.

On ne peut pas quitter ce roman, on a envie de découvrir ce qu’il s’est passé. Le tableau a-t-il été volé ou spolié ? Qu’est-il arrivé aux époux Trudel ?

Le roman se termine par un coup de théâtre sans doute pas comme on pouvait s’y attendre, et peut être même pas comme on l’aurait  souhaité…

SHIMON LE PARJURE : mes juifs de Damas

Moussa ABADI

éd. Du Laquet, 252 pages

Cet émouvant recueil nous raconte la vie des juifs de Damas. Il est difficile de le situer dans le temps. Ce qui est certain, c’est que ces petites aventures drôlatiques ont toutes lieu dans le ghetto. 1950 ?

Sous les yeux du Saint béni-soit-il, on se chamaille, on chaparde, on médit, on s’entr’aide aussi, le tout avec force générosité. Les petites gens sont les héros de ces historiettes qui nous font rire… La misère est omniprésente, mais tous acceptent leur sort. Pas de plainte, pas de larme…

L’auteur, lequel a « abandonné » son cher ghetto pour venir en France, fait revivre avec tendresse le Damas de son enfance, la nostalgie au cœur. A la manière d’un grand conteur, il nous fait aimer cette population pieuse, laborieuse, pleine d’humour et d’une grande sagesse.

Très touchant recueil de nouvelles.

Nos sélections récentes

Bibliothèque Centre Medem

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Livres de mars – avril 2023

UN SIMPLE ENQUÊTEUR

Dror MISHANI

Edition Gallimard

Prix des lecteurs de « ELLE »

Le commissaire Avraham Avraham bien connu des lecteurs (c’est le cinquième de la série) âgé de 44 ans jeune marié de surcroît est las d’enquêter sur des crimes domestiques dont la résolution ne rend service à personne.

Il informe son supérieur de son désir de quitter le commissariat de Holon afin d’être affecté dans une autre unité où il aura des missions plus importantes , ce dernier essaie de l’en dissuader en vantant ses grandes qualités d’enquêteurs mais Avraham reste inflexible

De retour à son bureau deux nouvelles affaires arrivent : il délègue celle qui lui semble la plus banale à une collaboratrice la découverte d’un bébé dans un sac à proximité de l’hôpital

C’est la disparition d’un touriste signalée par le directeur d’un hôtel du front de mer qui va retenir son attention

L’homme détenteur d’un passeport suisse est aussi détenteur d’un passeport israélien mais aussi d’autres identités.

On le retrouve noyé sur la plage, l’implication du Mossad commence à se profiler.

Tout porte à croire que Avraham tient sa grande enquête.

C’est là que se situe le talent de l’auteur et qui nous tient en haleine jusqu’à la fin du roman.

CE PAYS QU’ON APPELLE VIVRE

Ariane BOIS

Plon, 287 pages

Ariane Bois est grand reporter et aussi écrivaine. Dans ce roman, dont l’intrigue est secondaire, elle dresse le tableau de ce que fut la vie quotidienne des juifs apatrides et surtout étrangers enfermés dans le « CAMP DES MILLES » situé non loin d’Aix-en-Provence.

Réservé au départ aux hommes, ce camp « accueillera » aussi des femmes et leurs enfants de tous âges. Les conditions de vie y sont déplorables : administration rigoureuse, servile et sans scrupule, souvent inhumaine ; usine désaffectée à l’hygiène inexistante ; nourriture insuffisante ; inactivité démoralisante, etc…

Environ un millier d’hommes étrangers y survivent de 1939 jusqu’à 1942. Ils tentent d’y mener une vie communautaire basée sur leurs anciennes occupations : les acteurs présentent de courtes pièces de théâtre, les écrivains donnent des conférences très suivies ; les peintres tels Max Ernst sont aussi de la partie. Parmi ces derniers, un jeune satiriste nommé Léo Stein tombe amoureux d’une bénévole, Margot, déléguée d’une association d’entr’aide : en effet, le HICEM, l’OSE, Varian Fry ainsi que des bénévoles régionaux, apportent des secours au camp, et s’efforcent de leur trouver un pays d’accueil.

Le souvenir de ces camps de la honte s’estompe avec le temps. Ce « docu-roman » est le bienvenu.

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LE TABLEAU DU PEINTRE JUIF

Benoît SÉVERAC

MANUFACTURE LIV, 306 pages

Ce roman de Benoît Séverac est captivant.

Fin 1943, début 1944, Eli Trudel, peintre juif, et sa femme, doivent fuir en zone libre puis en Espagne via les réseaux de la Résistance du Sud de la France. Ils n’emportent avec eux que quelques affaires et les tableaux d’Eli.

De nos jours, Stéphane hérite d’un tableau qui est dans la famille depuis la Guerre. Cette aquarelle a été offerte par le peintre juif, Eli Trudel, à son grand-père, pour le remercier de lui avoir sauvé la vie et celle de sa femme. Stéphane n’a alors plus qu’une obsession : faire reconnaître son grand-père comme « Juste parmi les nations ». Il se rend à Jérusalem et présente la toile aux experts de Yad Vashem. Il est arrêté et placé en garde à vue : l’œuvre aurait été volée.

Relâché et de retour en France, il ne peut pas croire que son grand-père, résistant reconnu, ait pu voler le tableau. Il commence alors une enquête sur les traces d’Eli Trudel.

Au fil des pages, on en apprend beaucoup sur la résistance dans les Cévennes, la Haute Garonne, les filières des passeurs. Stéphane arrive jusqu’en Espagne et apprend ainsi que les juifs étrangers qui avaient réussi à passer la frontière étaient relativement épargnés par Franco qui ne voulait pas déplaire (en 1943) aux Allemands, tout en cherchant à s’assurer des bonnes grâces des Alliés en prévision de l’après-guerre.

On ne peut pas quitter ce roman, on a envie de découvrir ce qu’il s’est passé. Le tableau a-t-il été volé ou spolié ? Qu’est-il arrivé aux époux Trudel ?

Le roman se termine par un coup de théâtre sans doute pas comme on pouvait s’y attendre, et peut être même pas comme on l’aurait  souhaité…

Très facile à lire, écrit dans un style plus journalistique que littéraire, ce roman peut s’avérer un bon livre de vacances.

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MA VIE (FUN MAYN LEBN)

Vladimir MEDEM

Éd. Honoré Champion (1999)

Première édition en 1923 à New York.

Traduit du yiddish par Henri Minczeles et Aby Wieviorka

Cette année qui marque le centenaire de la mort de Vladimir MEDEM (1879, Libau, actuelle Lettonie – 1923, Brooklyn) nous donne l’occasion de lire ou relire ses Mémoires, parues d’abord en feuilleton dans le quotidien yiddish Forverts.

Le récit autobiographique du grand théoricien du Bund (1er parti politique juif socialiste et laïc) qui s’arrête en 1915, alors que l’entrée des Allemands dans Varsovie lui permet de sortir de prison, retrace son existence pleine de péripéties : l’enfance privilégiée dans une famille assimilée, son baptême dans la religion orthodoxe et sa foi, ses études à Minsk et Kiev, ses activités révolutionnaires lorsqu’il devient militant et, sous l’influence de l’historien Simon Doubnov, défend la doctrine de l’autonomie nationale et culturelle des Juifs.

Ces années de maturation politique en Russie et en exil, de voyages et congrès (Berne, Berlin, Copenhague, Londres, Kovno, Amsterdam, Vienne) sont décrites de manière très vivante et humaine : les grèves, les milieux émigrés, les amitiés, les débats idéologiques, le journalisme, le bagne. C’est une galerie de portraits hauts en couleurs : Lénine, Trotsky, Weizmann, An-Ski, Jaurès, Rosa Luxembourg… On note la vitalité inépuisable du jeune leader malade, clandestin, pourchassé, mais sensible aux beautés de l’art, de la nature (paysages des Alpes suisses, de l’Italie, Paris…) : « en prison, une vie mesquine, grise, monotone, mais on vit et on s’habitue ».

A lire l’excellent article de Constance Pâris de Bollardière – revue K, n°100 du 16 février 2023 : D’une enfance russe au socialisme yiddish : Vladimir Medem, « légende du mouvement ouvrier juif » (gravé sur sa tombe par l’Arbeter Ring – le Cercle amical.)

À L’ÉCHELLE HUMAINE

Léon BLUM  

GALLIMARD (1ère édition 1945)

LE BORD de L’EAU (Réédition 2021), 192 pages.

Préface inédite et notes de Milo LEVY-BRUHL

En 1941 Léon Blum, 69 ans, dirigeant de la SFIO, chef du gouvernement en 1936 sous le Front populaire, est en prison sur ordre de Vichy.  Il y rédige cet essai, en attente du procès de Riom censé juger les responsables de la débâcle. Examen de conscience, retour sur la politique passée, mais surtout projection vers l’avenir, avec une certitude : la guerre s’achèvera par la défaite de l’Allemagne et par l’effondrement du régime de Pétain.

Dans son style vigoureux et ample, sans apitoiement sur lui-même ni mention de sa vie personnelle – une seule évocation dans son avant-propos, « mon fils prisonnier en Allemagne » – il analyse les causes du désastre national. Pour lui, héritier de Jaurès, lecteur de Marx, défaite militaire et défaite politique résultent de la décadence morale de la bourgeoisie qui aurait « perdu ses vertus antiques » et n’aurait pas su s’adapter à la surproduction de richesses capitalistes (au contraire de l’Angleterre) : maintien des biens et privilèges, sentiments de sécurité et retard dans le réarmement requis par le Front populaire ont prédominé ; le nazisme est apparu moins redoutable que le communisme.

Selon lui, le régime parlementaire ne constitue pas la forme de gouvernement démocratique adapté à la société française, et il prend pour exemples des états fédéraux, tels la Suisse et les Etats-Unis, aux pouvoirs et à l’administration décentralisés.

Ces mois de rédaction coïncident avec le sommet de la puissance allemande : pacte germano-soviétique rompu et troupes de la Wehrmacht aux portes de Moscou ; radicalisation du régime de Vichy et création du Commissariat aux questions juives. Et pourtant Léon Blum n’en parle pas. Tout entier il est tourné vers la reconstruction du monde de paix et de justice de l’après-guerre, doté d’une convention européenne et internationale. Il en appelle à une démocratie populaire et sociale et défend la République, celle de Gambetta, contre les antilibéraux.

Cette renaissance du socialisme se fera, dit-il, avec le prolétariat français, « sève montante de la nation », animé de passion patriotique. Et il dénonce le Parti communiste français inféodé à Staline, qui a trahi la France.

La réédition de cet ouvrage, enrichie d’une préface éclairante, permet d’approcher la pensée de Léon Blum. Certaines assertions semblent discutables, mais on ne peut qu’être sensible et admirer le courage (de sa cellule il organisera la résistance socialiste clandestine ; en avril 1943 il sera incarcéré au camp de Buchenwald), la force des convictions et une juste prescience (l’inéluctable défaite nazie ; la nécessité d’une union européenne, y compris avec l’Allemagne « rééduquée »).

L’affirmation du principe humaniste est constant, et des échos font résonance avec notre actualité.

« Rien de ce qui fut établi par la violence et maintenu par la contrainte, rien de ce qui dégrade l’humanité et repose sur le mépris de la personne humaine ne peut durer. » écrit-il.

Pour en savoir plus : Milo Lévy-Bruhl, doctorant en philosophie politique (EHESS), et Benoît Kermoal, historien, chargé du pôle « histoire sociale » à Unsa-Éducation, en débattent dans cet entretien vidéo sur YouTube.

SHIMON LE PARJURE : mes juifs de Damas

Moussa ABADI

éd. Du Laquet, 252 pages

Cet émouvant recueil nous raconte la vie des juifs de Damas. Il est difficile de le situer dans le temps. Ce qui est certain, c’est que ces petites aventures drôlatiques ont toutes lieu dans le ghetto. 1950 ?

Sous les yeux du Saint béni-soit-il, on se chamaille, on chaparde, on médit, on s’entr’aide aussi, le tout avec force générosité. Les petites gens sont les héros de ces historiettes qui nous font rire… La misère est omniprésente, mais tous acceptent leur sort. Pas de plainte, pas de larme…

L’auteur, lequel a « abandonné » son cher ghetto pour venir en France, fait revivre avec tendresse le Damas de son enfance, la nostalgie au cœur. A la manière d’un grand conteur, il nous fait aimer cette population pieuse, laborieuse, pleine d’humour et d’une grande sagesse.

Très touchant recueil de nouvelles.

SPIROU – L’ESPOIR MALGRÉ TOUT

Deuxième partie : UN PEU PLUS LOIN VERS L’HORREUR

Émile BRAVO (Textes et dessins)

DUPUIS, 92 pages

Bruxelles, automne 1940. La Belgique est occupée. La situation se durcit, avec la peur et la faim, le couvre-feu. Bientôt le pacte germano-soviétique sera rompu. Spirou, décidé à lutter contre l’ennemi nazi, s’inquiète pour son amie Kassandra détenue à l’est, d’où les nouvelles sont alarmantes : persécutions, ghettos, massacre de populations juives. Fantasio prenant conscience de la situation renonce à partir travailler à Berlin (« J’ai choisi mon camp, celui de la liberté ! »). Pour survivre, lui et Spirou parcourent les routes de Belgique avec leur spectacle de marionnettes, dont les virulentes bastonnades font la joie des enfants. Ils côtoient des patriotes, des résistantes, des traîtres aussi.

Les mesures anti-juives s’aggravent : famine organisée, postes de radio saisis, magasins proscrits, port de l’étoile jaune, parcs publics interdits, rafles. L’artiste Felix et Felka sont arrêtés, incarcérés avec d’autres Juifs et communistes pour être déportés. Spirou essaie de sauver deux enfants (P’tit Louis : « Mais pourquoi c’est grave d’être juif ? ») et se retrouve embarqué avec eux à la caserne de Malines, puis dans un train en partance vers un camp de travail d’une bourgade de Haute-Silésie, un certain Auschwitz, dit-on.

Dans cette tragi-comédie au titre sombre, la mise en couleurs tirant sur le sépia (Fanny Benoît) participe de l’atmosphère de l’époque. Les bandes d’enfants savoureusement croqués et le cocasse Fantasio jamais à court de facéties et bévues font contrepoint au réalisme glaçant du récit.

                                 —————————————————————————–

L’exposition SPIROU DANS LA TOURMENTE DE LA SHOAH se tient du 9 décembre 2022 au 30 août 2023 au Mémorial de la Shoah à Paris.

Livres recommandés en février

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TOMBEAUX  – Autobiographie de ma famille 

Annette WIEVIORKA

Seuil, 384 pages

L’historienne Annette Wieviorka, éminente spécialiste de l’histoire de la Shoah, quitte pour la première fois le terrain de la recherche historique pour livrer, avec cet essai un récit personnel.

Lors du décès d’une tante sans descendance, Annette Wieviorka réfléchit aux traces laissées par tous les êtres disparus qui constituent sa famille, une famille juive malmenée par l’Histoire. Il y a le côté Wieviorka et le côté Perelman. Wolf, l’intellectuel yiddish précaire, et Chaskiel, le tailleur taiseux. L’un écrit, l’autre coud. Ils sont arrivés à Paris au début des années 1920, en provenance de Pologne. Leurs femmes, Hawa et Guitele, assument la vie matérielle et celle de leurs enfants.

Dans un récit en forme de tombeaux de papier qui font œuvre de sépultures, l’historienne adopte un ton personnel, voire intime, et plonge dans les archives, les généalogies, les souvenirs directs ou indirects. Par ces vies et ces destins recueillis, on traverse un siècle cabossé, puis tragique : d’abord la difficile installation de ces immigrés, la pauvreté, les années politiques, l’engagement communiste ou socialiste, le rapport complexe à la religion et à la judéité, puis la guerre, les rafles, la fuite ou la déportation – Paris, Nice, la Suisse, Auschwitz – et enfin, pour certains, le difficile retour à la vie marqué par un autre drame.

Tout l’art consiste ici à placer le lecteur à hauteur d’hommes et de femmes désireux de bonheur, de joie, de liberté, bientôt confrontés à l’impensable, à l’imprévisible, sans certitudes ni connaissances fiables au moment de faire des choix pourtant décisifs. C’est ainsi que des personnages très attachants et un monde disparu retrouvent vie, par la grâce d’une écriture sensible et précise.

Ce livre est une oeuvre bouleversante mémorielle érigée à la mémoire des siens et a obtenu le prix Fémina Essai 2022.

L’auteur viendra présenter son livre au Centre Medem, le 14 février à 20h30.

MAISON ATLAS

Alice KAPLAN

Le bruit du monde, 266 pages

Le livre débute en 1990 sur les bancs de la faculté de droit de Bordeaux et c’est la rencontre d’Emily juive américaine et de Daniel Atlas juif d’Algérie.
Bien sûr ils tombent amoureux mais la guerre civile qui fait rage en Algérie va les séparer. En effet la famille de Daniel n’a pas quitté l’Algérie en 1962 lors de l’indépendance, son grand père Henri et son père Sammy bien que français depuis des décennies se sont toujours considéré comme juif algérien

Daniel rentre à Alger mais très vite son père est assassiné et pour le venger il va devenir un agent infiltré par la police pour traquer les terroristes et de ce fait va couper tout lien avec Emily cette dernière va retourner dans le Minnesota.
Bien des années plus tard Becca fera le voyage jusqu’à Alger pour mieux comprendre leur lignée et retrouver son père.

C’est un livre très documenté sur l’histoire des juifs d’Algérie et c’est une très belle ballade dans les rues de la capitale Algérienne

SPIROU – L’ESPOIR MALGRÉ TOUT

Première partie : UN MAUVAIS DÉPART

Émile BRAVO (Textes et dessins)

DUPUIS, 88 pages

Bruxelles, janvier 1940. La guerre est imminente. Les Allemands, passant outre le statut de neutralité, vont bientôt envahir la Belgique.

Pour servir son pays, Fantasio s’est engagé dans l’armée belge, et Spirou, le jeune groom du Moustic Hôtel, est chargé d’une mission : livrer un rapport du commandement belge à l’état-major français.  Sa rencontre avec l’artiste « dégénéré » Felix et sa femme Felka, juifs allemands réfugiés, lui fait découvrir la persécution des Juifs et prendre conscience de la complexité des événements.

On croise dans l’album une galerie de personnages aux opinions variées : opportunistes, résistants, antisémites, collaborateurs, prêtres, scouts wallons, scouts flamands pro-allemands …

Spirou reste fidèle à ses valeurs. Il est consterné quand Fantasio, inconscient de ce qui se joue, part pour Berlin, ravi d’être embauché par le journal collaborationniste Le Soir.

Dans ce roman graphique très riche, à visée humaniste et pédagogique, aux dessins de qualité, se mêlent action, fantaisie, réflexion, engagement, et touche féministe. Le thème est dramatique, mais l’humour constant, porté par Fantasio. On y voit même malicieusement Spirou costumé en Tintin.

Une remarque : Quelques notes de bas de page auraient été bienvenues pour les jeunes (et moins jeunes) lecteurs, afin d’apporter des précisions sur des faits historiques et personnages réels évoqués : le peintre Felix Nussbaum et Felka assassinés à Auschwitz ; la bataille du fort d’Eben-Emael, province de Liège ; le pacte germano-soviétique ; le parti de Rex d’extrême-droite fondé par le fasciste belge Léon Degrenne …

                                 —————————————————————————–

L’exposition SPIROU DANS LA TOURMENTE DE LA SHOAH se tient du 9 décembre 2022 au 30 août 2023 au Mémorial de la Shoah à Paris.

Nos sélections récentes

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Livres de janvier – février 2023

SPIROU – L’ESPOIR MALGRÉ TOUT

Tome 1 : UN MAUVAIS DÉPART

Émile BRAVO (Textes et dessins)

DUPUIS, 88 pages

Bruxelles, janvier 1940. La guerre est imminente. Les Allemands, passant outre le statut de neutralité, vont bientôt envahir la Belgique.

Pour servir son pays, Fantasio s’est engagé dans l’armée belge, et Spirou, le jeune groom du Moustic Hôtel, est chargé d’une mission : livrer un rapport du commandement belge à l’état-major français.  Sa rencontre avec l’artiste « dégénéré » Felix et sa femme Felka, juifs allemands réfugiés, lui fait découvrir la persécution des Juifs et prendre conscience de la complexité des événements.

On croise dans l’album une galerie de personnages aux opinions variées : opportunistes, résistants, antisémites, collaborateurs, prêtres, scouts wallons, scouts flamands pro-allemands …

Spirou reste fidèle à ses valeurs. Il est consterné quand Fantasio, inconscient de ce qui se joue, part pour Berlin, ravi d’être embauché par le journal collaborationniste Le Soir.

Dans ce roman graphique très riche, à visée humaniste et pédagogique, aux dessins de qualité, se mêlent action, fantaisie, réflexion, engagement, et touche féministe. Le thème est dramatique, mais l’humour constant, porté par Fantasio. On y voit même malicieusement Spirou costumé en Tintin.

Une remarque : Quelques notes de bas de page auraient été bienvenues pour les jeunes (et moins jeunes) lecteurs, afin d’apporter des précisions sur des faits historiques et personnages réels évoqués : le peintre Felix Nussbaum et Felka assassinés à Auschwitz ; la bataille du fort d’Eben-Emael, province de Liège ; le pacte germano-soviétique ; le parti de Rex d’extrême-droite fondé par le fasciste belge Léon Degrenne …

                                 —————————————————————————–

L’exposition SPIROU DANS LA TOURMENTE DE LA SHOAH se tient du 9 décembre 2022 au 30 août 2023 au Mémorial de la Shoah à Paris.

MAISON ATLAS

Alice KAPLAN

Le bruit du monde, 266 pages

Le livre débute en 1990 sur les bancs de la faculté de droit de Bordeaux et c’est la rencontre d’Emily juive américaine et de Daniel Atlas juif d’Algérie.
Bien sûr ils tombent amoureux mais la guerre civile qui fait rage en Algérie va les séparer. En effet la famille de Daniel n’a pas quitté l’Algérie en 1962 lors de l’indépendance, son grand père Henri et son père Sammy bien que français depuis des décennies se sont toujours considéré comme juif algérien

Daniel rentre à Alger mais très vite son père est assassiné et pour le venger il va devenir un agent infiltré par la police pour traquer les terroristes et de ce fait va couper tout lien avec Emily cette dernière va retourner dans le Minnesota.
Bien des années plus tard Becca fera le voyage jusqu’à Alger pour mieux comprendre leur lignée et retrouver son père.

C’est un livre très documenté sur l’histoire des juifs d’Algérie et c’est une très belle ballade dans les rues de la capitale Algérienne

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TOMBEAUX  – Autobiographie de ma famille 

Annette WIEVIORKA

Seuil, 384 pages

L’historienne Annette Wieviorka, éminente spécialiste de l’histoire de la Shoah, quitte pour la première fois le terrain de la recherche historique pour livrer, avec cet essai un récit personnel.

Lors du décès d’une tante sans descendance, Annette Wieviorka réfléchit aux traces laissées par tous les êtres disparus qui constituent sa famille, une famille juive malmenée par l’Histoire. Il y a le côté Wieviorka et le côté Perelman. Wolf, l’intellectuel yiddish précaire, et Chaskiel, le tailleur taiseux. L’un écrit, l’autre coud. Ils sont arrivés à Paris au début des années 1920, en provenance de Pologne. Leurs femmes, Hawa et Guitele, assument la vie matérielle et celle de leurs enfants.

Dans un récit en forme de tombeaux de papier qui font œuvre de sépultures, l’historienne adopte un ton personnel, voire intime, et plonge dans les archives, les généalogies, les souvenirs directs ou indirects. Par ces vies et ces destins recueillis, on traverse un siècle cabossé, puis tragique : d’abord la difficile installation de ces immigrés, la pauvreté, les années politiques, l’engagement communiste ou socialiste, le rapport complexe à la religion et à la judéité, puis la guerre, les rafles, la fuite ou la déportation – Paris, Nice, la Suisse, Auschwitz – et enfin, pour certains, le difficile retour à la vie marqué par un autre drame.

Tout l’art consiste ici à placer le lecteur à hauteur d’hommes et de femmes désireux de bonheur, de joie, de liberté, bientôt confrontés à l’impensable, à l’imprévisible, sans certitudes ni connaissances fiables au moment de faire des choix pourtant décisifs. C’est ainsi que des personnages très attachants et un monde disparu retrouvent vie, par la grâce d’une écriture sensible et précise.

Ce livre est une oeuvre bouleversante mémorielle érigée à la mémoire des siens et a obtenu le prix Fémina Essai 2022.

L’auteur viendra présenter son livre au Centre Medem, le 14 février à 20h30.

Livres recommandés en janvier

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LES PRESQUE SŒURS

Cloé KORMAN

Seuil, 240 pages

Dans ce récit, la narratrice retrace l’itinéraire entre 1942 et 1944 de six petites filles juives : trois sœurs Korman, les cousines de son père, qui seront assassinées à Auschwitz, et trois sœurs amies, lesquelles réussiront à échapper à la déportation.

Au travers de documents d’archives, de lettres et photos, d’entretiens avec les rescapées, elle part sur les traces des fillettes menées de camps d’internement en foyers d’accueil, séparées, regroupées au gré des règles qui changent de Montargis à Beaune-la-Rolande, de Louveciennes à Paris.

Cloé Korman évoque ainsi le sort de milliers d’enfants rendus orphelins par la déportation de leurs parents, maintenus dans un sort indécis, confiés à l’UGIF (Union générale des Israélites de France), avec leurs noms transmis aux préfectures, toujours en danger d’être raflés.

Les violences de l’occupation nazie, de l’administration de Vichy sont racontées à hauteur d’enfant ; on y voit la détresse, mais aussi le courage, l’ingéniosité de ces enfants et des quelques adultes qui les aident. Des lâchetés et complicités sont dénoncées : fuite et protection de criminels de guerre (Le père de l’auteure fut l’un des avocats des parties civiles aux procès Klaus Barbie et Aloïs Brunner).

Le roman de Cloé Korman s’appuyant principalement sur les témoignages des sœurs amies rescapées, celles-ci ont parlé d’un « vol de leur histoire » et ont tenté d’en interdire la publication.

Au-delà de ce livre, se posent des questions qui ne sont pas nouvelles en littérature : a-t-on le droit de s’approprier l’histoire des autres, d’y mêler de la fiction ? Que peut-on raconter ? Jusqu’où révéler l’intimité de personnes réelles ?

# J’ACCUSE

Jean DYTAR

Delcourt, 312 pages

Lors de la visite de la maison de Zola et du Musée Dreyfus proposée en octobre 2022 par le Cercle Bernard Lazare et le Centre Medem, nous avons acquis pour la bibliothèque du Centre Medem la bande dessinée de Jean Dytar, #J’accuse.

Depuis, cette bande dessinée a obtenu le prix « BD historique Pierre Lafue/ Histoire de Lire » lors de la première édition du salon Histoire de Lire de Versailles le 19 novembre 2022.

L’impact de l’affaire Dreyfus sur ses contemporains aurait-il été différent s’ils avaient été informés par les médias d’aujourd’hui ? Rien n’est moins sûr. En revanche, le fameux  » J’accuse  » est bien le symbole du pouvoir de la presse au service de la défense d’un homme et de la vérité. 

De 1894 à 1906, l’affaire Dreyfus défraie la chronique. L’auteur en décortique les mécanismes et nous la fait vivre comme si elle se déroulait aujourd’hui, avec nos moyens de communication. 

Sur la base d’un travail de recherche impressionnant d’où sont tirés plus de trois cents extraits de presse afin d’élaborer les dialogues et les textes, la bande dessinée # J’accuse reprend la genèse des différents procès avec pour fil rouge une fausse interview de Mathieu Dreyfus sur laquelle viennent se greffer d’improbables talk-shows dignes de LCI ou C-News, des vidéos imaginaires au format YouTube, des pseudo-reportages aux portables, sans parler des renvois à Wikipédia et de l’accès à la banque de données {Bnf Gallica

Ce travail est clairement destiné à un lectorat qui dépasse le public BD traditionnel. Il devrait susciter la curiosité ! En tout cas, c’est une vraie plongée dans un fait historique majeur plein de passion et de haines, très actuel !

MEïR EZOFOWICZ

Eliza ORZESZKOWA

Robert Laffont, 284 pages

Paru en 1878. Traduit du polonais par Ladislas MICKIEWICZ. Illustrations de M. E. ANDRIOLLI

Nouvelle édition 2022 revue par Z. BOBOWICZ et H. RACZYMOV

Préface Annie KRIEGEL. Postface historique A. DERCZANSKY

 Ce roman nous transporte à la fin du XIXe siècle dans la bourgade biélorusse de Szybow, où s’affrontent deux ancestrales familles juives : les Ezofowicz, riches négociants, et les Todros, rabbins originaires d’Espagne – les uns ouverts à la modernité, les autres rivés à un strict rigorisme religieux.

Le jeune Meïr Ezofowicz prône l’évolution des traditions, l’étude des sciences, la pratique de l’agriculture pour les Juifs, dénonce la violence faite aux enfants du heder, l’école juive. Il crée le scandale en lisant publiquement des écrits inspirés de Maïmonide, en aimant une jeune fille karaïte ; il est, au terme d’un impressionnant procès, frappé d’exclusion, (un herem, tel Spinoza en 1656) par les juges de sa communauté.

Ce livre étonnant, traduit dès sa parution en yiddish, russe, français, tchèque, allemand, écrit par une romancière judéophile issue de la noblesse éclairée polonaise, grande connaisseuse des textes (le Talmud, le Zohar, la Haggada, rabbi Akiva), décrit de façon très vivante la vie dans le shtetl : les institutions juives, la vie domestique, les fêtes, les mariages, les foires, les artisans, la misère, les trafics, les relations avec les chrétiens… Une trame romanesque riche, des personnages forts et nuancés, sans rien de caricatural, donnent son intérêt au roman.

L’auteure, héritière des Lumières (la Haskala, dans le monde juif), a une vision humaniste, mais qui peut sembler quelque peu idéaliste, voire simpliste : l’assimilation des Juifs d’Europe serait la solution qui règlerait les conflits et problèmes côté juif et côté polonais. On sait que trois ans après la parution du roman, les pogroms vont ensanglanter l’empire russe ; de nombreux Juifs vont s’engager dans le Bund socialiste et révolutionnaire ou dans le sionisme, devront choisir d’émigrer.

Le bouillonnement des idées, les questionnements dans la société juive renvoient à d’autres œuvres marquantes : celles d’Isaak Leib Peretz, de Joseph Opatoshu (Dans les forêts de Pologne), de l’auteure polonaise prix Nobel 2019, Olga Tokarzuk (sa magistrale fresque Les Livres de Jakob).

Oser WARSZAWSKI est une figure centrale des mouvements littéraires et artistiques d’avant-garde qui ont façonné la culture yiddish du siècle dernier. Né en 1898 dans la région de Varsovie, Warszawski quittera la Pologne dans les années 20 pour Berlin, Londres puis Paris. Il participera activement à la vie littéraire et artistique de la capitale. En 1942, de résidence forcée en résidence surveillée, il se réfugie à Rome où il sera arrêté en 1944 par la police fasciste. Livré aux Allemands il est déporté et assassiné à Auschwitz le 10 octobre de la même année.

Voici deux analyses de livres de Viviane G.

LA GRANDE FAUCHAISON

Oser WARSZAWSKI

 Denoel (2007)  752 pages

La Grande Fauchaison rassemble pour la première fois la trilogie romanesque d’Oser Warszawski. Des Contrebandiers à L’Uniforme en passant par La Fauchaison, inédit en français, l’auteur retrace les affres de la Grande Guerre en Europe et la manière particulière dont elles trouvent écho dans les mondes juif et allemand de l’époque.

La postface de Rachel Ertel, Le désenchantement du monde, ou Oser Warszawski d’une guerre à l’autre (pages 693-740) donne une synthèse de la trilogie de la Grande Guerre, de l’activité intellectuelle de l’époque en yiddish, et des centres d’action de l’auteur.

Les contrebandiers (1920)

Pendant la guerre de 14-18, les allemands occupent une bourgade de Pologne. La société juive doit  survivre dans le chaos ambiant : débine, contrebande, transgression …Récit picaresque, cruel, empathique et joyeux écrit dans une langue truculente.

La grande fauchaison

1914 : la guerre. À Gourané (Pologne), juifs et goyim vivent sous la férule du gouverneur russe. Enrôlement subi ou volontaire, proclamations menaçantes du pouvoir russe, les foules accompagnent les réservistes et juifs enchaînés car soupçonnés d’espionnage. Mouvement des troupes, défilé des armées, flux et reflux  dans un chaos sanglant. Évocation expressionniste d’une société partagée entre riches et pauvres, pieux et libres penseurs, illuminés, traditionalistes, assimilés, avec la haine entre communauté catholique et juive, société livrée au pillage et à la destruction.

L’uniforme (1924)

C’est à Berlin, capitale d’un empire, que l’on assiste au défilé des troupes aux costumes éblouissants, accompagnées de la fanfare, la suite impériale. Description d’entomologiste des sujets de l’empire, leur dévotion au Kaiser. Malgré ses trois fils enrôlés, le père s’engage dans l’armée. L’horreur, les corps déchiquetés, la mort des fils, « les rêves d’héroïsme bascule dans la folie ».

ON NE PEUT PAS SE PLAINDRE

Oser WARSZAWSKI

Liana Levi (1997), 127 pages

Traduit du yiddish par Marie Warszawski. Postface de Lydie Lachenal

Récit écrit de  1942 à 1943.

En résidence forcée dans le sud-est de la France, Oser Warszawski s’enfuit lorsqu’il est réquisitionné pour un camp de travail. Muni de faux papiers, il raconte sa vie d’errance et de précarité à la merci d’une rafle.

Peinture expressionniste, pleine d’ironie acide et de dérision désespérée, d’une société française peu consciente des dangers pesant sur les Juifs, ce récit offre déjà un éclairage sur le sort des déportés : « Les méthodes d’assassinats les plus nouvelles… d’extermination les plus modernes » étaient à l’œuvre.

LA SYNAGOGUE

Joann SFAR

Dargaud, 208 pages

Ecrit pendant la pandémie de COVID, dont l’auteur a failli mourir, Joann Sfar raconte en vrac ses souvenirs d’enfance : l’Algérie racontée par son père, Nice, les shabbat chez sa grand-mère, les discussions avec son grand-père ou les Kippour interminables à la synagogue, auxquels il échappe en entrant dans le service de sécurité qui l’oblige à rester à l’extérieur. Chemin faisant, il dessine avec humour ses réflexions sur l’hôpital, la judéité, l’antisémitisme, la Shoah, l’auto-défense, la politique, la justice et sa propre œuvre dessinée, tout en dialoguant avec le fantôme de Joseph Kessel.

On retrouve avec bonheur le dessin et l’humour si particulier de Joann Sfar, et le désordre-même rend l’album sympathique. Les questions sur la judéité et le combat contre l’antisémitisme, identiques à celles de bien d’autres Juifs, méritent d’être partagées. Mais bien malin qui trouvera à l’album une cohérence ; on se serait aussi passé de quelques grossièretés sexuelles qui n’apportent pas grand-chose.

A lire quand même, pour les inconditionnels.

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LA FEMME QUI EN SAVAIT TROP

Marie Benedict

Presses de la Cité, 317 pages

Dans ce récit à la première personne, Marie Benedict redonne vie à une femme hors du commun, dont le plus grand rôle fut oublié, voire ignoré, durant des décennies… et ce n’est pas celui dont se souviennent les cinéphiles…..

En 1933, à 19 ans, Hedwig Kiesler, actrice viennoise d’origine juive, épouse Friedrich Mandl, un riche marchand d’armes proche de Mussolini. Conscients de la menace qui vient d’Allemagne, ses parents cherchent, par ce mariage, à la protéger, quitte à accepter pour cela une conversion au catholicisme. Malheureusement, Mandl s’avère être un homme possessif et opportuniste. D’abord opposé à l’Anschluss, il finit par retourner sa veste et obtient les faveurs de Hitler. Horrifiée, Hedy parvient à s’enfuir et s’installe aux Etats-Unis, où elle devient Hedy Lamarr, la superstar hollywoodienne dont on se souvient.

Malgré le faste et les mondanités, elle ne peut cependant oublier l’Europe et décide de contribuer à sa façon à l’effort de guerre. Grâce à son intelligence et avec l’aide d’un compositeur George Antheil, pianiste et inventeur, elle conçoit un système de codage des transmissions révolutionnaire – technologie destiné à l’origine au radio-guidage des torpilles. Malgré le dépôt officiel du brevet de leur « système secret de communication » et parce qu’elle est une femme, actrice de surcroît, la marine américaine ne donne pas suite à cette invention. Il faudra attendre la crise de Cuba et la guerre du Vietnam pour que le procédé soit utilisé.

Cette invention sera à l’origine, entre autres, du Wifi et de nos téléphones portables.

Mais à l’époque comment accorder le moindre crédit scientifique à la plus belle femme du cinéma ?

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LES EXPORTÉS

Sonia DEVILLERS

Flammarion, 288 pages

Dans « Les exportés », son premier livre, la journaliste de France Inter lève le voile sur les exactions dont a été victime la communauté juive sur le sol roumain de 1940 à 1989. Après une Shoah roumaine, la dictature communiste fit commerce de ses juifs, exportés vers des pays européens puis vers Israël, d’abord troqués contre du bétail avant d’être vendus pour des devises.

L’auteur nous raconte les dessous de l’arrivée en France de sa mère et de ses grands-parents en 1961, juifs et roumains ayant fui la Roumanie communiste de Ceaușescu, à la faveur d’un innommable trafic humain et remet en lumière un des secrets longtemps les mieux gardés.

Il leur en avait coûté une rançon de 12 000 dollars qu’ils mirent leur vie à rembourser. La Securitate fit de ce très juteux commerce de juifs contre bétail – porcs, vaches, moutons, taureaux, etc., de la plus haute qualité importés d’Australie, de Nouvelle-Zélande, du Danemark ou encore de Grande-Bretagne – une de ces ressources majeures. Dans une Roumanie communiste exsangue des décennies 1950, 1960 et 1970, la police politique secrète devint ainsi le premier producteur de viande destinée à l’export, grâce à de la main-d’œuvre de prisonniers.

Rien peut-être n’aurait été possible sans un personnage aussi intrigant qu’incontournable, Henry Jacober, lui-même juif d’Europe centrale devenu britannique, qui avait le bras très long et de très précieux relais dans la Securitate, pour orchestrer ce commerce.

Pour remettre en lumière ce commerce des hommes longtemps tenu dans le plus grand des secrets, elle s’est appuyée sur les travaux d’historiens, dont ceux, incontournables, de Radu Ioanid, aujourd’hui devenu ambassadeur de Roumanie en Israël.

Des 750 000 juifs roumains d’avant-guerre, massivement exterminés, ou exportés, vendus, contraints à l’exil, il en resta à peine 10 000 à la chute du communisme.

Les critiques de ce livre sont à la hauteur de ce que l’on ressent en le lisant : un récit historique bouleversant qui se lit comme un roman.

LE PARDON

Vladimir JANKELEVITCH

paru en 1967, réédition 2022 Champs essais, 273 pages

Présentation (brillante et éclairante) de Laure BARILLAS, 24 pages

Le philosophe, Juif français d’origine russe (1903-1985), qui a fait du pardon la plus haute valeur de son éthique (Traité des vertus, 1949) se trouve confronté à ce paradoxe : la possibilité théorique du pardon, lequel est décrit comme un don sans conditions, et dans le même temps son impossibilité effective face aux crimes nazis.

Lui, le résistant, qui a pu échapper à la déportation, voit deux conditions minimales au pardon : que l’offenseur ait demandé pardon et que l’offensé puisse répondre lui-même à cette demande.

Dans cet ouvrage imprégné de philosophie grecque, de références juives et chrétiennes, l’auteur décline en une riche réflexion les formes proches du pardon : la clémence, la grâce, l’oubli, l’amnistie, l’excuse, l’indulgence… Il revient sur la question du mal et s’interroge sur la pertinence de la formule « comprendre c’est pardonner ».

Il faut suivre attentivement la pensée érudite et dense, l’écriture exigeante, parfois ardue, cependant apte à rompre avec les subtilités métaphysiques pour asséner des vérités directes, brutales :

« Le pardon n’est pas destiné aux bonnes consciences, ni aux coupables irrepentis qui dorment et digèrent bien ; quand le coupable est gras, prospère, enrichi par le miracle économique, le pardon est une sinistre plaisanterie. Le pardon n’est pas fait pour les porcs et pour leurs truies. Avant qu’il en soit question, il faudrait d’abord que le coupable, au lieu de contester, se reconnaisse coupable, sans plaidoyers ni circonstances atténuantes, et surtout sans accuser ses propres victimes. »

Et l’on pourra lire L’Imprescriptible (2 textes réunis : Pardonner ? 1971 ; Dans l’honneur et la dignité, 1948, Ed. du Seuil, Poche – Essais)

 

LE RUBAN ROUGE

Lucy ADLINGTON

PKJ, 356 pages

Dans sa postface, l’auteure indique très clairement ses objectifs : en choisissant de ne nommer aucun pays, aucun peuple, aucun régime politique, elle a voulu donner une portée universelle à cette histoire, laquelle lui a été inspirée par la vie du camp d’Auschwitz-Birkenau.

La jeune Ella, âgée de quatorze ans, arrivée à Auschwitz vers 1944, a très vite compris qu’il lui faudrait se battre pour rester en vie. La chance veut qu’elle trouve une place dans l’atelier de couture créé pour Madame H(öss). C’est là qu’elle va devoir montrer ce qu’elle sait faire, parmi d’autres jeunes filles moins douées qu’elle. C’est aussi là qu’elle va se faire une amie pour la vie, prénommée Lily.

La lucidité d’Ella, son agressivité et son combat pour la survie, sont apaisés par le point de vue de Lily, une rêveuse pacifique qui s’échappe de la réalité pour accepter son sort.

La vision que donne l’auteure de la vie du camp est très édulcorée. La vérité transparaît comme fugitivement au travers de phrases rapides, comme dite en passant. Ella sait, mais elle ne pense qu’à survivre. C’est si vrai qu’elle n’est nullement choquée de créer des robes splendides pour Mme H Elle se permet d’y prendre du plaisir.

A travers l’analyse psychologique de chacun des personnages, Lucy Adlington présente toute la diversité de la nature humaine, de la pire jusqu’à la meilleure, sans juger.

L’intrigue est bien ficelée et les lectrices ado l’ont appréciée. La question est de savoir ce qu’elles en ont tiré.

Personnellement, j’éprouve une gêne liée au non-dit de ce roman : en plaçant cette histoire dans un non-lieu, parmi des bourreaux non-nommés, pas plus que les victimes, l’auteure passe à côté d’un fait historique crucial : l’anéantissement du monde juif européen.

LA COULEUR DE L’EAU

James McBRIDE

Gallmeister, 267 pages

« Pourquoi n’avons-nous pas la même couleur de peau toi et moi ? », demande l’auteur à sa mère. Et celle-ci de lui répondre : « quelle est la couleur de l’eau ? »

Ce récit à deux voix est autobiographique : il raconte comment une toute jeune fille juive, issue d’un milieu orthodoxe, se marie avec un pasteur noir. Nous sommes en Amérique, après la guerre. En ce temps-là, il ne fait pas bon être un Noir américain. Il ne fait pas bon non plus être une Blanche, mariée à un Noir. La ségrégation bat son plein, mais Ruth (Rukhl en yiddish) n’en a cure. Elle vit dans le quartier pauvre de Harlem, parmi les Afro-Américains qui ne l’aiment pas ? Et alors ?

Elle a quatre enfants à nourrir ; ils sont dans la misère, mais, rejetée par sa propre famille juive raciste, elle essuie un refus en demandant de l’aide. Dès lors, elle ne les reverra jamais plus. Sa mère, maltraitée par son rabbin de père, lui manque pourtant. Ruth aura douze enfants, se remariant deux fois, élevant ses enfants dans la foi chrétienne. Elle ne répond pas aux interrogations de ses enfants mais James finira par reconstituer le puzzle. Lorsqu’il se demande en quoi il est juif, il connaît la réponse : ce qui reste de la judéité de sa mère, c’est cette volonté forcenée d’assurer une éducation d’excellence à ses enfants.

A cet égard, la postface est éloquente : citant ses frères et sœurs, James les présente avec, pour tous, des diplômes universitaires !

Roman très attachant, parfois bouleversant. Ruth est un sacré bout de bonne femme, pleine de courage, de bon sens et d’un amour infini pour ses enfants.

Et toujours disponible la sélection de septembre – octobre

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QUAND TU ÉCOUTERAS CETTE CHANSON

Lola LAFON

Stock, 348 pages

Pour la collection Ma nuit au musée, Lola Lafon a choisi de passer une nuit dans l’Annexe du musée Anne Frank d’Amsterdam, où vécut recluse avec sa famille pendant deux ans l’adolescente, jusqu’à la déportation et la mort à Bergen-Belsen. 

A qui appartient Anne Frank? se demande Lola Lafon. Que peut-on apprendre encore sur « la jeune fille juive la plus aimée au monde » et sur son célèbre Journal (le livre le plus lu après la Bible, dit-on), dans ce lieu de vide et d’absence?

L’auteure découvre combien la personnalité affirmée, terriblement lucide d’Anne Frank a été lissée et détournée par Hollywood : pas de fin triste, pas d’évocation des Juifs et de l’extermination, pas de mention des nazis au motif de la réconciliation avec l’Allemagne. 

Avec subtilité, sensibilité et rigueur, sans jamais se substituer à Anne Frank, Lola Lafon raconte cette expérience très forte, mais aussi les résonances avec l’histoire de sa famille et avec sa propre judéité.

Et l’on se propose de relire le Journal dans sa nouvelle édition augmentée (Calmann-Lévy et Livre de poche).

LA PESTE SUR VOS DEUX FAMILLES

Robert Littell

Flammarion, 298 pages

Ce roman parfaitement documenté raconte l’un des épisodes de la guerre entre les gangs russes, lesquels dirigent de fait l’économie du pays. Les deux chefs de gangs sont vieux, et sur le point de laisser la place à d’autres rapaces. Timour l’Ossète « protège » des entreprises convoitées par Nahum Caplan le juif.

Or, Timour dit le Boiteux a un fils, Roman, tandis que Nahum a une fille. Chacun des enfants veut se rebeller contre son père …

Un roman savoureux sur les pratiques des gangs russes, encore d’actualité aujourd’hui.

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LES RESISTANTES

Judy BATALION

Les Arènes, 542 pages

Préface d’Annette WIEVIORKA

Cet ouvrage retrace les histoires captivantes et bouleversantes d’une vingtaine de très jeunes femmes – « des Juives fortes », dit l’auteure dans sa préface – qui choisirent la lutte armée dans les ghettos plutôt que la fuite.

A Bedzin, Cracovie, Vilnius, Varsovie, Radom, Auschwitz… Zivia Lubetkin (seule femme membre de l’Organisation juive de combat), Frumka, Hantze, Chajka, Renia, Tosia, Gusta, Hannah et tant d’autres combattantes engagées dans des mouvements sionistes, marxistes, bundistes, furent actives dans les caches, les souterrains, les trains, les forêts, les prisons, avec un courage inouï.

Ce projet historique et littéraire qui redonne vie à des héroïnes oubliées pour la plupart, celles qui ont péri et les quelques-unes qui ont survécu, s’appuie sur une importante documentation : recherches dans les centres d’archives de divers pays, autobiographies de rescapés, témoignages oraux.

L’auteure, petite-fille de survivants, a eu à cœur de restituer minutieusement la mémoire de cette histoire de bravoure exceptionnelle, d’amitié féminine et de survie.

Amour, mariage, sexualité : une histoire intime du nazisme (1930-1950) 

Elissa Mailänder 

éd. Du Seuil, 507p. (contenant un très gros corpus de notes)

Cet essai très novateur est remarquable à plus d’un titre :

Par sa forme, pour commencer : en effet, chaque chapitre commence par des exemples tirés de la vie quotidienne, basés sur des témoignages. C’est en analysant finement la parole des témoins que l’auteure nous amène à la conclusion qui clôt chaque chapitre. Cela facilite grandement le « travail » du lecteur.

Par la clairvoyance et la clarté des démonstrations :

Divisé en trois parties présentées dans l’ordre chronologique, l’essai nous permet de suivre l’implantation à la fois organisée et souple du nazisme dans les esprits :

Le nazisme se présente d’abord comme une organisation novatrice, surtout aux yeux de la jeunesse : plus de pression religieuse, il faut profiter de la vie sexuelle sans contrainte. Les jeunes « peuvent «  adhérer à des organisations dans lesquelles ils se sentent intégrés, où ils vont lier des liens d’amitié qui perdureront à la fin de la guerre, se trouvant tout naturellement leur voie future vers une nouvelle vie. Ces relations entre les deux sexes seront d’autant plus libres que le divorce pour tous sera instauré. Les conventions bourgeoises ne sont plus de mise : il faut profiter de la vie. Bien entendu, toute cette jeunesse ne perçoit pas les implications politiques profondes, ni les contraintes, ni le formatage des esprits induits par ces aspects nouveaux. Même le Lebensborn est idéalisé, alors même qu’il représente l’asservissement des femmes.

Lorsque la guerre éclate, que les jeunes gens font leur sac, les jeunes filles continuent de vivre « normalement », en rêvant du « bel aviateur » qui les éveillera à l’amour. La cohésion du corps social est alors très forte, l’espoir d’une victoire martelé à coup de propagande, surtout au cinéma, devenu très populaire.

Sur le front, les soldats s’habituent aux massacres en série, allant jusqu’à prendre des photographies les mettant en scène. Ces photographies représentent « un médium de masse » (page 266) dont l’exploitation est révélatrice des mentalités : la morale n’y a plus sa place ; c’est la violence proclamée dans toute son horreur. Les femmes sont en outre devenues des « objets » sexuels et non plus des partenaires.

Avec la fin de la guerre entrent en scène de nouveaux acteurs : les troupes victorieuses. Ces nouveaux soldats détrônent rapidement les soldats humiliés du Reich. Des femmes allemandes longtemps frustrées succomberont rapidement, par intérêt bien compris ou par instinct de survie. L’auteure note cependant que l’esprit patriarcal de domination masculine n’a jamais cessé d’exister.

Au bout du compte, l’on comprend mieux pourquoi cette période représente un souvenir heureux pour une bonne part de la population allemande, bien loin des remords auxquels nous aurions pu nous attendre.

Documentaire un peu long mais passionnant.

RETOUR RUE KROCHMALNA

Isaac Bashevis SINGER

Stock, 297 pages

Un texte inédit, paru en feuilleton en 1972 dans le journal yiddish Forverts, traduit de la version anglaise, selon la volonté de l’auteur pour la plupart de ses livres.

 Max, qui a fait fortune en Argentine, revient dans sa ville natale pour « affaires » : venir chercher à Varsovie une demi-douzaine de vierges pour la prostitution à Buenos Aires, sa femme Flora contrôlant la « marchandise ».

Au travers de ses personnages, I.B. Singer retourne dans la Varsovie juive du début du XXe siècle, celle des ruelles sombres, des tavernes, des truands et des rabbins, des jeunes filles innocentes et des maîtresses rouées.

On retrouve les grands thèmes traversant son œuvre : les aspirations vers le pur et l’impur, les tourments métaphysiques et charnels, le désintéressement et l’âpreté au gain, la fascination pour le trio amoureux, la culpabilité, la tentation constante de la fuite, le jeu avec l’idée de la mort, l’injustice divine (« Si dieu est mauvais, pourquoi ne puis-je pas l’être aussi ?» dit Max). La nostalgie des valeurs ancestrales de justice et d’entraide du judaïsme le dispute aux conduites égoïstes du profit individuel.

Le conteur éblouissant séduit de nouveau dans ce livre par son style vif, plein d’ironie, ses intrigues à rebondissements, ses dialogues brillants comme sortis du théâtre yiddish. Singer reste un maître dans ce roman plein de fantaisie où le drolatique côtoie la noirceur. 

On peut cependant ressentir un certain malaise à la description de héros obsédés par l’argent, prêts à divers trafics et lâchetés pour retirer davantage de jouissance matérielle et sexuelle – portraits hauts en couleurs mais faisant écho aux stéréotypes antisémites. Et le thème récurrent de l’homme mûr dévoyant de très jeunes filles, telle la douce Rashka, de l’homme frappant sa femme qui en « redemande », comme Max, du viol et de la prostitution, prend de nos jours une tonalité particulière, assez déplaisante, même si l’on s’efforce de remettre dans le contexte de l’époque et dans le cadre de la fiction, et si l’on connaît l’humour de l’auteur.

EST et OUEST. DERACINES

Wolf WIEVIORKA

Editions BIBLIOTHEQUE MEDEM, 345 pages

Traduction du yiddish par Batia Baum (premier recueil) et Shmuel BUNIM (second recueil)

Ces nouvelles écrites en 1936-37 se déroulent pour la plupart à Paris entre les deux guerres, dans un monde yiddish en plein éclatement tant à l’Est qu’en Europe.

Les héros en sont des immigrés juifs de Pologne, et on y trouve toute une galerie de jeunes gens sans métier, de pique-assiette, de camarades joyeusement désoeuvrés ou de rêveurs douloureusement solitaires. Dans cet « Entre deux mondes » (titre de la première nouvelle), on croise des parvenus et des ratés, des artistes affamés, des utopistes, des jeunes femmes idéalistes ou rouées. Chacun tente de se faire une place, de vivre ou survivre, entre espoirs et illusions.

La justesse du trait, la simplicité et l’humour rendent ces textes très attachants; les personnages hâbleurs ou désemparés qui traversent cet univers nous touchent. 

Et l’on songe au destin de l’auteur, écrivain et journaliste si talentueux, mort à Auschwitz, qui figure dans le Livre du Souvenir – le yisker-bukh – des « 14 Ecrivains juifs parisiens assassinés« , paru en yiddish en 1946.

LIBRES D’OBEIR. LE MANAGEMENT, DU NAZISME A AUJOURD’HUI

Johann CHAPOUTOT

Gallimard, 172 pages

En huit courts chapitres, l’historien retrace le parcours du général SS Reinhard Höhn, archétype de l’intellectuel au service du IIIème Reich qui, après 5 ans de paisible clandestinité, bénéficia de la loi d’amnistie en 1949 et poursuivit une brillante carrière en Allemagne. L’ancien juriste, devenu théoricien du management, créa une école de commerce, académie de cadres qui va former pendant 20 ans l’élite des patrons de l’économie allemande. 

La thèse de Chapoutot est que cette méthode d’organisation du travail et de gestion des hommes prend sa source dans les vues développées par le IIIème Reich, fondées sur le racisme biologique et le darwinisme social.

Cette réflexion de J. Chapoutot sur le lien entre nazisme et management au XXème siècle n’a pas paru totalement convaincante à certains économistes et sociologues. Toutefois, cette étude du « cas » Höhn a le mérite d’attirer l’attention sur l’impunité qui fut celle de milliers de « cols blancs » du nazisme. Elle souligne également, considération politique importante pour l’auteur, que le règne du management n’est pas neutre.

LA LOI DU SANG 

Johann Chapoutot

Galllimard, 554 pages

Fin spécialiste de l’Allemagne nazie, Johann Chapoutot nous invite à aborder la problématique du nazisme en nous plongeant dans les racines profondes de l’histoire des idées et des mentalités du début du 20e siècle.

La plupart des théories scientifiques, historiques, juridiques élaborées par les nazis étaient déjà présentes sur le territoire européen : notion de race, mythe aryen, racisme, antisémitisme, etc… C’est en nous présentant une histoire complète des idées que l’auteur fait une synthèse brillante.

C’est presque de façon toute naturelle que les Allemands ont abouti à la conclusion que la pureté de la race était en danger ; que le seul moyen de la préserver était la pureté du sang allemand. Toute la nuance est nichée dans ce « presque ». Cette « loi du sang » n’a rien perdu de sa dangerosité.

Ne présentant pas de difficulté particulière, cet ouvrage de référence remarquable vous demandera une attention soutenue.

Il a obtenu le prix Yad Vashem.

LA PLACE DU ROMAN POLICIER DANS LA BIBLIOTHEQUE DU CENTRE MEDEM

Les quelques 350 titres de roman policier présents dans notre bibliothèque occupent une place à part pour deux raisons principales :

La première : de la même façon qu’il existe un lectorat amateur de bande dessinée et rien d’autre, il existe aussi un vaste lectorat de roman policier, roman noir, thriller, roman d’espionnage,… Nous avons souhaité faciliter la recherche pour ces lecteurs, en signalant les polars par une pastille noire et en les regroupant.

La seconde : il y a quelques années de cela, nous avons exploré ce  » genre  » au travers d’une exposition  intitulée  » Du rififi au yiddishland « . L’objectif était de donner plus de visibilité à un genre souvent décrié, voire méprisé, lequel ne le mérite pas. Il n’y a pas de hiérarchie de valeur dès lors qu’un ouvrage de fiction est bien écrit. Pas plus qu’il n’y a pas de hiérarchie de contenu : certains polars nous décrivent les maux de notre temps, les difficultés à vivre, les révoltes des « petits », les relations familiales, la cupidité, la lâcheté, que sais-je encore, avec beaucoup plus d’acuité que ne le ferait un roman de 500 pages.

« Quel rapport avec le monde juif », direz-vous: les juifs figurent en bonne place dans ce genre: coupables aussi bien que victimes ou redresseurs de tort; hommes et femmes confondus. Le polar nous donne à voir un monde juif sous toutes ses facettes: religieuses, sociale, culturelle. Comme un instantané pris à un moment donné. Ces personnages qui nous représentent vivent, aiment, enquêtent, tuent et mènent leur vie juive qui ressemble en tout point… à la nôtre. Ils sont notre miroir.

C’est pourquoi ce rayon est régulièrement garni de nouveautés.

Nous encourageons nos lecteurs à venir le découvrir.

L’équipe de la bibliothèque

Nos sélections récentes

Bibliothèque Centre Medem

Et aussi les anciennes sélections de la bibliothèque

Livres de septembre – octobre

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LES EXPORTÉS

Sonia DEVILLERS

Flammarion, 288 pages

Dans « Les exportés », son premier livre, la journaliste de France Inter lève le voile sur les exactions dont ont été victimes la communauté juive sur le sol roumain de 1940 à 1989. Après une Shoah roumaine, la dictature communiste fit commerce de ses juifs, exportés vers des pays européens puis vers Israël, d’abord troqués contre du bétail avant d’être vendus pour des devises.

L’auteur nous raconte les dessous de l’arrivée en France de sa mère et de ses grands-parents en 1961, juifs et roumains ayant fui la Roumanie communiste de Ceaușescu, à la faveur d’un innommable trafic humain et remet en lumière un des secrets longtemps les mieux gardés.

Il leur en avait coûté une rançon de 12 000 dollars qu’ils mirent leur vie à rembourser. La Securitate fit de ce très juteux commerce de juifs contre bétail – porcs, vaches, moutons, taureaux, etc., de la plus haute qualité importés d’Australie, de Nouvelle-Zélande, du Danemark ou encore de Grande-Bretagne – une de ces ressources majeures. Dans une Roumanie communiste exsangue des décennies 1950, 1960 et 1970, la police politique secrète devint ainsi le premier producteur de viande destinée à l’export, grâce à de la main-d’œuvre de prisonniers.

Rien peut-être n’aurait été possible sans un personnage aussi intrigant qu’incontournable, Henry Jacober, lui-même juif d’Europe centrale devenu britannique, qui avait le bras très long et de très précieux relais dans la Securitate, pour orchestrer ce commerce.

Pour remettre en lumière ce commerce des hommes longtemps tenu dans le plus grand des secrets, elle s’est appuyée sur les travaux d’historiens, dont ceux, incontournables, de Radu Ioanid, aujourd’hui devenu ambassadeur de Roumanie en Israël.

Des 750 000 juifs roumains d’avant-guerre, massivement exterminés, ou exportés, vendus, contraints à l’exil, il en resta à peine 10 000 à la chute du communisme.

Les critiques de ce livre sont à la hauteur de ce que l’on ressent en le lisant : un récit historique bouleversant qui se lit comme un roman.

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QUAND TU ÉCOUTERAS CETTE CHANSON

Lola LAFON

Stock, 348 pages

Pour la collection Ma nuit au musée, Lola Lafon a choisi de passer une nuit dans l’Annexe du musée Anne Frank d’Amsterdam, où vécut recluse avec sa famille pendant deux ans l’adolescente, jusqu’à la déportation et la mort à Bergen-Belsen. 

A qui appartient Anne Frank? se demande Lola Lafon. Que peut-on apprendre encore sur « la jeune fille juive la plus aimée au monde » et sur son célèbre Journal (le livre le plus lu après la Bible, dit-on), dans ce lieu de vide et d’absence?

L’auteure découvre combien la personnalité affirmée, terriblement lucide d’Anne Frank a été lissée et détournée par Hollywood : pas de fin triste, pas d’évocation des Juifs et de l’extermination, pas de mention des nazis au motif de la réconciliation avec l’Allemagne. 

Avec subtilité, sensibilité et rigueur, sans jamais se substituer à Anne Frank, Lola Lafon raconte cette expérience très forte, mais aussi les résonances avec l’histoire de sa famille et avec sa propre judéité.

Et l’on se propose de relire le Journal dans sa nouvelle édition augmentée (Calmann-Lévy et Livre de poche).

JOURNAL DE PONARY, 1941-1943

Kazimierz SAKOWICZ

Grasset, 320 pages

Texte présenté, annoté et traduit du polonais par Alexandra LAIGNEL-LAVASTINE

Préface de Rachel MARGOLIS (1921-2015, combattante, par qui le journal est parvenu jusqu’à nous)

Ce texte constitue un témoignage oculaire unique sur la destruction quasi-totale de la population juive de Vilnius, dite la « Jérusalem du Nord », entre 1941 et 1944 dans la forêt de Ponary, à la lisière de la ville, où 70 000 Juifs ont été assassinés par balles au bord de sept immenses fosses.

Cette chronique des tueries fut rédigée par K. Sakowicz (1894-1944), un journaliste catholique polonais habitant au bord des lieux de massacre, posté sur sa véranda ou derrière la fenêtre de son grenier, qui a dissimulé son journal dans des bouteilles enterrées dans son jardin.

Seul témoignage direct de cette importance à retracer avec précision l’épouvantable tuerie par les nazis et leurs recrues locales, il décrit également les trafics lucratifs auxquels se livraient les voisins « marchands » : « 300 Juifs tués sont pour les nazis 300 Juifs de moins, mais pour les voisins 300 paires de chaussures en plus. »

L’historienne A. Laignel-Lavastine souligne dans sa Préface le fait que des dizaines de milliers de volontaires ont participé à l’extermination des Juifs et que la politique mémorielle actuelle de la Lituanie est de « distordre ou biffer son passé », tendance qui prend de l’ampleur et confère à la publication de ce document une importance particulière.

LA PESTE SUR VOS DEUX FAMILLES

Robert LITTELL

Flammarion, 298 pages

Ce roman parfaitement documenté raconte l’un des épisodes de la guerre entre les gangs russes, lesquels dirigent de fait l’économie du pays. Les deux chefs de gangs sont vieux, et sur le point de laisser la place à d’autres rapaces. Timour l’Ossète « protège » des entreprises convoitées par Nahum Caplan le juif.

Or, Timour dit le Boiteux a un fils, Roman, tandis que Nahum a une fille. Chacun des enfants veut se rebeller contre son père …

Un roman savoureux sur les pratiques des gangs russes, encore d’actualité aujourd’hui.

LA PLACE DU ROMAN POLICIER DANS LA BIBLIOTHEQUE DU CENTRE MEDEM

Les quelques 350 titres de roman policier présents dans notre bibliothèque occupent une place à part pour deux raisons principales :

La première : de la même façon qu’il existe un lectorat amateur de bande dessinée et rien d’autre, il existe aussi un vaste lectorat de roman policier, roman noir, thriller, roman d’espionnage,… Nous avons souhaité faciliter la recherche pour ces lecteurs, en signalant les polars par une pastille noire et en les regroupant.

La seconde : il y a quelques années de cela, nous avons exploré ce  » genre  » au travers d’une exposition  intitulée  » Du rififi au yiddishland « . L’objectif était de donner plus de visibilité à un genre souvent décrié, voire méprisé, lequel ne le mérite pas. Il n’y a pas de hiérarchie de valeur dès lors qu’un ouvrage de fiction est bien écrit. Pas plus qu’il n’y a pas de hiérarchie de contenu : certains polars nous décrivent les maux de notre temps, les difficultés à vivre, les révoltes des « petits », les relations familiales, la cupidité, la lâcheté, que sais-je encore, avec beaucoup plus d’acuité que ne le ferait un roman de 500 pages.

« Quel rapport avec le monde juif », direz-vous: les juifs figurent en bonne place dans ce genre: coupables aussi bien que victimes ou redresseurs de tort; hommes et femmes confondus. Le polar nous donne à voir un monde juif sous toutes ses facettes: religieuses, sociale, culturelle. Comme un instantané pris à un moment donné. Ces personnages qui nous représentent vivent, aiment, enquêtent, tuent et mènent leur vie juive qui ressemble en tout point… à la nôtre. Ils sont notre miroir.

C’est pourquoi ce rayon est régulièrement garni de nouveautés.

Nous encourageons nos lecteurs à venir le découvrir.

L’équipe de la bibliothèque

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LES RESISTANTES

Judy BATALION

Les Arènes, 542 pages

Préface d’Annette WIEVIORKA

Cet ouvrage retrace les histoires captivantes et bouleversantes d’une vingtaine de très jeunes femmes – « des Juives fortes », dit l’auteure dans sa préface – qui choisirent la lutte armée dans les ghettos plutôt que la fuite.

A Bedzin, Cracovie, Vilnius, Varsovie, Radom, Auschwitz… Zivia Lubetkin (seule femme membre de l’Organisation juive de combat), Frumka, Hantze, Chajka, Renia, Tosia, Gusta, Hannah et tant d’autres combattantes engagées dans des mouvements sionistes, marxistes, bundistes, furent actives dans les caches, les souterrains, les trains, les forêts, les prisons, avec un courage inouï.

Ce projet historique et littéraire qui redonne vie à des héroïnes oubliées pour la plupart, celles qui ont péri et les quelques-unes qui ont survécu, s’appuie sur une importante documentation : recherches dans les centres d’archives de divers pays, autobiographies de rescapés, témoignages oraux.

L’auteure, petite-fille de survivants, a eu à cœur de restituer minutieusement la mémoire de cette histoire de bravoure exceptionnelle, d’amitié féminine et de survie.

Amour, mariage, sexualité : une histoire intime du nazisme (1930-1950) 

Elissa MAILÄNDER

éd. Du Seuil, 507p. (contenant un très gros corpus de notes)

Cet essai très novateur est remarquable à plus d’un titre :

Par sa forme, pour commencer : en effet, chaque chapitre commence par des exemples tirés de la vie quotidienne, basés sur des témoignages. C’est en analysant finement la parole des témoins que l’auteure nous amène à la conclusion qui clôt chaque chapitre. Cela facilite grandement le « travail » du lecteur.

Par la clairvoyance et la clarté des démonstrations :

Divisé en trois parties présentées dans l’ordre chronologique, l’essai nous permet de suivre l’implantation à la fois organisée et souple du nazisme dans les esprits :

Le nazisme se présente d’abord comme une organisation novatrice, surtout aux yeux de la jeunesse : plus de pression religieuse, il faut profiter de la vie sexuelle sans contrainte. Les jeunes « peuvent «  adhérer à des organisations dans lesquelles ils se sentent intégrés, où ils vont lier des liens d’amitié qui perdureront à la fin de la guerre, se trouvant tout naturellement leur voie future vers une nouvelle vie. Ces relations entre les deux sexes seront d’autant plus libres que le divorce pour tous sera instauré. Les conventions bourgeoises ne sont plus de mise : il faut profiter de la vie. Bien entendu, toute cette jeunesse ne perçoit pas les implications politiques profondes, ni les contraintes, ni le formatage des esprits induits par ces aspects nouveaux. Même le Lebensborn est idéalisé, alors même qu’il représente l’asservissement des femmes.

Lorsque la guerre éclate, que les jeunes gens font leur sac, les jeunes filles continuent de vivre « normalement », en rêvant du « bel aviateur » qui les éveillera à l’amour. La cohésion du corps social est alors très forte, l’espoir d’une victoire martelé à coup de propagande, surtout au cinéma, devenu très populaire.

Sur le front, les soldats s’habituent aux massacres en série, allant jusqu’à prendre des photographies les mettant en scène. Ces photographies représentent « un médium de masse » (page 266) dont l’exploitation est révélatrice des mentalités : la morale n’y a plus sa place ; c’est la violence proclamée dans toute son horreur. Les femmes sont en outre devenues des « objets » sexuels et non plus des partenaires.

Avec la fin de la guerre entrent en scène de nouveaux acteurs : les troupes victorieuses. Ces nouveaux soldats détrônent rapidement les soldats humiliés du Reich. Des femmes allemandes longtemps frustrées succomberont rapidement, par intérêt bien compris ou par instinct de survie. L’auteure note cependant que l’esprit patriarcal de domination masculine n’a jamais cessé d’exister.

Au bout du compte, l’on comprend mieux pourquoi cette période représente un souvenir heureux pour une bonne part de la population allemande, bien loin des remords auxquels nous aurions pu nous attendre.

Documentaire un peu long mais passionnant.

RETOUR RUE KROCHMALNA

Isaac Bashevis SINGER

Stock, 297 pages

Un texte inédit, paru en feuilleton en 1972 dans le journal yiddish Forverts, traduit de la version anglaise, selon la volonté de l’auteur pour la plupart de ses livres.

 Max, qui a fait fortune en Argentine, revient dans sa ville natale pour « affaires » : venir chercher à Varsovie une demi-douzaine de vierges pour la prostitution à Buenos Aires, sa femme Flora contrôlant la « marchandise ».

Au travers de ses personnages, I.B. Singer retourne dans la Varsovie juive du début du XXe siècle, celle des ruelles sombres, des tavernes, des truands et des rabbins, des jeunes filles innocentes et des maîtresses rouées.

On retrouve les grands thèmes traversant son œuvre : les aspirations vers le pur et l’impur, les tourments métaphysiques et charnels, le désintéressement et l’âpreté au gain, la fascination pour le trio amoureux, la culpabilité, la tentation constante de la fuite, le jeu avec l’idée de la mort, l’injustice divine (« Si dieu est mauvais, pourquoi ne puis-je pas l’être aussi ?» dit Max). La nostalgie des valeurs ancestrales de justice et d’entraide du judaïsme le dispute aux conduites égoïstes du profit individuel.

Le conteur éblouissant séduit de nouveau dans ce livre par son style vif, plein d’ironie, ses intrigues à rebondissements, ses dialogues brillants comme sortis du théâtre yiddish. Singer reste un maître dans ce roman plein de fantaisie où le drolatique côtoie la noirceur. 

On peut cependant ressentir un certain malaise à la description de héros obsédés par l’argent, prêts à divers trafics et lâchetés pour retirer davantage de jouissance matérielle et sexuelle – portraits hauts en couleurs mais faisant écho aux stéréotypes antisémites. Et le thème récurrent de l’homme mûr dévoyant de très jeunes filles, telle la douce Rashka, de l’homme frappant sa femme qui en « redemande », comme Max, du viol et de la prostitution, prend de nos jours une tonalité particulière, assez déplaisante, même si l’on s’efforce de remettre dans le contexte de l’époque et dans le cadre de la fiction, et si l’on connaît l’humour de l’auteur.

EST et OUEST. DERACINES

Wolf WIEVIORKA

Editions BIBLIOTHEQUE MEDEM, 345 pages

Traduction du yiddish par Batia Baum (premier recueil) et Shmuel BUNIM (second recueil)

Ces nouvelles écrites en 1936-37 se déroulent pour la plupart à Paris entre les deux guerres, dans un monde yiddish en plein éclatement tant à l’Est qu’en Europe.

Les héros en sont des immigrés juifs de Pologne, et on y trouve toute une galerie de jeunes gens sans métier, de pique-assiette, de camarades joyeusement désoeuvrés ou de rêveurs douloureusement solitaires. Dans cet « Entre deux mondes » (titre de la première nouvelle), on croise des parvenus et des ratés, des artistes affamés, des utopistes, des jeunes femmes idéalistes ou rouées. Chacun tente de se faire une place, de vivre ou survivre, entre espoirs et illusions.

La justesse du trait, la simplicité et l’humour rendent ces textes très attachants; les personnages hâbleurs ou désemparés qui traversent cet univers nous touchent. 

Et l’on songe au destin de l’auteur, écrivain et journaliste si talentueux, mort à Auschwitz, qui figure dans le Livre du Souvenir – le yisker-bukh – des « 14 Ecrivains juifs parisiens assassinés« , paru en yiddish en 1946.

LIBRES D’OBEIR. LE MANAGEMENT, DU NAZISME A AUJOURD’HUI

Johann CHAPOUTOT

Gallimard, 172 pages

En huit courts chapitres, l’historien retrace le parcours du général SS Reinhard Höhn, archétype de l’intellectuel au service du IIIème Reich qui, après 5 ans de paisible clandestinité, bénéficia de la loi d’amnistie en 1949 et poursuivit une brillante carrière en Allemagne. L’ancien juriste, devenu théoricien du management, créa une école de commerce, académie de cadres qui va former pendant 20 ans l’élite des patrons de l’économie allemande. 

La thèse de Chapoutot est que cette méthode d’organisation du travail et de gestion des hommes prend sa source dans les vues développées par le IIIème Reich, fondées sur le racisme biologique et le darwinisme social.

Cette réflexion de J. Chapoutot sur le lien entre nazisme et management au XXème siècle n’a pas paru totalement convaincante à certains économistes et sociologues. Toutefois, cette étude du « cas » Höhn a le mérite d’attirer l’attention sur l’impunité qui fut celle de milliers de « cols blancs » du nazisme. Elle souligne également, considération politique importante pour l’auteur, que le règne du management n’est pas neutre.

LA LOI DU SANG 

Johann Chapoutot

Galllimard, 554 pages

Fin spécialiste de l’Allemagne nazie, Johann Chapoutot nous invite à aborder la problématique du nazisme en nous plongeant dans les racines profondes de l’histoire des idées et des mentalités du début du 20e siècle.

La plupart des théories scientifiques, historiques, juridiques élaborées par les nazis étaient déjà présentes sur le territoire européen : notion de race, mythe aryen, racisme, antisémitisme, etc… C’est en nous présentant une histoire complète des idées que l’auteur fait une synthèse brillante.

C’est presque de façon toute naturelle que les Allemands ont abouti à la conclusion que la pureté de la race était en danger ; que le seul moyen de la préserver était la pureté du sang allemand. Toute la nuance est nichée dans ce « presque ». Cette « loi du sang » n’a rien perdu de sa dangerosité.

Ne présentant pas de difficulté particulière, cet ouvrage de référence remarquable vous demandera une attention soutenue.

Il a obtenu le prix Yad Vashem.

Et toujours disponible la sélection de mai – juin

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SATIRES

Edgar Hilsenrath

Le Tripode, 143 pages

Edgar Hilsenrath est mort cette année ce petit livre est donc son dernier ; il clôt une œuvre riche avec une pirouette. « Non, je n’ai rien regretté », écrit-il en fin d’ouvrage.

Malgré la déportation, laquelle hante toute son œuvre.

Malgré le constat amer de voir les anciens nazis vivre tranquillement, avec leurs bons souvenirs de la guerre, comme ce Monsieur Zybulski. C’est un Monsieur Tout-le-Monde, dirait-on en français. On a beau le dépouiller de ses pelures, tel un oignon (Zybul), mais c’est toujours le même.

Mieux vaut en rire, s’amuser à ses dépens, ironiser, user de sarcasmes. Ce que Hilsenrath a toujours admirablement réussi à faire.

Il nous manquera.

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LA STUPEUR

Aharon APPELFELD

L’Olivier, 256 pages

Dans un village d’Ukraine sous occupation allemande, Iréna, une jeune paysanne maltraitée par un mari violent, découvre ses voisins juifs tenus en joue par le gendarme local, puis bientôt assassinés. Impuissante à les secourir, elle fuit.

Commence un périple aux accents bibliques. Les fantômes des victimes hantent les consciences chrétiennes. « Levez-vous et demandez pardon aux assassinés. Clamez que Jésus était juif. » Iréna est suivie comme une sainte ou chassée telle une sorcière. Et le typhus, comme la culpabilité, se propage.

Ce livre est le dernier paru du vivant d’Appelfeld.

Dans un style simple, plein d’âpreté et d’humanité, le récit développe des thèmes chers à l’auteur et interroge la foi face au Mal.

Il dessine un portrait lumineux de femme.

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COUPÉS DU MONDE : un militant du Bund raconte la survie et la résistance juive sous l’occupation nazie en Pologne

Yankev Celemenski

éd. Le Manuscrit, 464 pages

Héritier du Bund, le Centre Medem est redevable et reconnaissant à Michel Celemenski de nous permettre de lire ces mémoires. Pour bon nombre de nos « anciens », Yankev Celemenski avait d’abord été un membre éminent du Bund, représentant des tailleurs de Pologne, avant de jouer un rôle essentiel durant la guerre. Personnellement, j’ai encore en mémoire l’immense respect avec lequel mes propres parents parlaient de lui.

Ces souvenirs ont une très grande valeur et ce pour plusieurs raisons :

D’une part ils nous permettent de suivre au jour le jour ce que vivaient les juifs enfermés dans les ghettos. Nous pouvons aussi prendre la mesure du courage, de l’abnégation de tous les résistants ; de leur organisation, de leur solidarité. L’enfermement n’étant pas totalement hermétique, les militants cachés dans la partie non-juive des villes ont eu un grand rôle à jouer, malgré la prise de risque incommensurable que cela représentait.

D’autre part, nous découvrons l’infatigable activisme dont a fait preuve Yankev Celemenski, dans son rôle d’émissaire parcourant la Pologne, rendant visite et apportant aide matérielle et morale aux militants. Seule, l’absolue nécessité permet peut-être de comprendre la force, la volonté de fer dont a fait preuve Yankev Celemenski. Essayer de se représenter ses incessants voyages au milieu de tous les dangers est quasi impossible. Penser à la charge qui pesait sur les résistants, à leur dévouement sans faille, au défi d’une mort certaine, mais aussi à leur dignité d’être humain, nous les rend encore plus précieux.

Soulignons aussi le grand intérêt des notes historiques établies par Bernard Vaisbrot, surtout pour les lecteurs d’aujourd’hui.

Enfin ces mémoires remettent à l’honneur des héros méconnus ou oubliés. NOUS NE POUVONS PAS, NOUS NE DEVONS PAS LES OUBLIER.

A ce titre, ce livre a sa place, non seulement au centre Medem, mais chez chacun d’entre nous.

Nous, lecteurs, ne remercierons jamais assez toute l’équipe qui a œuvré afin de faire éditer cet ouvrage précieux : Michel Celemenski, Patricia Chandon-Piazza, et notre cher Bernard Vaisbrot , ainsi que Philippe Weyl de la Fondation Pour la Mémoire de la Shoah.

Yankev Celemenski à Vladek Home Brunoy en aout 1947.   Au 1e plan ; Suzanne Gertler Papiernik , Y Celemenski
Au 2e plan ; Mr Gertler , Mme Mehring , Rachel Pludermacher et Georges , Mme Gertler
(coll.archives Centre Medem)

 

 

 

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