Les livres de mai- juin 2020

Diaporama des livres de la rentrée

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LA RAFLE DES NOTABLES

Anne Sinclair

Grasset, 119 pages

En décembre 1941, les allemands arrêtent 743 juifs français, notables, dont le grand père d’Anne Sinclair qu’ils internent dans le camp de Compiègne.

En recherchant comment son grand père paternel, Léonce Schwartz, a échappé à la déportation, elle relate un chapitre peu connu de la persécution des juifs.Ils seront déportés par le premier convoi du 27 mars 1942. Les allemands ajouteront à ce convoi 300 juifs étrangers internés à Drancy depuis les 20 et 21 août 1941.

Extrait du Monde du 2 mai :

« Je ne suis pas historienne », dit-elle.

« Je n’avais pas d’archives familiales sur lui. Alors je suis partie à l’enquête »…

« Cette rafle, je veux qu’on la connaisse »…

« Par mon métier, j’ai probablement voulu prolonger l’histoire que je n’ai pas vécue par l’histoire que je vivais, donner à voir et à comprendre l’histoire en train de se faire. Plus on vieillit, plus on se retourne vers son passé, ses racines. »

Anne Sinclair continue, autrement, en remontant à la source, à observer le monde se faire et se défaire. Et à transmettre, pour lutter, désormais, contre l’érosion de la mémoire, ou cette incuriosité qui lui a si longtemps masqué le destin de Léonce Schwartz, et des raflés de Compiègne.

 

Un long moment de silence

Paul Colize

Gallimard, 512 pages

En 1960, pendant une émission littéraire à laquelle il est invité pour son dernier livre, Stanislas reçoit un coup de téléphone qui bouleverse tout ce qu’il croyait savoir sur son père.

De son côté, en 1948, Nathan Katz, jeune juif rescapé des camps, part pour New-York pour essayer de se reconstruire.

Il est repéré par une organisation « Le Chat » dont l’objectif est de retrouver les nazis qui ont participé à l’Holocauste.

Nathan et Stanislas vont-ils finir par se croiser ?

Paul Colize est né en 1953 à Bruxelles.
Auteur de romans noirs, il a écrit une douzaine de livres, dont Back Up, paru en 2012 (Prix Saint Maur en poche 2013) et Un long moment de silence paru en 2013, qui a remporté la même année trois récompenses : Prix Landerneau Polar, Prix Boulevard de l’Imaginaire et Prix Polars Pourpres.

Cet été-là à Blumental 

Ursula Werner

Mercure de France, 326 p.

Blumental, 1944, à la frontière entre l’Allemagne et la Suisse. Il n’est pas encore sûr que l’Allemagne perde la guerre, mais certains Allemands le croient. La famille Eberhardt fait partie des « notables » de cette petite ville : Oscar, le patriarche est ministre de Hitler. Il semble ignorer que tant sa femme Edith que sa fille Mariana n’ont que mépris pour le Führer. Ses trois petites filles vivent heureuses dans cette famille unie. Deux autres personnalités se mêlent à eux : Erich, le fils adoptif secrètement amoureux de Mariana, officier loyal et droit ; ainsi que Johann, prêtre protestant passé à la résistance. Lui aussi a un faible pour Mariana … A l’occasion d’une visite du Führer, tout s’enclenche pour mener à une catastrophe…

Ce roman limpide dresse le portrait de plusieurs personnes très attachantes dont tout laisse à penser qu’elles ont pour modèles des membres de la famille de l’auteur. La description d’une petite bourgade loin de Berlin est nuancée mais Ursula Werner s’attache surtout à décrire l’opposition à Hitler. D’autres romans allemands font un tableau plus dur (et plus réaliste ?) de ces Allemands de l’intérieur…

Bon roman

Le Cauchemar

Hans Fallada

Denoël, 320 pages

En 1945, après la chute de l’Allemagne, Herr Doll, hostile au régime nazi, est désigné par les russes maire par intérim d’une petite ville.

Il dénonce les anciens nazis et de ce fait il est persécuté par certains de ses administrés.

Il est contraint de s’exiler et avec son épouse ils partent se réfugier à Berlin.

Malgré toutes les difficultés de l’après guerre, ils entreprennent de se reconstruire…

Cette oeuvre, la plus personnelle d’Hans Fallada, n’était plus disponible depuis plus de soixante ans. Elle est proposée ici dans une nouvelle traduction.

les Lumières de Tel-Aviv

Alexandra Schwartzbrod

Rivages/Noir, 285 pages

Dans ce livre de fiction, Alexandre Schwartzbrod imagine que les religieux ont pris le pouvoir à Jérusalem pour former le Grand Israël.

Les résistants, laïcs juifs et arabes se sont regroupés à Tel-Aviv pour vivre selon les préceptes des premiers Kibboutzim.

Mais un nouveau mur fait son apparition entre Tel-Aviv et Jérusalem, surveillé par des robots tueurs.

Haïm, un ultra-orthodoxe, Moussa et Malika, deux jeunes palestiniens, Ana, la femme d’un religieux, Isaac, conseiller du premier ministre et Eli, un ex commissaire de police cherchent à franchir le mur…

MARTHA FREUD

Katja Behling

Albin Michel, 292 pages

Restée dans l’ombre de son Grand Homme de mari, Martha Freud mérite pourtant que l’on s’intéresse à elle : cette jeune fille orthodoxe très pieuse a dû renoncer à pratiquer son judaïsme, pour l’amour de son mari. En effet, Freud se disait juif athée. Il a imposé sa vision à sa femme. De même qu’il considère les femmes en général comme devant s’occuper du foyer et des enfants. Ce à quoi s’emploiera Martha durant toute sa vie : elle se consacrera à la carrière de Freud et à leurs six enfants, tâchant de lui éviter tout souci domestique. En outre, elle saura aussi se montrer diplomate afin de sauvegarder les amitiés de son mari parfois emporté par la passion… Cela dit, les recherches menées par Freud ne l’intéressaient nullement.

On le voit, Martha fut une femme courageuse et toute entière dévouée à la cause d’un Freud pas toujours aimable ; le livre évoque aussi les curieuses relations qu’eut Freud avec sa belle-sœur, mais sans rien laisser entendre sur la réaction de Martha.

Biographie sobre et écrite d’une plume alerte.

L’ETOILE NOIRE

Michèle Maillet,

François Bourin, 229 pages

La déportation des Noirs durant la Seconde Guerre Mondiale est peu présente dans le domaine romanesque. Ce roman vient donc combler un vide : Sidonie, jeune Antillaise travaillant chez une famille mixte est raflée avec ses deux jumeaux, en même temps que ses employeurs. Elle fait le récit de son long voyage vers un premier camp, puis vers un autre. Au cours de sa déportation, elle perd la trace de ses deux enfants âgés de cinq ans ; elle subit aussi le racisme, en plus des tortures. Bandant toutes ses forces pour résister au désespoir, elle se raccroche à sa culture antillaise et à une amie solide.

Basée sur de nombreux livres d’histoire et autres documents, ce récit écrit avec beaucoup de simplicité est intéressant.

DU NOUVEAU DANS LE RAYON CONSACRE AU YIDDISH

Grâce à  Salomon Bielasiak qui nous a régalé lors de ses réunions zoom durant le confinement, nous avons eu l’occasion de re-découvrir les expressions et proverbes savoureux de la langue yiddish, .

Cela nous a donné l’idée de vous proposer quelques livres venus d’Amérique pour étayer ces leçons magistrales.

Nous ferons d’autres acquisitions prochainement, mais pour commencer, voici trois titres pour commencer :

  • Hanan AYALTI : Yiddish proverbs, the essence of yiddish Wit and Wisdom, Shocken Books, 1965 (assorti de quelques gravures sur bois)
  • Shirley KUMOVE : Words like arrows, a treasury of yiddish folks sayings ; Warner Books, 1986
  • Bella LAURENCE : Sail’houle, sagesse yiddish dans la tradition juive, Pierre Bordas, 1986

Ces trois livres sont écrits en yiddish et en version latinisée, et traduits en anglais et en français pour le dernier.

PARTIR

au-delà des frontières

Francesca Sanna, Gallimard jeunesse

Une famille du Moyen-Orient (Syrie ?) est contrainte de fuir à la suite de la mort du père. Composée d’une jeune mère et de ses deux enfants, elle entame un très long voyage, parcourant à pied, en voiture, en autocar des régions européennes inconnues, recelant mille dangers. Traversant clandestinement les frontières, cette mère courageuse et ses enfants ont l’impression que ce voyage ne finira jamais…

Le texte est bref, sans pathos, mais ce sont les illustrations où le noir et le brun représentent le danger qui rendent compte de la peur…

Excellent album à commenter en famille.

LE VOYAGE EN POISSON

Tom Seidmann-Freud,

éd. Albin Michel et BNF, 36 pages, ill. coul.

La première édition de cet album date de 1923. A cette époque, Tom Seidmann-Freud est très connue, non parce qu’elle est la nièce de Freud, mais en tant qu’artiste, créatrice de livres pour enfants.

Cette histoire raconte comment Peregrin, plongé dans un rêve, fait un long voyage sur le dos de son poisson rouge et parvient dans un pays utopique… L’auteur-illustratrice s’inspire des courants de la peinture allemande de l’époque. Rigueur des grands aplats, palette de couleurs limitée, mais aussi très grande lisibilité, associée à une distanciation du réel. Le texte fait une grande place à un quotidien idéalisé, jusqu’à la chute finale.

Très bel album.

UNE CURIOSITE DANS LA LITTERATURE ENFANTINE 

Et toujours disponible à la bibliothèque

la sélection des mois précédents

Les livres de Mars – Avril 2020

Les choses humaines

Prix Interallié 2019 & Prix Goncourt des Lycéens 2019 

Karine Tuil

Gallimard, 352 pages

Karine Tuil nous présente dans la première partie de ce roman,  les Farel un couple de pouvoir (politique et littéraire). Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes et se libérant de l’emprise du mariage pour vivre une histoire d’amour intense avec un professeur de confession juive. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir.

Dans la 2ème partie, on entre dans l’accusation de viol qui va faire vaciller ce monde « parfait ». Une réflexion d’actualité avec le mouvement #Me Too, les réseaux sociaux et leur influence néfaste sur une procès puisqu’un individu est jugé coupable avant même son procès car les réseaux sociaux influencent inexorablement un verdict.

Karine Tuil s’interroge sur le monde contemporain, démonte la mécanique impitoyable de la machine judiciaire et des réseaux sociaux.

Très bon roman, captivant, au coeur de l’actualité, bien écrit et que l’on n’a pas envie de quitter avant la dernière page.

Nous n’avons pas vu passer les jours

Simone Schwarz-Bart et Yann Plougastel 

Grasset, 208 pages

 

Simone Schwart-Bart, aidée de la plume de Yann Plougastel, journaliste au Monde, nous raconte  sa rencontre avec André et  ses années de vie commune ; elle nous donne à connaître plus intimement l’auteur du « Dernier des justes » et les tourments qui ont accompagné sa vie.

Le récit commence par la rencontre très improbable entre un juif d’origine polonaise, dont les parents ont été déportés, et une jeune guadeloupéenne. Quelques mois après cette rencontre, André Schwarz-Bart, reçoit le prix Goncourt pour « Le dernier des justes ».  Après ce prix et la rencontre de celle qui deviendra sa femme, il va vouloir rapprocher dans son œuvre le destin des juifs et celui des esclaves des Antilles. Il souffrira beaucoup de l’incompréhension qui accueillera ses nouvelles publications .

Lecture passionnante, qui donne envie de relire André Schwarz-Bart.

Le grand royaume des ombres

Arnaud Geiger

Gallimard, 496 pages

Ce récit, dont l’action est concentrée derrière les lignes de front de la seconde guerre mondiale, et en particulier autour du village bordé du lac de Mondsee en Autriche, est un recueil de témoignages de personnages qui ont croisé le parcours de Veit, soldat viennois en convalescence qui tient un carnet. Les décrets arbitraires, les brimades et coups durs liés à la guerre, minent sans cesse la vie des civils et le lecteur éprouve vite de l’empathie pour les témoins et tous ceux qui vivent à l’ombre des combats.

Est dressé un portrait particulièrement vivant des conditions de vie de l’époque qui, aussi dures soient-elle, n’excluent pas de son champ, la tendresse. On suit ainsi le soldat Veit et sa voisine Margot tisser des liens plus lumineux.

Les histoires des différents témoins diffèrent pour autant dans leurs résolutions. On découvre ainsi une famille juive viennoise qui d’obstacles en obstacles tente d’émigrer en Hongrie.

Mikado d’enfance

Gilles Rozier

L’Antilope, 192 pages

Ce livre raconte le retour sur un évènement de la vie de l’auteur, survenu au début de son adolescence, et qui lui a été douloureusement rappelé à la mémoire à son âge adulte, alors qu’il est devenu professeur de yiddish et d’hébreu.

Cet évènement est son implication à la transmission d’un message à caractère antisémite à son professeur d’anglais de l’époque. Cet évènement, qu’il a d’abord refoulé, il va essayer d’en retrouver les pièces, et essayer de déterminer ce qui l’a motivé dans ce geste à caractère antisémite. Les souvenir de l’époque, tel que son attirance pour les co-accusés, ou son histoire familiale, sont comme des pièces d’un jeu de mikado qui va l’amener à libérer le souvenir coupable.

Ce livre est aussi l’occasion de voir comment un jeune accède à l’histoire du peuple juif à travers des souvenirs ayant traits à ses parents.

AU COMMENCEMENT

Chaïm Potok

Les Belles Lettres, 608 pages

Les Belles lettres ont eu la judicieuse idée de présenter une nouvelle traduction de ce superbe roman.

Dans le New York (le Bronx, plus exactement) des années de l’entre-deux guerres, des familles juives vivent paisiblement, en attendant de pouvoir faire venir leurs proches restés en Pologne. Ces familles ont fondé une association d’entr’aide afin de rassembler l’argent nécessaire à la venue des émigrants. Tous juifs pieux, orthodoxes, ils ont à leur tête Max Lurie et son épouse. Max n’a peur de rien ni de personne, surtout pas des antisémites qui vivent autour d’eux. Dans la famille Lurie on compte deux garçons aussi différents qu’on peut l’être. David, l’aîné est le narrateur. Dans une première partie, il évoque avec force détails touchants son enfance d’enfant toujours malade, ce qui l’oblige à souvent manquer le haider ainsi que les jeux avec ses copains. C’est ce retrait forçé qui forge son caractère : fin observateur, il est en permanence en quête de la vérité des choses de la vie. Son hypersensibilité intériorisée l’isole souvent du monde. C’est ce qui le rend si attachant et parfois bouleversant.

Dans une seconde partie, David termine brillamment ses études. Tous lui prédisent un brillant avenir de rabbin et de philosophe, mais il choisit une autre voie : celle qui le mène à quitter sa communauté (sans rien renier), pour aller se frotter aux savants universitaires. C’est pour lui un nouveau commencement, au cours duquel il va se recueillir à Bergen Belsen, là où sa famille a été massacrée. Pour sa famille et ses amis, c’est un peu un reniement.

Magnifique roman d’apprentissage.

Les modifications

Sayed Kashua

L’Olivier, 250 pages

Traduction de l’hébreu par Jean-Luc Allouche

Ce récit, qui relève de l’autobiographie, raconte le retour sur soi d’un écrivain arabe israélien, un « nègre », qui après avoir migré aux Etats-Unis doit revenir en Israël au chevet de son père mourant, et ainsi se reconnecter avec la vie qu’il a fuie.

A travers son récit, nous pouvons observer l’obligation de fidélité à ses origines que s’imposent les arabes de la localité de Tira, la fierté fragile de la population y vivant, et les contradictions que vivent les arabes tentant de s’insérer dans la société israélienne.

L’auteur essayera, tout en se reconnectant avec son passé, de remodeler ses rapports avec les siens comme on apporte des modifications à un texte. Pourtant une faute de jeunesse de l’auteur semble irréparable car elle a motivé tout le reste de sa vie, son exil, et sa vie maritale…

Autobiographie tendre et amère de l’auteur, au style bien travaillé.

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Les livres de Janvier – Février 2020

Les choses humaines

Prix Interallié 2019 & Prix Goncourt des Lycéens 2019 

Karine Tuil

Gallimard, 352 pages

Karine Tuil nous présente dans la première partie de ce roman,  les Farel un couple de pouvoir (politique et littéraire). Jean est un célèbre journaliste politique français ; son épouse Claire est connue pour ses engagements féministes et se libérant de l’emprise du mariage pour vivre une histoire d’amour intense avec un professeur de confession juive. Ensemble, ils ont un fils, étudiant dans une prestigieuse université américaine. Tout semble leur réussir.

Dans la 2ème partie, on entre dans l’accusation de viol qui va faire vaciller ce monde « parfait ». Une réflexion d’actualité avec le mouvement #Me Too, les réseaux sociaux et leur influence néfaste sur une procès puisqu’un individu est jugé coupable avant même son procès car les réseaux sociaux influencent inexorablement un verdict.

Karine Tuil s’interroge sur le monde contemporain, démonte la mécanique impitoyable de la machine judiciaire et des réseaux sociaux.

Très bon roman, captivant, au coeur de l’actualité, bien écrit et que l’on n’a pas envie de quitter avant la dernière page.

L’année des pierres

Rachel Corenblit

Casterman, 413 pages

Ce roman facile à lire s’adresse aux adolescents.

Un groupe de jeunes juifs français « inadaptés » au lycée sont envoyés pour une année scolaire en Israël. Regroupés dans un centre en marge de la vie israélienne, ils s’adaptent peu à peu à leur nouvelle condition. L’un d’eux rencontre son grand-père, un vieux monsieur original qui fait la conquête de ses potes!

A l’occasion d’un voyage en car, ils passent en bordure d’un village palestinien, se font caillasser et leur chauffeur est tué. Cet évènement traumatisant les marque sans doute à jamais.

Roman très nuancé et personnages finement analysés.

Sur les ossements des morts

Olga Tokarczuk

Libretto, 283 pages

Ce roman inclassable (fantastique? policier?) entre en résonnance avec l’actualité : quelle place occupe la vie animale dans le monde des humains?

L’auteure n’y va pas par quatre chemins, mais nous n’en dirons pas plus, afin de ne pas dévoiler le dénouement. L’histoire se passe aux confins de la Pologne, dans un hameau situé en lisière de forêt. Pour habiter là, il faut vraiment être hors norme. C’est bien ce qui caractérise Jajina, ancienne ingénieure, enseignant l’anglais dans une école élémentaire de village. Ses amis? Ils se comptent sur le doigt de la mains. Ses ennemis? Ils sont légion : ce sont les chasseurs. Janina est férue d’astrologie mais n’est considérée que comme une vieille folle. Ses courriers aux diverses autorités ne reçoivent aucune réponse… Les animaux qu’elle défend vont-ils réagir?

A la folie meurtrière des uns répondra une autre folie meurtrière…

La figure de Janina est très attachante, et tout le roman baigne dans une atmosphère où la nature tient le premier rôle.

HAUTS-FONDS

Dov Lynch

éd. Seuil, 190 pages

Vienne, 1945-1989. Personnage principal :Klem policier ayant obtenu son certificat de dénazification. Silencieux, énigmatique et recherché par les Américains et les Russes. Voilà pour le scénario. Plus proche de la fable que de la « réalité », ce texte met en scène l’Autriche de l’après-guerre, occupée par les Alliés dans une atmosphère de défiance totale. La troisième guerre mondiale se profile à l’horizon et chaque camp compte ses forces.

Progressivement, nous en apprenons un peu plus sur Klem mais sa part d’ombre reste intacte. Au bout du compte, que reste-t-il de cette lecture? Un sentiment troublant : celui de ne pouvoir appréhender ce que fut cette époque d’incertitude, de brouillard, de mensonges, de double jeu. Graham Greene n’est pas loin…

Intéressante démarche littéraire.

SECRET DE POLICHINELLE

Yonatan Sagiv

éd. de l’Antilope, 469pages

Ce premier roman, qui s’apparente à un polar, est une réussite, qui témoigne d’une maîtrise littéraire déjà affirmée. Sous couvert d’une enquête policière, Sagiv nous livre un tableau sans concession de la société israélienne, calquée sur celle de l’Amérique : l’argent est roi, les inégalités sociales importantes, la jeunesse dorée est paumée, …

Oded Hofer, un homosexuel affiché, manque cruellement d’argent. Après avoir fait quelques petits boulots, le voilà installé en tant que détective privé. Sa première cliente est la soeur de l’une des femmes les plus puissantes d’Israël, laquelle vient de mourir. Mort naturelle? suicide? ou plutôt crime? Le commissaire Yaron Malka, homo caché,  mène l’enquête en parallèle.

La crudité de la langue ne fait qu’ajouter à l’aspect humoristique et satirique du texte. 

Intrigue bien ficelée, suspense, rebondissements, tout y est. MAIS la traduction pose problème, en raison d’erreurs répétitives. Dommage! On peut néanmoins faire abstraction de ces maladresses et aller jusqu’au bout.

Les Etoiles de David

Kristina Ohllson

J’ai lu, 605 pages (genre Roman policier)

Ces 600 pages s’avalent sans difficulté, mais ce thriller a un côté dérangeant :

Nous sommes à Stockholm, dans les années 2000, au sein de la communauté juive de la synagogue de Salomon. Elle comporte une école dans laquelle vont être commis plusieurs crimes, signés « le garçon de papier ». Antisémitisme? Règlement de compte? Vengeance? L’enquête s’avère difficile, car les traces sont effacées. Polices criminelles et antiterroriste mènent l’enquête…

Dans une interview, l’auteur a expliqué qu’elle s’intéressait au monde juif en général, et à Israël en particulier. Il s’agit donc d’une sorte d’enquête sociologique sur des immigrés, Israéliens pour la plupart, lesquels ont quitté leur pays pour une terre plus paisible. Ce qui nous semble gênant, ce n’est pas le contexte. C’est la violence de ces crimes commis sur des enfants (sauf un). On notera que les enfants sont peu présents dans le polar en général, comme s’ils étaient intouchables, en raison de leur innocence même.

L’intrigue en elle-même est bien ficelée, les personnages intéressants. Ames sensibles s’abstenir.

KOBA

Robert Littell

Baker Street, 256 pages

Seul au monde après le décès de son père et l’arrestation de sa mère, victime de la purge stalinienne des médecins juifs, Léon (10 ans et demi) se cache du NKVD dans un bâtiment où logent des hauts fonctionnaires.

Il y rencontre un homme âgé : Koba, qui semble connaître mieux que personne le « Camarade Staline » dans ses pensées les plus troublantes. Un dialogue s’instaure entre le vieil homme et l’enfant.

Mais qui est ce vieil homme… ?

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Les livres d’octobre – novembre 2019

A la première personne

Alain Finkielkraut

Gallimard, 128 pages

Dans ce petit livre confession, synthèse de son parcours intellectuel, Alain Finkielkraut fait le point sur les grandes étapes de sa pensée et les auteurs (M. Kundera, ou P. Roth,) qui l’ont construit ou influencé, de ses débuts soixante-huitards à nos jours.

 « Penser est une chose, exister dans ce qu’on pense est autre chose. » (Kierkegaard). C’est cet « autre chose » que l’auteur a voulu mettre au clair en écrivant, une fois n’est pas coutume, à la première personne. 

HEIMAT : loin de mon pays

Nora Krug

Gallimard

Nous avons classé cet ouvrage parmi les romans graphiques, et non en bande dessinée, car il s’apparente plus au récit. L’illustration y est pourtant très présente; une illustration mêlée de photographies familiales.

Nora Krug, jeune femme d’origine allemande, vit à New-York, mais sa famille habite toujours à  Karlsruhe. C’est peut-être la rencontre d’une ancienne déportée qui est le déclic… Toujours est-il qu’elle se lance dans une enquête sur ses origines familiales. Sous-jacente est la crainte d’y retrouver des adhérents au nazisme.

C’est cette crainte, cette angoisse même, qui est profondément émouvante. Nora mène cette enquête de façon méthodique, sans chercher à éluder la réalité, laquelle s’avère difficile à saisir : quel Allemand a participé ou pas à la folie nazie? Et pourquoi ?

Sa conclusion? Son grand-père était un « MITLAUFER »… Un « suiveur » si l’on préfère, et non pas un meneur.

Très intéressant.

DERRIERE LES LIGNES ENNEMIES

Une espionne juive dans l’Allemagne nazie

Marthe Cohn

Editions Tallandier, 342 pages

Marthe Cohn, une jeune juive de Metz, avec l’avancée des troupes allemandes, quitte sa ville avec sa famille en 1940.

Ils se voient contraints de changer plusieurs fois de ville et de domicile pour échapper à l’occupant, jusqu’en 1944.

En 1944, comme elle parle couramment l’allemand, elle est recrutée par l’armée française qui l’envoie derrière les lignes allemandes pour espionner et transmettre des renseignements sur les troupes ennemies.

LE VOYAGEUR

Ulrich Alexander Boschwitz

Grasset, 335 pages

Inspiré par sa propre expérience, ou celle de ses proches, ce roman saisissant a été écrit fébrilement, en moins d’un mois, en 1938, à la suite de la Nuit de Cristal. Il a été « re-découvert »  aux Archives de la Bibliothèque nationale de Francfort, dans la section « littérature d’exil ».

Otto Silbermann est un négociant juif qui affiche une belle réussite. Marié à une aryenne, il a un fils émigré à Paris. Ce dernier tente en vain d’obtenir des visas pour ses parents. Lorsque des policiers se présentent à son domicile pour l’arrêter, il parvient à prendre la fuite. Mais où aller? Les portes se ferment une à une. En dernier recours, il réussit à obtenir une forte somme d’argent de son fondé de pouvoir. Nanti de son pécule, il cherche à fuir, en prenant le train. Un fois parti, le voilà qui change d’avis et repart dans une autre direction. Au fur et à mesure que le temps passe, ses voyages successifs lui font faire des rencontres souvent angoissantes… Petit à petit, il perd son arrogance de nanti, sa peur le domine au point de lui faire prendre des risques… Sa lucidité aiguisée par le danger s’avère atteinte. Tous ces voyages le ramènent sans fin à Berlin, SA ville. Et c’est là qu’il finira par se faire prendre, volontairement.

Ce roman d’une rare puissance est bouleversant. Ce fugitif pas toujours sympathique nous amène sans fin à la question « et moi, qu’aurais-je fait? « . L’auteur nous donne à lire toutes les pensées, tous les délires d’un homme aux abois innocent, mais juif. Cela fait de lui une proie facile…

Terrifiant et magnifique roman.

LES RACINES INTELLECTUELLES DE « MEIN KAMPF »

revue d’histoire de la Shoah, 383 pages

Ce recueil d’articles répond en partie à une question récurrente : pourquoi l’Allemagne?

En effet, on entend souvent dire qu’un bastion si avancé de la culture n’aurait pas dû devenir barbare.

Les éminents historiens qui interviennent dans cet ouvrage montrent que l’Allemagne, bien que n’étant pas le seul pays où sévissait l’antisémitisme, a tout de même produit les plus féroces antisémites, tous ces « völkish » nationalistes, racistes, eugénistes,  adeptes de la pureté de la « race » aryenne,… Paul de Lagarde, Theodor Fritsch, Guido von List, RICHARD WAGNER, Karl Lueger, Alfred Rosenberg, Dietrich Eckart… Tous ces penseurs ont inspiré, éduqué, accompagné Hitler, ce « Mitlaufer » (mouton) au verbe captivant.

Parmi ces antisémites se trouvent également des socialistes! ce sujet est peu développé, hélas, mais nous nous proposons de faire des recherches sur Internet!

Etude très sérieuse, qui remet les idées en place.

memorial de la Shoah

Main Basse sur Israël – Netanyahou et la fin du rêve sioniste

Jean Pierre Filiu

Edition : La Découverte

Soixante-dix ans après la création d’Israël, les pères fondateurs se retrouveraient-ils dans le grand récit que porte aujourd’hui Benjamin Netanyahou ? Jean-Pierre Filiu offre ici une réflexion historique sur la longue durée du sionisme et sur l’expérience de Bibi aux commandes d’Israël. Une longévité remarquable qui emprunte force détours et travers.

Selon une de nos lectrice, dans son livre J.P. Filiu décrit la carrière de B. Netanyahou comme un processus de lente régression démocratique mais l’opinion publique reste malgré tout derrière lui. Selon elle, le livre n’apporte rien de nouveau.Le livre a été publié avant les élections de septembre dernier.

B. Netanyahou a été élu mais dans l’incapacité de former un gouvernement de coalition, il a démissionné en octobre.

LA GOÛTEUSE D’HITLER

Rosella Postorino

Albin Michel, 400 pages

Ce livre est inspiré de l’histoire vraie de Margot Wölk, la dernière « goûteuse » d’Hitler.

C’est contre sa volonté que Rosa Sauer, dont le mari est sur le front de l’Est, se trouve avec 9 autres femmes pour goûter les 3 repas d’Hitler, terrorisé à l’idée qu’on attente à sa vie…..

Revue de presse

Captivant. –Le Soir

Magnifique portrait de femme. Ce roman fort et très documenté se lit d’une traite. –Le Parisien

L’auteure mêle habilement la petite histoire à la grande et signe un livre fort, captivant, humain et sensible. Inoubliable. –Version Femina

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Les livres de la rentrée 2019

LA FABRIQUE DES SALAUDS

Chris Kraus

éd. Belfond, 886 pages

Certains critiques littéraires comparent ce gros roman à celui de Jonathan Littell, à juste titre : pas seulement en raison du nombre de pages… Mais aussi de par sa conception même. Il ne faudrait pas y voir une histoire, très complexe au demeurant, racontée au premier degré. Quand bien même on y trouve des traces de véracité. Le général Gehlen a bien existé, il a bien dirigé un service d’espionnage,… Autre rapprochement possible, celui de la démesure, celui d’une vision globalisante du nazisme.

Nés dans une famille allemande un peu atypique, deux frères Hubert et Konstantin, dit Koja s’engagent dans le nazisme. Une petite fille orpheline, Eva, vient rejoindre la fratrie…. Koja est le narrateur de cette histoire touffue qui s’étend sur une durée de 70 années. Impossible à relater, tant elle est complexe, l’intrigue ne fait que mettre en valeur les fondements du Mal, de la malléabilité et de la lâcheté humaines. Nous nous enfonçons de page en page dans un puits sans fond, celui de l’hypocrisie humaine. Les pires d’entre nous ont aussi leurs moyens de résilience… Il n’y a pas d’innocent dans ce roman, pas même les victimes, « obligées » de collaborer après la guerre avec leurs anciens bourreaux.

Roman douloureux donc, et désespéré, sur la nature humaine.

ICI ET MAINTENANT

Robert Cohen

éd. Joëlle Losfeld, 417 pages

Ce roman vient d’arriver à la bibliothèque. Sam Karnish, le personnage principal, est un curieux mélange fait de doute, de procrastination et de solitude. Au début du récit, tout va mal pour lui : sa vie amoureuse est un échec, son travail de journaliste n’est pas assuré de durer et sa vie n’a pour lui aucun sens. Le fait d’être juif semble le cadet de ses soucis, d’autant plus que sa culture est inexistante.

Tout semble changer lors d’une rencontre loin d’être providentielle : au cours d’un voyage en avion, il rencontre un jeune couple de Loubavitch, lequel va essayer de le remettre sur la bonne voie.

L’auteur a beau avoir beaucoup d’humour, Sam reste un personnage assez pathétique, incapable de prendre des décisions sans le coup de pouce du destin. Destin qui se moque bien de lui!

Un peu bavard, mais néanmoins intéressant .

La menteuse et la ville

Ayelet Gundar-Goshen

éd. Presses de la Cité, 348 pages

Ce roman facile à lire nous raconte la vie d’une adolescente de 17 ans, Nymphea, empêtrée dans un mensonge dont dépend la vie d’un homme : elle accuse de viol un client brutal dont la violence verbale l’a profondément blessée. Interrogée par la police, elle maintient sa version, ce qui lui donne droit à la Une des médias.

Or, au cours d’un voyage scolaire à Auschwitz, elle fait la connaissance d’une vieille dame venue là pour témoigner, alors même qu’elle n’a jamais vécu dans les camps… Les conseils avisés de la dame ne lui sont d’aucun secours, bien entendu.

Nous ne dévoilerons pas le fin mot de l’histoire, un peu tirée par les cheveux. L’intérêt de ce roman réside dans les portraits des adolescents essayant d’échapper à des contraintes qu’ils rejettent : le souci des parents concernant l’avenir, les mesquineries du lycée, les jalousies …

Pas un grand roman, donc; mais certaines lectrices y trouveront leur compte.

INDECENCE MANIFESTE 

David Lagercrantz

Actes Sud, 381 pages

Ce roman noir passionnant nous avait échappé lors de sa sortie… C’est une enquête menée lors de la mort de Alan Turing, dont on ne sait s’il s’est suicidé, ou si c’est un crime. Le nom de Alan Turing devrait vous alerter : grâce à son génie mathématique, il a réussi à décoder les machines à crypter Enigma des nazis. Cela a obligé les Alliés à ouvrir les yeux sur les massacres de juifs et sur la déportation, alors même que le bundiste Artur Zygelboim criait dans le désert.

Nous sommes en 1954. L’inspecteur Leonard Corell est chargé de l’enquête. Il ignore presque tout de la « victime » qui travaille pour les services secrets anglais. Progressivement, ces derniers s’infiltrent dans l’enquête, craignant que des secrets de défense soient dévoilés. Pourquoi l’option criminelle est-elle sérieuse? D’une part, Turing est détenteur d’un savoir qui doit rester secret; d’autre part, c’est un homosexuel avéré, un personnage totalement atypique qui se moque des convenances. Or, à cette époque, toute la société honnit les homosexuels… l’inspecteur de police y compris.

Nous suivons donc l’enquête, jour après jour, tout en observant la façon dont Corell se débat dans une mare infestée de crocodiles… Lui qui estime sa carrière ratée, qui doit composer avec trop de supérieurs, de politiciens anxieux, reste un policier honnête et clairvoyant jusqu’au bout.

La tension qui règne tout au long de l’histoire n’est pas seulement liée à l’enquête : l’auteur revient sur les difficultés et les problèmes mathématiques qui ont émaillé les découvertes de Turing, à qui l’on doit aussi le premier ordinateur!

Passionnant

MUR MEDITERRANEE

Louis-Philippe Dalembert

éd. Sabine Wespieser, 330 pages

Excellent roman inspirée par les évènements, ce livre dresse le portrait de trois réfugiées clandestines originaires de pays en guerre.

Ces trois femmes n’ont rien en commun : issues de cultures différentes, de pays différents, c’est l’embarquement sur un vieux chalutier qui les a réunit. Avant d’avoir eu la chance d’embarquer, chacune a fait un voyage plein de souffrances.  La vie sur ce raffiot s’avère intenable pour les 750 clandestins. Les uns, majoritaires, parce que confinés dans la cale, sans air, sans hygiène, mourant de soif, dans la promiscuité. Les autres, un peu mieux lotis, sur le pont, mais craignant l’irruption de ceux d’en bas. L’équipage sans foi ni loi n’hésitera du reste pas à assassiner une partie des « calais » du fond de la cale.

Ecrit sans pathos mais avec beaucoup d’empathie, ce roman est bouleversant. Et inoubliable…

QUE LA BETE S’EVEILLE

roman policier des Kellerman père et fils

éd. Seuil, coll. Points, 664 pages

Ce roman policier et fantastique tout à la fois n’est pas une réussite.

Cependant, il a sa place dans notre bibliothèque, dans la mesure où le monde juif y est omniprésent : à la fois sous les traits de l’inspecteur de police très fûté Jacob Lev, et de par les très nombreuses incises bibliques. Pour Lev, il s’agit de retrouver le meurtrier d’un homme dont on a découvert la tête, sans corps. L’intrigue ressort du genre fantastique car un étrange insecte rôde autour de l’inspecteur, le suivant à la trace jusqu’à Prague…

Peu convaincant, encombré par une mise en abyme mal ficelée, mais avec un flic juif plutôt sympathique.

L’HIVER OU J’AI GRANDI

Peter van Gestel, Gallimard

Folio junior, 371 pages

Ce beau roman jeunesse s’apparente aux grands classiques de la littérature enfantine. Gestel n’a pas oublié ce qui fait souffrir, rire ou pleurer les enfants :

Nous sommes en Hollande, en 1947. Thomas dix ans est orphelin de mère. L’année précédente, il a fait la connaissance d’un « nouveau » à l’école, Piet Zwann. Petit à petit, Thomas découvre l’histoire de Piet, rescapé de la Shoah, tout comme sa cousine Bet. Ces deux survivants s’occupent de la mère de Bet, traumatisée et dépressive. Les trois enfants deviennent inséparables et Thomas comprend peu à peu à demi-mot les souffrances endurées par ses deux amis.

C’est un roman bouleversant que des adultes peuvent lire au même titre que les ados.

LE TEMPS DES ORPHELINS

Laurent Sagalovitsch

éd. Buchet-Chastel, 218 pages

Laurent Sagalovitsch nous avait habitués à un ton sarcastique. Dans son dernier roman, il change totalement de registre : il nous raconte très sobrement comment un jeune rabbin américain s’engage dans l’armée américaine au moment du débarquement. L’armée va lui confier un rôle pour lequel il n’est pas préparé, participer à l’ouverture des camps. Le premier choc, c’est la rencontre avec un enfant de quatre ou cinq ans devenu muet. Le second choc est pire, car c’est la découverte des chambres à gaz. Il comprend alors qu’il ne pourra jamais plus exercer son rabbinat, ayant perdu la foi.

Ecrit par un homme bien trop jeune pour avoir connu la Shoah, ce livre sensible et plein d’empathie est bouleversant. On peut aussi être orphelin de Dieu.

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Les livres de juin 2019

UNITE 8200

Dov Alfon

éd. Liana Levi, 385 pages

Ancien officier des services de renseignements israéliens, l’auteur est bien placé pour nous conter les rebondissements multiples de cette narration dans laquelle la police française et les services secrets se retrouvent à collaborer ensemble. Une bonne dizaine de meurtres plus tard, l’affaire est résolue, grâce à la sagacité d’un commandant israélien, bien sûr!

Action pleine de rebondissements, de retournements de situation, d’exotisme (nous n’en dirons pas plus), bref : bonne lecture de vacances.

LES INSOUCIANTS

Peter Behrens

Ed. Philippe Rey, 496 pages

Ce roman raconte l’histoire de deux familles dont l’une, celle de Billy Lang, est le skipper de l’autre, les von Weinberenner (riche baron juif allemand).Les liens sont très forts entre les deux familles, mais complexes entre les deux enfants. Leur amitié, puis leur amour est un long chassé croisé émaillé de RV manqués et de retrouvailles.

Mais leur apparente « insouciance » ne résistera pas à l’ambiance oppressante de l’Allemagne de l’entre-deux guerres…

UN FILS DE L’AMERIQUE

Nelson Algren

10/18, 379 pages

Ecrivain très engagé, ami des existentialistes parisiens, Algren a mis en scène les exclus du rêve américain. Selon ce mythe, tout homme qui veut s’en sortir peut « réussir » en Amérique.

Algren n’a cessé de montrer le revers de la médaille : dans ce roman, le fils de l’Amérique se nomme Cass. Sa vie d’enfant pauvre ne lui laisse aucune chance de s’en sortir. Il ne fait jamais le bon choix et cela le conduira en prison. Même en amour, sa naïveté le dessert… »Toutes les facultés qui auraient pu lui permettre de voir plus loin que le bout de son nez s’étaient émoussées… « page 340).

Algren , avec son réalisme désespéré, ses descriptions minutieuses de la misère, de la crasse, nous force à voir la réalité américaine en face. Dur, dur!

OÙ VIVRE

Carole Zalberg

Grasset, 144 pages

A travers leurs voix recomposées par Marie, née en France dans les années 60, les membres d’une famille juive polonaise relatent leur installation en Israël après la guerre.  

Au long des décennies in-tranquilles, les générations nouvelles venues dans l’État juif puis celles qui y sont nées expriment leurs attentes et leurs déceptions, au fil d’un quotidien à jamais hanté par la Shoah. C’est cette fin d’un monde que les plus âgés ont voulu surmonter en construisant un lieu sûr. C’est elle que les plus jeunes veulent empêcher de se reproduire en acceptant avec plus ou moins d’évidence les épreuves que leur pays ne cesse d’imposer.

De l’après-guerre à nos jours, l’exil des uns et les questionnements de la famille restée en France se répondent, tissant des liens indéfectibles.  Leurs voix se mêlent pour dire avec puissance une destinée familiale complexe et vitale qui est aussi une magnifique plongée dans les paradoxes de l’État d’Israël, autour de la question des pionniers, de leurs rêves, de leurs déceptions.

Ce beau récit devrait trouver un écho chez le lecteur qui, a un moment ou un autre, s’est posé la question de l’installation ou pas en Israël et des relations avec les membres de sa famille qui ont fait ce choix.

LA GOUTEUSE D’HITLER

Rosella Postorino

Albin Michel, 384 pages

Pour ce qui me concerne, ce livre est une imposture… La sévérité de mon jugement va de pair avec l’agacement qui a accompagné ma lecture.

Basé sur le témoignage de Margot Wölk, la dernière goûteuse d’Hitler morte avant d’avoir pu rencontrer l’auteure, celle-ci raconte le quotidien de la population allemande vivant tout près de « la tannière du Loup ». En particulier celle de ces femmes recrutées afin de goûter les plats servis à Hitler. Parmi elles, une Berlinoise, Rosa, vivant chez ses beaux-parents. La proximité du prénom de l’auteure, Rosella, avec celui de son héroïne, laisse à penser qu’elle s’est mise dans la peau de Margot Wölk. Hélas, ni ses sentiments ambigus, ni ses relations avec ses compagnes, ni son attitude à l’égard de l’officier allemand qui la courtise ne nous semblent bien analysés : c’est du roman Arlequin! ou Nous Deux, si vous préférez!

L’arrière-plan est tout aussi superficiel, sans parler d’un manque de style affligeant.

En dépit des éloges des lecteurs de Babelio (tant mieux s’ils ont pris plaisir à le lire), je suis très réservée quant à  la qualité littéraire de ce roman.

« NON, NOUS NE SOMMES PAS UN PEUPLE ELU! » :

sionisme et antisémitisme dans les années trente; la doctrine du Bund polonais dans les textes,

éd. Acratie, 173 pages

Ce recueil de textes rassemble des extraits de discours ou de livres des principaux penseurs et théoriciens du BUND.

Les années ayant passé, certains propos virulents semblent totalement dépassés. Cependant, on peut ainsi comprendre la bataille idéologique qui s’est jouée entre sionistes et bundistes. Les sionistes ont gagné la bataille, mais certains arguments bundistes sont encore d’actualité.

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Les livres de mai 2019

On garde toujours pour les lecteurs qui ne l’ont pas encore lu

LES DERACINES

Catherine Bourdon

éd. Les Escales, 742 pages

Ne vous fiez pas au nombre de pages : ce bon gros roman se lit facilement : en effet, loin de toute prétention littéraire, C. Bourdon nous raconte une histoire mouvementée en plusieurs épisodes intéressants et très documentés :

La vie des juifs viennois à la veille de l’arrivée de l’Anschluss. Puis, les premières violences. La dislocation des familles, les parents cherchant à mettre leurs enfants à l’abri.

Le départ d’un jeune couple et de leur tout petit Frédéric. Wil et Almah n’ont pas d’autre choix que de participer à la fondation d’une « colonie » à Saint-Domingue, qui a le kibboutz pour modèle.

La vie à Sosia des « jeunes bâtisseurs », leurs joies, leur nostalgie, leur difficultés.

Le retour à la paix et la disparition programmée de la « colonie ».

Parfait pour les vacances, et donnant une bonne idée de la vie de ces migrants.

LA MORT DU KHAZAR  ROUGE

de Shlomo Sand

Seuil, 381 pages

Shlomo Sand, historien israélien, a suscité une très vive réaction contre sa théorie selon laquelle le « roman national » israélien est faux et forgé de toute pièce.

Grâce à ce roman policier, il a trouvé une moyen de se faire connaître du grand public : l’action se passe dans les milieux universitaires et oppose les tenants de l’histoire officielle à ceux qui osent les défier; c’est-à-dire ceux qui pensent que les juifs ne sont pas les seuls à faire valoir leurs droits sur ce petit bout de terre. Les victimes font toutes partie d’un même milieu considéré comme subversif. Il ne faut pas moins de deux commuissaires de police pour résoudre ces crimes qui s’étendent sur une longue durée…

Sand multiplie les considérations historiques justifiant son point de vue, mais le roman est plaisant à lire, en dépit de ses maladresses. On attend la suite!

LA FRANCE SANS LES JUIFS

Danny Trom

PUF, 155 pages

D’une certaine façon, on pourrait dire que l’auteur a tenté de conjurer le sort en écrivant cet essai. Comme si, dans son for intérieur, il espérait avoir tort!

Comment en est-on arrivé là? Plus de 20.000 juifs ont quitté la France ces dix dernières années. Les gouvernements successifs ont assuré la population juive de leur solidarité, tandis que la population arbo-musulmane était montrée du doigt. Celle-ci n’est cependant pas la seule « responsable » : la question israélo-palestinienne vient polluer les débats. Une partie de la gauche française n’a pas voulu voir les dangers que représente la défense du peuple palestinien, lorsqu’elle est dévoyée… Sans parler de l’affaiblssement des Etats-nations.

Même si l’on se refuse à aller aussi loin que Danny Trom, on ne peut que difficilement nier la réalité qui semble lui donner raison. A méditer

LES AVENTURES DE L’INFORTUNE MARRANE JUAN DE FIGUERAS

Jean-Pierre Gattégno

éd. de l’Antilope, 437 pages

Comme tout bon roman d’aventure, ce livre s’avère moins superficiel qu’il n’y paraît : c’est avant tout une vision historique de l’Espagne au temps de l’Inquisition, avec tout ce qu’elle a comporté de souffrances pour la population juive et musulman. C’est aussi l’apprentissage de la violence, de la duplicité et de l’immoralité pour un jeune marrane qui ignore tout de sa propre histoire. C’est enfin un réquisitoire contre la religion telle que les êtres humains la pratiquent.

Sans dévoiler l’histoire et  ses nombreux rebondissements, sachez seulement que le jeune sévillan Juanito, envoyé tout jeune dans un horrible collège pour y devenir prêtre, s’enfuit après y avoir appris la fourberie, le péché de chair, le vol et les violences de toute sorte. Ce viatique le rendra un peu moins naïf, mais il lui faudra encore bien des aventures et des désillusions avant de s’affirmer…

Bonne lecture à tous!

Classé sans suite

Claudio Magris 

Gallimard, 480 pages

Ce roman nous plonge dans le passé trouble de Trieste. Pendant le dernière guerre, la Risiera de Trieste, l’usine de décorticage du riz, a servi de camp de transit pour Auschwitz et de camp d’extermination, le seul d’Italie. A la libération, les installations ont été détruites à la hâte. Pendant longtemps cet épisode a été occulté et l’affaire « classé sans suite » .

Ce contexte, nourri par les longues recherches de Claudio Magris , intellectuel érudit de la mitteleuropa, sert de toile de fond aux récits croisés de deux personnages. L’un, qui s’appuie sur un homme qui a réellement existé, collectionne toutes les armes de guerre, dans le but de créer un musée de la guerre destiné à devenir un instrument de la paix. L’autre est une jeune femme engagée pour réaliser ce projet et qui s’interroge sur les stratégies à mettre en œuvre pour organiser le musée, après la mort mystérieuse de son créateur.

Le roman nous raconte la quête maniaque de cet homme obsédé par la construction de son musée et la collecte de tout ce qui peut faire arme . En parallèle, nous découvrons la vie de Luisa, née à Trieste d’une mère juive et d’un père noir américain venu libérer la ville. Sa grand-mère est morte à la Riseria, dans des conditions troubles. Le roman comporte de multiples digressions, dans le temps et l’espace.

Ce très beau roman très érudit s’adresse à un lecteur averti, prêt à se laisser porter par des récits qui s’entrecroisent.

LA NUIT RECOMMENCEE

Leopoldo Brizuela

éd. du Seuil, 284 pages

Pour le narrateur, la confrontation entre ses souvenirs d’enfant et la réalité est de l’ordre de la rédemption. Ce qu’il a vu lors des années de dictature en Argentine l’a marqué profondément, sans qu’il en perçoive le sens véritable. En s’obligeant à un retour sur son enfance, il doit faire face à deux difficultés essentielles : celle d’être capable ou pas de raconter, et celle de faire face à la réalité : son père, avec la complicité passive de sa mère, a dénoncé des voisins juifs soupçonnés de s’opposer au régime des généraux. Par pur antisémitisme. Ce n’est que progressiveement, laborieusement, qu’il re-découvre l’affreuse vérité… Ce n’est qu’en écrivant, en affrontant la vérité, qu’il pourrait se libérer? Pas si simple…

Roman passionnant, qui débute par une narration presque anodine, mais dont la tension se révèle peu à peu, dans toute sa dureté.

MONARQUES

Philippe Rahmy

Table Ronde, 198 pages

Ce livre inclassable et original revient sur un épisode tragique de la Seconde Guerre mondiale : l’origine de la Nuit de Cristal, dont le prétexte a été l’assassinat de Von Rath, attaché de l’ambassade allemande à Paris, par H. Grynszpan, en 1938..

Le narrateur, de nationalité suisse, est sans doute le double de l’auteur. 1983.  Faisant ses études à Paris, il doit retourner en Suisse au chevet de son père mourant. C’est là que se forme son projet d’écrire sur la vie de Herschel Grynszpan. Pour ce faire, il voyage en Europe et en Israël, et nous livre ses découvertes, mais aussi ses impressions de voyage : il découvre la vie israélienne et est sensible à l’atmosphère de ce pays qu’il se refuse à juger. Il y voit des correspondances avec la vie d’exilé de son père, né de père égyptien, et que sa mère a emmené en Europe dans sa fuite. Tels ces grands voyageurs que sont les monarques, obligés de se déplacer vers des cieux plus cléments.

La personnalité de l’auteur, qui transparaît au travers de ses réflexions sur la vie telle qu’elle est, c’est-à-dire violente, est très attachante, et c’est ce qui fait tout l’intérêt de ce livre hors norme.

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Les livres de mars 2019

LES DERACINES

Catherine Bourdon

éd. Les Escales, 742 pages

Ne vous fiez pas au nombre de pages : ce bon gros roman se lit facilement : en effet, loin de toute prétention littéraire, C. Bourdon nous raconte une histoire mouvementée en plusieurs épisodes intéressants et très documentés :

La vie des juifs viennois à la veille de l’arrivée de l’Anschluss. Puis, les premières violences. La dislocation des familles, les parents cherchant à mettre leurs enfants à l’abri.

Le départ d’un jeune couple et de leur tout petit Frédéric. Wil et Almah n’ont pas d’autre choix que de participer à la fondation d’une « colonie » à Saint-Domingue, qui a le kibboutz pour modèle.

La vie à Sosia des « jeunes bâtisseurs », leurs joies, leur nostalgie, leur difficultés.

Le retour à la paix et la disparition programmée de la « colonie ».

Parfait pour les vacances, et donnant une bonne idée de la vie de ces migrants.

VOYAGE AVEC L’ABSENTE

Anne Brunswic

éd. Actes Sud, 197 pages

Sur ce tableau figure en tout premier l’absente : cette mère dont la mort a été tue à ses cinq enfants, car ils ne « pouvaient pas comprendre ».

Anne, revient donc sur cette histoire familiale. Son but est de retrouver sa mère, morte alors qu’elle avait 8 ans. Un silence de plomb s’est installé dans cette famille au point que les enfants ont tout bonnement effacé leur mère. Anne mène une sorte de quête pour la retrouver, pour la recréer en quelque sorte, malgré tout.

En recherchant des réponses à tous ces silences d’adultes, l’auteur raconte toute une époque dure à vivre, celle de la guerre et de l’après-guerre. Elle retrace aussi une histoire de femmes du 20e siècle, en filigrane.

Roman sans concession et très émouvant.

LE PRIX

Cyril Gely

éd. Albin Michel, 220 pages

Inspiré d’une histoire vraie, ce roman met en scène deux scientifiques que la Seconde Guerre Mondiale a séparés : un chimiste, Otto Hahn, et une physicienne, Lise Meitner. Ils travaillent ensemble depuis plus de trente ans et sont sur le point de faire une découverte essentielle lorsque, en 1938, elle est obligée de fuir Berlin et de se réfugier en Suède. Quelques années plus tard, Hahn vient à Stockholm recevoir le prix Nobel. Lise vient voir son vieil ami… pour régler ses comptes?

Tout en dialogue, ce roman est d’une grande profondeur et d’une grande finesse psychologique. Les personnages ont été ballottés par la guerre. Ne restent que les regrets.

Excellent roman

L’ENIGME ELSA WEISS

Michal Ben-Naftali

éd. Actes Sud, 202 pages

Elsa Weiss, professeur d’anglais à Tel-Aviv, représente une énigme pour ses élèves, car elle ne manifeste aucune émotion : ni empathie, ni colère, ni aucun autre sentiment. Ils comprennent que cette froideur apparente cache un lourd secret.

Elle-même élève d’Elsa Weiss, l’auteur s’attache à comprendre pourquoi un tel mur se dresse devant ceux qui veulent taire ce qu’ils ont vécu : la Shoah. Elsa Weiss, par exemple, semble se détacher peu à peu de ce qui devrait la rattacher à la vie : la chance de  s’en être sortie, d’avoir retrouvé son frère, de pouvoir vivre normalement, d’aimer… Comment en arrive-t-elle à se suicider?

En tentant de comprendre, l’auteur ré-invente la vie de la rescapée, comme pour la sauver de l’oubli, pour lui dire aussi combien cette tentative lui est en un sens salutaire, à elle. Ce fut douloureux pour les rescapés, c’est également douloureux pour les autres, même si le fossé qui les sépare est infranchissable.

Roman épuré et plein de gravité

CONSIDERATIONS SUR LA FRANCE

Jean-Claude Milner

éd. Cerf, 188 pages

Bien que cet essai ne soit pas récent, il est toujours d’actualité : la démocratie française se défait, sous les coups de boutoir obscurantistes ou réactionnaires. Milner ne cache pas son attachement au marxisme et ses analyses percutantes ont de quoi nous ébranler. Nous sommes bien loin des débats médiatiques, car il prend de la hauteur pour analyser les forces en présence.

Bien humblement, je ne suis pas en mesure d’émettre une critique fondée… La seule partie qui m’a dérangée, c’est celle consacrée à l’Islam : faut-il ajouter foi à son affirmation selon laquelle l’islam est un danger pour la France? Nous sommes 67 millions, parmi lesquels 10 pour cent de musulmans…

Essai d’une grande profondeur, avec une remise en perspective salutaire

CARNAVAL NOIR

Metin Arditi

éd. Grasset, 399 pages

Metin Arditi nous entraîne cette fois dans les méandres de l’Histoire. Les soubresauts actuels ne seraient-ils qu’une répétition de ce qui s’est passé à Venise au 16e siècle? Le pape François serait-il en danger, tout comme l’ont été ses prédécesseurs, pour avoir été trop tolérant? En établissant un lien entre les réactionnaires d’antan et ceux d’aujourd’hui, Arditi fait un rapprochement un peu osé qui ne passe pas toujours : l’intrigue s’en ressent et n’est pas toujours crédible. Cependant, ce roman reste intéressant par le contexte historique, en dépit de ses défauts. L’avertissement de l’auteur ne laisse pas indifférent.

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Les livres de février 2019

Dans le faisceau des vivants

V. Zenatti

éd. de l’Olivier, 153 pages

Quel magnifique hommage à Aharon Appelfeld, qui vient de mourir, laissant Valérie Zenatti sans mentor!

Dans une première partie, elle nous fait ressentir ce que l’écriture d’Appelfeld avait de profondément humaniste. Les citations sont éloquentes dans leur simplicité.

Dans une seconde partie, elle nous raconte son voyage à Czernovitz, sur les traces d’une enfance brutalement interrompue par la guerre. Appelfeld, citoyen israélien, n’a jamais oublié d’où il venait. Il a une double culture qui fait de lui un citoyen à part, dans un Israël qui veut créer un juif « nouveau ». Il nous rappelle que nous sommes ce que l’enfance a fait de nous.

Ce voyage permet à l’auteur de faire son deuil, mais aussi de nous rendre Appelfeld plus proche; si proche que son oeuvre survit en nous.

EREV… à la veille de…

Eli Chekhtman

Buchet-Chastel – 815 pages

Cette vaste saga, traduite du yiddish par Rachel Ertel, nous raconte l’histoire de la famille Boïar depuis le début du 20e siècle jusqu’à la seconde guerre mondiale puis à la création de l’état d’Israël.

Ce roman très attachant force l’admiration : il est le témoignage d’un tel amour pour ce peuple balloté par l’histoire, que l’on est souvent bouleversé par les personnages. Ils vivent et se débattent dans des conditions extrêmes. leur monde est plein de violence; tous les sentiments sont exacerbés. Bien souvent, la seule issue est la mort. Plusieurs fois, il nous est arrivé de vouloir en abandonner la lecture. Impossible. Tous ces hommes et ces femmes qui ne peuvent réaliser leurs espoirs forcent le respect. Nous ne pouvons pas abandonner ni oublier ce monde d’où nous venons.

Mon nom est Jamaïca

José Manuel Fajardo

éd. Métaillié – 300 pages

Ce roman n’est pas une nouveauté, mais il s’inscrit dans le thème d’une future exposition du Centre Medem sur le monde sépharade (INDIGO)

Santiago, professeur d’histoire, vient participer à un congrès à Tel-Aviv. Il est en deuil pour la deuxième fois : ayant déjà perdu sa femme, il vient de perdre son fils, dans un accident de voiture. C’en est trop pour lui.

Commence alors une dérive délirante dans sa tête : persuadé d’avoir des ancêtres juifs, victimes au long des siècles, il veut prendre la défense de toutes les victimes, quelles qu’elles soient. En compagnie d’une amie fidèle paniquée, il se lance dans un voyage initiatique halluciné et dangereux, qui le mène de Jénine à Aubervilliers.

Impossible de relater toutes les pistes qui partent de cet esprit enfiévré. En sa compagnie, nous faisons un voyage historique passionnant de Tel-Aviv à l’Amazonie… Que de morts violentes, que d’injustices, que de vies sacrifiées par notre humanité aveugle.

Mené à un rythme haletant, ce roman mélancolique est une réussite.

Comme deux soeurs

Rachel Shalita

Points – 301 pages

(traduit de l’hébreu)

Ce premier roman porte un regard attendri sur le passé d’Israël : deux amies d’enfance suivent des voies divergentes dans les années 1950 : l’une, Tsiona la bien nommée, veut faire partie des bâtisseurs et des défenseurs du jeune état; tandis que l’autre, Vera, a un tempérament d’artiste plus enclin à l’individualisme. Ces deux amies, inséparables depuis l’enfance, doivent affronter une rivalité amoureuse. Laquelle gagnera?

A partir de sa propre expérience vécue, l’auteure dresse le tableau d’un monde disparu : celui des premiers colons. Du point de vue proprement littéraire, il y a des maladresses; le style est très simple, trop peu travaillé, peut-être?

Un peu décevant.

BERLIN, 1933, la presse internationale face à Hitler

Daniel Schneidermann

Seuil – 445pages

Dans une longue introduction, Schneiderman justifie ce retour sur un passé vieux de 80 ans en établissant des comparaisons avec nos années Trump : les relations entre la presse et le monde politique ne sont jamais simples. Il prend pour exemple la période nazie, en précisant deux points importants : d’une part, il se refuse à suivre un fil chronologique. D’autre part, il rejette l’idée de faire oeuvre d’historien. Non par modestie, mais par on ne sait quels à-priori dont il est coutumier.

Et c’est bien là que le bât blesse. L’impression générale est celle d’un vaste fouillis encombré de considérations personnelles encombrantes. Où est le fil conducteur? On voit bien où il veut en venir, mais que de détours, que de pertes de temps pour un lecteur désorienté!

C’est raté!

La maison Rozenbaum

Evelyne Lagardet

Plon – 456 pages

Dans la Maison Rozenbaum, on mange cacher. Mais ce n’est pas pour autant qu’on s’y sent bien car le personnel n’est pas très avenant et malmène les pensionnaires.

Parmi les pensionnaires on peut rencontrer Suzy Moinel, ex-danseuse aux Folies-Bergère, Madame Assous, originaire d’Algérie, Monsieur Bensaïd, Madame Partouche et de nombreux autres… dont Sarah et Albert, deux rescapés de l’enfer des camps de concentration, pour qui chaque minute de vie est un pied de nez à la mort. 

Ballotés au milieu des luttes, des intrigues, des favoritismes, des abus de pouvoir entre les employés, les résidents comptent peu dans l’institution et les familles, complices ou révoltées, sont réduites au silence.

Mais dans le plus grand secret, Sarah et Albert, avec trois compagnons, vont semer un vent de révolte au sein de La Maison Rozenbaum,  qui va réveiller leurs compagnons d’infortune. Par la grâce de la musique et de l’éveil des sens, les autres pensionnaires vont renouer à la vie.

Une histoire d’amour et d’amitié éblouissante, le combat de deux résistants de toujours .

La dédicace de l’auteur nous invite à la réflexion:

« Pour que nos regards changent sur nos anciens »

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Les livres de Janvier 2019

Idiss

Robert Badinter

Editeur : Fayard – 236 pages 

Robert Badinter a écrit ce livre en hommage à sa grand-mère maternelle, Idiss.

A travers son histoire personnelle, Robert Badinter, le combattant, le défenseur des droits dont la bataille et la victoire emblématiques furent l’abolition de la peine de mort, raconte simplement l’histoire de sa famille et notamment de sa grand mère maternelle Idiss, juive, russe de Bessarabie, qui ne parle que yiddish.

L’ensemble constitue un très beau témoignage et éclaire concrètement le contexte historique, géopolitique des années 1920, à Paris, puis à Fontenay sous bois et le retour à Paris dans les années 30. La mort de son grand père et la tristesse d’Idiss demeurée inconsolable.

Il nous raconte aussi  le passage du shtetl à un statut de petit bourgeois français juif (israélite comme on disait alors) intégré avec fierté dans la république française qui les a accueilli.

Et enfin, le départ forcée de sa mère pour sauver ses enfants de la déportation en laissant sa mère Idiss, malade, avec son oncle à Paris.

En peu de mots, il exprime la douleur de cette séparation « …Valises bouclées, restait le plus douloureux : dire au revoir – en réalité adieu – à notre grand-mère. Ce moment-là, je l’appréhendais plus que tout autre. Je savais que ses jours étaient comptés. Sa vie allait s’achever et je ne la reverrais jamais. Cette pensée, je la repoussais de toutes mes forces. Mais elle était la vérité… »

Livre très émouvant.

INCH’ALLAH, l’islamisation à visage découvert

dir. Gérard Davet et Fabrice Lhomme,

Fayard, 293 pages

Ce livre fait écho à celui de Georges Bensoussan, sur le même sujet. Cependant, il n’a pas la même tonalité : beaucoup plus nuancé, sans nous rassurer pour autant, on sent la théorie journalistique sous-jacente, à savoir « des faits, et rien que des faits ».

Constitué d’interviews menés par des élèves-journalistes, le livre cherche à représenter tous les pôles d’activité présents dans le 93 : activités industrieuses, culturelles, religieuses, sociales, politiques et scolaires. Chacune est représentée par une personnalité interrogée représentative. Cela donne une impression un peu décousue, mais intéressante de par sa diversité. Nombre de faits significatifs ont déjà été relevés par d’autres enquêtes, et ne font que corroborer ce qui a déjà été signalé. Mais l’essentiel n’est pas là : d’une part, l’enquête semble assez exhaustive; d’autre part, on y trouve un certain nombre de propos beaucoup plus nuancés et plus divers que dans l’enquête de Georges Bensoussan.

La république a oublié ce département, et en recueille les fruits amers… mais pas pour tous.

ORPHELINS 88  

Sarah Cohen-Scali

Robert Laffont, 429 pages

 

« Josh » est un jeune rescapé de la guerre. Son prénom, il le doit aux Américains, car il est partiellement amnésique : il sait seulement qu’il vient d’un « lebensborn ».

C’est la déroute nazie qui lui a permis d’être recueilli dans un orphelinat géré par l’UNRA et dont la directrice, Ida, se dévoue totalement à la cause des enfants.Josh, qui vivait dans un espace clos dont il ne pouvait s’échapper, découvre peu à peu les orphelins de la guerre: juifs, enfants volés, enfants des rues « aryens »,bébés abandonnés… Tous veulent survivre, surmonter les terribles blessures de la guerre.

Il découvre aussi la négritude et le racisme, en la personne de Wally, sergeant chauffeur de l’orphelinat qui veille sur tous ces pensionnaires tourmentés. C’est lui qui l’accompagnera dans la recherche de sa famille.

Ce roman fait suite à « Max », ou la vie dans un lebensborn allemand, mais il peut être lu séparément. Excellent roman parfaitement documenté, qui s’adresse à tout public à partir de 14ans. Bien raconté, il met en scène des personnages très attachants dont le désir de vivre nous touche infiniment.

UNE ODYSSEE : un père, un fils, une épopée  

Daniel Mendelsohn,

Flammarion, 427 pages

Daniel Mendelsohn est professeur de littérature classique à Bard College. Apprenant qu’il va faire travailler ses étudiants sur l’Odyssée, Jay, son père, décide de suivre ce séminaire. Professeur de mathématiques retraité (il a 81 ans), il s’intègre au groupe d’étudiants, participant aux débats avec vigueur.

Au cours de ce semestre, Daniel et Jay s’embarquent pour une croisière dont le thème est « sur les traces d’Ulysse ». Durant le voyage, père et fils se rapprochent progressivement et se re-découvrentavec tendresse.

Dans cet ouvrage inclassable, l’auteur revient sur le voyage d’Ulysse, sur le rapport de la culture grecque avec notre temps sans que cela soit pesant. Il sait se mettre à notre portée et ne nous ennuie jamais. L’alternance avec la narration de ce voyage entre père et fils s’inscrit très habilement dans le cours du récit.

Cela dit, je ne suis pas certaine qu’il soit si facile à lire. Pour lecteur averti?

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